Couverture du livre de GERGES (Fawaz A.), America and Political Islam. Clash of Cultures or Clash of Interests ?, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, 282 p.

États-Unis et Islam : nouvelles stratégies de communication


« La première victime d’une guerre, c’est la vérité » pensait en 1917, le sénateur américain Hiram Johnson. Or, nous le savons déjà : toute vérité passe d’abord par du langage, c’est-à-dire par des mots. Dans toute situation conflictuelle, ces derniers ont un poids considérable. Ceci est d’autant plus vrai en temps de guerre. Celle qui a été engagée par les Américains contre ce qu’il est convenu d’appeler, avec beaucoup de tort et très peu de raison, le terrorisme international est à cet égard un des exemples les plus spectaculaires qui illustrent l’usage de la communication à des fins de propagande en ce début du siècle. Je dis bien avec beaucoup de tort puisque, suite aux attentats du 11 septembre  2001, l’expression « terrorisme international » est vite devenue un espèce de fourre-tout servant davantage à légitimer de multiples interventions militaires injustes et meurtrières perpétrées le plus souvent – pour ne dire pas dire exclusivement – en terre d’Islam. À telle enseigne qu’il est quasi impossible d’évoquer le mot terrorisme sans enchaîner, dans les médias comme dans les discours de tous les jours, avec Islam.

Pardoxalement, depuis les trois dernières années, il semblerait que les professionnels de la communication stratégique américains ont été enfin saisis par l’ampleur des dommages que pourrait causer dans le subconscient populaire (tant chez les Musulmans qu’auprès des Occidentaux) la malencontreuse association du duo terrorisme/Islam.

C’est dans le but de dissocier terrorisme et islam que le Centre américain de communication anti-terrorisme (Counter Terrorism Communication Center) a publié un document officiel en date du 14 mars 2008 intitulé Words that Work and Words that Don’t : A Guide for Counterterrorism Communication qui élabore les nouvelles stratégies de communication langagière quand il s’agit d’aborder officiellement et publiquement la question du terrorisme.

Partant du principe de base en communication : It’s Not What You Say, But What They Hear (Ce n’est pas ce que vous dites, mais ce qu’ils entendent), l’équipe du Projet semble vouloir insister sur le choix des mots à utiliser ou à ne plus utiliser pour que le message – du moins officiel – des États-Unis prête davantage attention à cette question à la fois sensible et irritante qui consiste à associer Islam et Terrorisme. Ainsi, selon le Nouveau guide, le choix des mots « convenables » augmenterait la « crédibilité » des États-Unis dans leur guerre contre le réseau Al-Qaeda, qu’ils considèrent par ailleurs comme leur ennemi direct dans leur lutte contre le terrorisme.

Voici quelques extraits du Guide traduits de l’anglais par Alain Gresh, du Monde Diplomatique :

« Ne pas invoquer l’islam : bien que le réseau Al-Qaida utilise les sentiments religieux et essaie de tirer parti de la religion pour justifier ses actions, nous devrions le traiter (Al-Qaida) comme une organisation politique illégitime, à la fois terroriste et illégitime ».

« Ne pas toujours parler de l’identité musulmane : éviter de désigner chaque chose comme « musulmane ». Cela renforce le schéma « les USA contre l’islam » que Al-Qaida promeut. Soyons plus précis (égyptien, pakistanais) et plus descriptifs (la jeunesse de l’Asie du sud, les leaders de l’opinion arabe) chaque fois que c’est possible ». (…)

« Eviter les terminologies floues et insultantes : nous communiquons avec le public, nous ne voulons pas une confrontation avec lui. Ne l’insultons pas et n’ajoutons pas à la confusion en utilisant des termes comme « islamo-fascisme » qui sont considérés comme insultants par beaucoup de musulmans ». (…)

« Eviter le terme de califat pour décrire le but d’Al-Qaida et des groupes associés, car ce terme a une connotation positive pour les musulmans. La meilleure description de ce qu’ils veulent réellement est « un Etat global totalitaire ». Ne jamais utiliser les termes de « djihadistes » ou de « moudjahidin » pour décrire les terroristes. Un moudjahid, un guerrier saint, est une caractérisation positive dans le contexte d’une guerre juste. En arabe, djihad signifie « faire des efforts pour s’engager dans le chemin de Dieu » ; le terme est utilisé dans beaucoup d’autres contextes que celui de la guerre. Appeler nos ennemis djihadistes et parler d’un djihad mondial légitime involontairement leurs actions. »

Pour lire le texte intégral en anglais, prière de visiter le lien suivant : Words that Work and Words that Don’t : A Guide for Counterterrorism Communication

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