Le_Lecteur_de_cadavres

L’art de réaliser son rêve


Dans le premier article consacré au roman Le lecteur de cadavres, j’ai promis de partager avec vous quelques extraits du livre susceptibles de nous inspirer quand vient le moment, à une période cruciale de notre vie, de faire le choix: céder ou persévérer dans le chemin qui conduit à la réussite et à l’épanouissement personnel. Chose promise, chose due.

En guise de prélude, j’aimerais évoquer un célèbre hadith de notre Prophète (le modèle suprême de persévérance et de tolérance), selon lequel, « Deux n’apprendront jamais: le timide et l’arrogant ». C’est exactement dans cet esprit d’apprentissage et des véritables obstacles que cela semble souvent occasionner, que s’inscrivent les quelques passages du roman auquel nous avons affaire ici.

Ces quelques passages du Lecteur de cadavres arrivent dans le roman au moment où Cí Song, le personnage principal – jeune paysan, inconnu, fugitif, affamé, sans abri ni famille- devrait convaincre les membres de la prestigieuse académie de droit où sont formés les meilleurs juges du pays. La tâche n’est pas mince. Loin s’en faut. Comme je l’ai mentionné dans l’article précédant, les juges de l’époque, de part leur mépris total de la médecine et des médecins, n’étaient pas obligés de connaître les rudiments de la médecine en général, encore moins de la médecine légale pour occuper leur poste à la magistrature. Cí Song viendra à un point nommé changer la donne…et les habitudes vieilles et désuètes, ancrées dans les mœurs sans nécessairement avoir envie de céder le chemin aux nouvelles pratiques scientifiques, que lui et son maître prennent le risque de leur proposer. Face au dénigrement total de sa personne et aux préjugés enracinés à l’encontre de la chirurgie, que devrait-il faire afin de se tailler une place de choix parmi les décideurs du pouvoir? Abandonner, en baissant les mains? S’il le fait, il n’existera plus. Voici comment il a choisi de réagir face au défi colossal qu’exige l’épineux parcours de celui qui veut apprendre.

Ni timide, ni arrogant. Sommes-nous prêts à agir de même?

Lorsque la présentation fut terminée, Ming céda l’estrade à Cí. C’était le tour des professeurs. Cí chercha parmi leurs visages une expression aimable, mais il se trouva face à une rangée de statues. Les premiers professeurs l’interrogèrent sur sa connaissance des classiques, un second groupe sur les lois et quelques autres sur la poésie. Ensuite, quand vient le tour des objections, un professeur maigre aux sourcils exagérément fournis prit la parole.

– sans aucun doute […], il est parfois difficile de distinguer entre l’éclat de l’or et le brillant du laiton…Cependant, et comme tu devrais le savoir, la résolution des crimes et l’application ultérieure de la justice exigent un examen qui dépasse les simples conjectures sur le qui ou le comment. La vérité ne resplendit que lorsqu’on comprend les motifs qui poussent à œuvrer, lorsqu’on comprend les inquiétudes, les situations, les causes…Quelque chose qui ne se trouve ni dans les blessures ni des les entrailles. Et pour cela il faut des personnes cultivées dans l’art, la peinture et dans les lettres.

Muet, Cí contemplait le professeur qui venait d’exprimer ses objections. Il admettait sa part de raison, mais divergeait sur son total mépris de la médecine. Si les juges se montraient incapables de distinguer une mort naturelle d’un assassinat, comment diable excerceraient-ils la justice? Il y réfléchit avant de répondre.

– Honorable professeur, je ne me présente pas ici pour gagner une bataille, le complimenta-t-il. Je ne prétends pas faire prévaloir le peu que je sais, ni abaisser le mérite de tout ce que savent les maîtres et élèves qui habitent cette académie. Je veux seulement apprendre. La connaissance ignore les murailles, les limites ou les compartiments. Elle n’entend rien non plus aux préjugés. Si vous m’acceptez parmi vous, je vous assure que je travaillerai aussi dur que le meilleur, jusqu’à abandonner, s’il le faut, ces viscères qui vous importunent tant.

Un gros professeur mou avec une bouche de cul de poule leva le bras pour intervenir…

– A ce que je vois, hier tu as flétri l’honneur de cette académie en faisant irruption comme un sauvage, et cela me rappelle un citoyen dont ses voisins me disaient: « D’accord, c’est peut-être un voleur, mais un merveilleux flûtiste. » Et sais-tu ce que je leur ai répondu? « D’accord, c’est peut-être un merveilleux flûtiste, mais c’est un voleur. »[…]

Quelle part de vérité y a-t-il en toi, Cí, Celle du garçon qui désobéit aux ordres mais qui lit dans les cadavres, ou celle du garçon qui lit dans les cadavres, mais désobéit aux ordres? Plus encore: pourquoi devrions-nous t’accepter dans l’académie la plus respectable de  l’empire un vagabond comme toi?

Cí frémit. Il avait donné pour acquis que Ming, en sa qualité de directeur, aurait fait prévaloir son opinion, mais, étant donné les circonstances, il décida de modifier son discours.

– Vénérable maître (de nouveau il s’inclina), je vous prie d’excuser mon inacceptable comportement. Ce fut un acte honteux qui n’a obéi qu’à mon inexpérience, à l’impuissance et au désespoir. Je sais que cela ne m’excuse pas, et qu’en tout cas je devrai montrer par des faits que je mérite votre confiance.

(Il fit une nouvelle révérence et se tourna vers le reste de l’assemblée).

Les hommes commettent des erreurs. Même les plus sages. Et je ne suis qu’un jeune paysan. Un jeune paysan avide d’apprendre. Et n’est-ce pas ce que l’on pratique ici? Si je connaissais toutes les règles, si je respectais tous les préceptes, si je n’abritais pas en moi la nécessité de connaître, pourquoi aurais-je besoin d’apprendre? Et comment pourrais-je alors éviter ce qui me rend imparfait?

J’ai aujourd’hui devant moi une opportunité aussi grande que la vie, car qu’est la vie sans connaissance? Il n’y a rien de plus triste qu’un aveugle ou un sourd. Et moi, dans une certaine mesure, je le suis. Permettez-moi de voir et d’entendre, je vous assure que vous ne le regretterez pas.

Quelle prestation! Si seulement nous devions agir avec la même perspicacité, le même souffle, la même conviction, la même reconnaissance des erreurs…et surtout, avec le même respect que nous doivent ceux qui savent beaucoup plus que nous…Nous serions tous de véritables leaders capables de changer le monde autour de nous.

Et quand venait le moment de lui demander: pourquoi voudrais-tu intégrer notre académie?, Cí Song ne trouva qu’une seule réponse (qui devrait être la nôtre) :

– Parce que c’est mon rêve.
Et vous, quel est votre rêve? Que faites-vous pour le réaliser?

 

A suivre…

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