La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -1-


Voici le type de réactions que je reçois à chaque fois que mes invités découvrent dans ma bibliothèque privée le livre du philosophe allemand Artur Schopenhauer  Eristische Dialektik Dialectique éristique (connu sous le titre français: L’art d’avoir toujours raison): « hmm tu lis ça! On comprend mieux maintenant pourquoi tu réussis toujours à avoir le dernier mot. »

Inutile de vous exposer ici l’intégralité du débat qui s’engage à la suite d’une telle découverte de la part de mes visiteurs. Un débat qui ressemble davantage à une polémique si je me réfère à l’ampleur des dégâts qu’il risquait de causer si je ne faisais point preuve de sagesse en réorientant la conversation vers d’autres avenues avant qu’elle ne sombre dans des sentiers marécageux.  

Et pour cause. 

C’est que le fait d’avoir dans sa bibliothèque privée un livre d’un titre aussi tranchant – pour ne pas dire arrogant – pourrait créer un sentiment de provocation allant parfois jusqu’à l’intimidation aux yeux de certains esprits peu enclins aux rouages des débats d’idées et à ses multiples stratagèmes parfois fort complexes. Ce sentiment d’inconfort irait jusqu’à susciter chez ces derniers un malaise quand vient le moment de défendre leurs opinions ou – dans bien des cas – leurs propres intérêts. Vu sous cet angle, j’adhère amplement à leur septicité. 

Cependant, le but de mes propos ici est de traiter le sujet sous un autre aspect peu visible à l’oeil de l’observateur moins averti. Dans les lignes qui suivent, je tenterais de répondre de manière fort succincte aux questions suivantes: Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer? Serait-il possible ( ou même souhaitable) d’avoir toujours raison? À quelle stratégie de défense pourrait-on faire appel pour répondre à toute attaque personnelle? Enfin, quel serait le dernier recours quand on perd une cause, ce que Schopenhauer appelle « l’ultime stratagème » ? 

Avant de répondre à toutes ces questions, autant le dire tout de suite: il ne s’agit aucunement d’un texte scientifique ni d’une analyse rigoureuse de la dialectique éristique, qui demeure somme toute une branche de la pragmatique fort complexe faisant appel à des compétences non négligeables dans des domaines tout aussi variables que la philosophie du langage, la psychologie sociale, la communication interpersonnelle, la rhétorique et j’en passe. L’exercice auquel je m’apprête ici est beaucoup moins exigent puisqu’il s’agit en fin de compte de comprendre l’une des activités les plus populaires chez les humains toutes races confondues: argumenter. Étant donné qu’il nous est impossible de passer une journée sans se trouver à défendre quelque chose – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle – ou à essayer d’obtenir quelque chose de quelqu’un – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle -, on aurait donc tout à gagner si l’on s’attardait un peu sur ce qui nous anime tous en vue d’en comprendre les rouages, les mécanismes, les stratagèmes…

À suivre et en attendant la suite, je vous laisse avec cette bande-annonce du spectacle de Ismael Habia, portant sur le même thème:

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2 réflexions sur “La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -1-

  1. Si je comprends bien Schopenhauer tente de démontrer qu’il y a une grande part de prestidigitation dans l’art oratoire. Certains jouent franc jeux et nous invitent même à les démystifier, d’autres sont des illusionnistes, et il existe même des vrais tricheurs. Mais surtout derrière tout cela il a une technique très concrète que nous bénéficierions tous à mieux comprendre, et à mieux maitriser pour ne pas tomber dans certains pièges, comme celui de juger un livre ou ses lecteurs à son titre

  2. En effet, vous avez tout à fait compris. Le but ici est de nous familiariser avec certaines techniques fallacieuses non pas pour nous en servir contre les gens mais pour en connaitre la portée quitte à les contrecarrer quand on sent que nous en sommes la cible. Comme on va le voir dans les textes qui vont suivre, il s’agira de reprendre un peu le même principe du proverbe arabe: « j’ai appris le mal non point pour le mal mais pour m’en prévenir, car quiconque ne le connait pas, risque d’y tomber »

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