Yasmina Khadra: un sage parmi les sauvages


Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohammed Moulssehoul, est probablement l’un des écrivains algériens d’expression française les plus confirmés et certainement l’un des intellectuels musulmans les plus engagés. Déjà ses livres – traduits dans plusieurs langues – témoignent d’une finesse de l’esprit de l’Algérien moyen, sans taire la colère historico-sociale qui anime le Musulman du monde entier dans sa quête d’une place plus digne de son histoire, plus équitable eu égard ses richesses – pillées – dont il peine à en voir la couleur.
Que l’on pense à des romans tels Les Anges meurent de nos blessures, Les Sirènes de Bagdad, L’Attentat ou encore Ce que le jour doit à la nuit, et à autant de chefs d’œuvres signés par l’auteur, il n’est de doute que la cause défendue de Yasmina Khadra est, sans contredit, celle qui exige le minimum à la Muse, certes, mais un maximum à la sueur. Car au-delà d’une Algérie rêvée, nostalgique et édulcorée, Yasmina se fait – son passé d’ex militaire y est pour quelque chose – l’apôtre attitré d’une génération de Musulmans vivant (survivant?) au sein d’un monde avec lequel ils ne partagent plus nécessairement les mêmes signifiants, encore moins les mêmes signifiés. Une crise identitaire qui semble échapper aux prismes du tout Occident – aux dires de l’auteur, toujours arrogant, davantage manipulateur, ramenard, vicieux et pilleur. Un Occident avec lequel s’engage un dialogue de sourds dans une conversation byzantine. Face à l’Orient, un Occident qui adopte deux attitudes tout deux de mutilation: au mieux, misérabiliste; au pire, anéantiste. Dans un cas comme dans l’autre, l’essentiel est de lui ôter son histoire (paraphrasant Roland Barthes, fin décortiqueur de la sémiotique de l’idéologie).

Pour Khadra, rien ne va plus. Pour l’homme – et la femme – de l’Orient musulman, il s’agit de la résistance. Pour l’Occident, c’est le terrorisme. Problème de définition? Peut-être. Pour Khadra, le malentendu dépasse de loin la question terminologique. C’est le MUR.

L’espoir de Yasmina Khadra? Que l’Algérie d’aujourd’hui renaisse de ses décombres. Et avec elle, l’homme et la femme de l’Orient musulman. Est-ce la raison pour laquelle s’est-il engagé dans les présidentielles 2014?
Dans cet extrait, on voit bien la posture dans laquelle se pose Khadra en défendant une cause moins carte-postalisée de l’Autre, venu d’ailleurs. Une posture d’un sage au milieu des sauvages. C’est le cas de le dire.

Amicalement,

Aussi à voir un excellent entretien avec l’auteur dans lequel il parle de sa vie, de ses récits.

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