ego

La phénoménologie de l’ego. Ce que «Je» veut dire


La naissance de l’ego

Dans son remarquable traité sur l’anthropologie pragmatique, le philiosophe allemand Emmanel Kant ouvre le premier livre intitulé: De l’intelligence ou faculté de connaitre par un chapitre consacré à la naissance des premières représentations de soi chez l’homme ou ce qu’il appelle: la conscience de soi-même. Ainsi, lit-on dès les premières lignes du Livre ce qui suit:

«Une chose qui élève infiniment l’homme au-dessus de toutes les autres créatures qui vivent sur la terre, c’est d’etre capable d’avoir la notion de lui-meme, du moi. C’est par là qu’il devient une personne; et grâce à l’unité de conscience qui persiste à travers tous les changements auxquels il est sujet, il est une seule et même personne.»

On serait en mesure de penser que le fait de dire Je ou Moi n’a rien de banal comme le laisse croire l’usage et le sens commun. Bien au contraire. C’est à travers cet acte quotidien de dire Je ou Moi – deux formes distinctes qui sont les traces du même acte énonciatif – que semble se manifester de manière immanente les premières instances de la personnalité.  Et comme le dit Kant, c’est ce concept de personnalité qui «établit une différence complète entre l’homme et les choses». En somme, la personnalité est, comme le rire, le propre de l’homme.

Kant remonte à la naissance de l’ego chez l’homme en donnant l’exemple de l’enfant. Ce dernier, remarque Kant, ne commence à dire moi que tardivement. Au debut, l’enfant parle de lui à la troisieme personne: Ayman veut ceci, Ayman veut cela, est-ce que papa est content de Ayman?, est-ce que maman aime ?, ainsi que quelques coquetteries du genre qui le rendent tant adorable aux yeux de ses parents. En fait ce qui semble se produire à cette étape si belle de la vie, c’est que l’enfant commence, non pas à imposer son ego à son entourage – il n’en a pas encore conscience – mais seulement à «se sentir». Or, nous apprend Kant, dès lors que l’enfant commence à dire moi, une lumière nouvelle s’ouvre devant lui: avant, il se sentait; maintenant, il se pense. C’est en quelque sorte le sens de l’ego que l’on pourrait condenser dans la formule: Je me pense, donc j’existe ; qui serait une autre version du cogito cartésien exprimé dans la célèbre formule: cogito, ergo sum (je pense, donc je suis).

Dire Je ou Moi est le début de l’existence active, de la présence immanente, de l’individu. En se prononçant à la première personne du singulier, il s’affiche, s’affirme, se révèle, s’attribue un rôle. Bref, en disant Je ou Moi, il répond: Présent!

De même qu’en poussant son premier cri à sa sortie du ventre maternel, l’homme signe son acte de naissance, en disant Je ou Moi pour la première fois de sa vie, il signe son acte de présence. Ce qui ne se produit pas sans un certain risque…un très grand risque. Lequel?

A suivre.

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