The-First-Steps

Je m’appelle BABOU


« من سلسلة « ذكريات وصفحات

Il n’est pas rare où l’on me demande d’où me vient cette apparente envie de lire. Il n’est pas aisé pour moi de répondre ouvertement à une telle question pour la simple raison qu’il est pratiquement impossible d’y répondre adéquatement sans avoir de ma part une grande dose de franchise. Une franchise qui pourrait s’apparenter à une fausse modestie, cette sœur jumelle de la flagornerie. Bien entendu, il n’en est rien dans mon cas: la franchise dont je dois faire preuve en tentant de répondre à la question de mon histoire avec la lecture n’est ni de la fausse modestie ni encore moins de la flagornerie. Voici pourquoi. 
Tout d’abord, je n’ai pas d’histoire avec la lecture. Ou si vous voulez, je n’ai jamais été un adepte de la lecture. Bien au contraire. Contrairement à la plupart des amoureux de la lecture qui sont devenus aujourd’hui des adultes, mon enfance n’a pas été pondérée ni même encadrée par des séjours prolongés dans une quelconque bibliothèque où l’on découvre, généralement, le premier plaisir du livre. Du mieux que je me souvienne, j’ai été un adepte de l’école buissonnière, privilégiant les bagarres de rues et les escapades intrépides au lieu de m’engouffrer dans une pénible lecture bouffant ma fraîche énergie que je gaspillais volontiers dans l’agitation du petit corps. Aucune place n’était réservée au cerveau. Comme j’étais le fils aîné qui jouissait, selon la culture populaire à laquelle adhéraient mon père, le commerçant, et ma mère, l’aimante, il fallait que je m’amuse. Et un enfant qui gâche ses journées dans la lecture, on s’entend, ne s’amuse guère.
MAIS!
Aussi contradictoire que cela puisse paraître, il n’en demeure pas moins vrai que certains événements, à l’époque anodins et sans lien apparent entre eux, s’avèrent, avec le recul de la mémoire et l’avancement de l’âge, d’une importance majeure quand vient le moment de parler de mon rapport avec la lecture.
Le premier événement remonte à l’âge de 3 ans. Malgré mon très jeune âge, ma mémoire en garde encore frais le souvenir. C’était le jour où je commençais à griffonner sur la porte de notre maison (en bois massif) des mots que j’apprenais à l’école pré-maternelle du mythique quartier de Derb Sultan. 

Ces mots sont, en arabe,

با، بو

dont la transcription phonétique est: Ba Bou.


N’importe quel Marocain connaît la signification de ces deux mots, dont la charge émotive est tellement forte qu’il est presque impossible de les effacer de la mémoire individuelle et collective. Ba Bou (en y ajoutant Bi) sont les trois mots dont certains instituteurs, à des fins mnémotechniques, nous martelaient le cerveau en nous faisant apprendre l’alphabet arabe (ici composés en mots faciles à mémoriser, donc foncièrement intelligibles). Et c’est en remarquant mes efforts à les réappliquer sur la porte en bois de notre maison, que les autres enfants du quartier, bien entendu plus âgés que moi, n’ont pas tardé à me coller l’impensable surnom: BABOU.


Ça y est! Dorénavant, le prénom de siMohamed, trop courant pour être démarqué de la foule, cède la place au surnom, poétique et tapageur, BABOU

Il n’y avait rien à faire, c’était la pratique courante de l’époque: nous donner un surnom qui nous identifiera – dans bien des cas – pour le restant de notre vie. Indélébile, ce surnom tout comme la trace qu’il laisse dans notre mémoire…et dans mon cas, dans la perception des autres envers moi. 

 

Il faut dire que ce surnom n’était pas un malheur, mais plutôt un cadeau inespéré de la part des enfants de mon quartier – dont la plupart possédaient des surnoms tout aussi loufoques et répugnants que l’on dirait inspirés par le conte d’Ali Baba et les 40 voleurs – quand ce n’est pas par les édentés Pirates des Caraïbes.
BABOU était pour moi plus qu’un surnom d’enfance; c’était une marque de commerce. Rien de moins! Depuis ce jour-là, l’acte de l’écriture m’a été collé au front, à tel point que je savais que je devais prendre soin non pas seulement de mes faux épées en papier avec lesquels je devais me battre pour assurer ma survie et le respect des enfants dans le quartier, mais aussi de mes neurones.

 

Donc mon histoire avec la lecture a d’abord été précédée d’une petite histoire avec l’écriture.

 

Mais ce n’est pas tout. 

 

A suivre…

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