Grande mosquée de Québec. Musulmans tués de sang froid en pleine prière

Mis en avant

Ce soir, un individu cagoulé a fait irruption dans la Grande mosquée de Québec pour abattre de sang froid plusieurs dizaines de Musulmans innocents qui assistaient à la prière du soir Al-Icha.

Ce soir cet acte barbare me laisse encore une fois sans voix. Pourquoi ici? Pourquoi dans cette mosquée que moi-même je fréquentais quand j’étais étudiant à l’Université Laval? Pourquoi terroriser une communauté de femmes et d’hommes du calibre des Musulmans de Québec? Je me souviens de cette formidable communauté dont les membres, petits et grands, sont la crème de la société québécoise. Je me souviens de mes amis universitaires, ingénieurs, diplomates, commerçants, professeurs, hommes et femmes dont le seul souci était de réussir leur intégration dans ce pays et démontrer à eux-mêmes et à leurs proches qu’ils ont fait le choix judicieux quand ils ont décidé de quitter tout et repartir à neuf.

Mais que s’est-il passé ce soir à Québec?

Il s’agit de l’un des actes terroristes les plus abominables qui soient perpétrés sur le territoire canadien commis contre une communauté musulmane pacifique, travaillante dont les membres sont venus de loin, laissant derrière eux patries et familles dans l’espoir de contribuer activement à l’enrichissement de leur pays d’accueil. Quel accueil leur réserve-t-on donc? Un discours populiste alimenté par les grands médias et soutenu par les politiques de la plus nette tartufferie…voilà ce qu’on réserve à cette communauté faite en grande majorité d’hommes et de femmes armés de diplômes universitaires, techniques et professionnels. Voilà le sort que Donald (Duck) et ses électeurs américains et leurs photocopieurs ici et ailleurs souhaitent offrir à toute personne digne qui dit non à l’injustice, à l’intolérance, à la barbarie et surtout qui refuse de serrer la main à des tueurs d’innocents.

Suis-je devenu sourd ce soir? Pourquoi n’entendrais-je plus ce soir ces voix de journalistes et de politiciens d’ici qui, hier encore poursuivaient leurs croisades et alimentaient les peurs collectives contre un soi-disant danger portant le nom de l’Islam? Ni ce soir ni demain soir ni après demain soir je n’entendrai ces voix condamner l’abominable tuerie dont sont victimes des innocents citoyens parmi lesquels on trouve aussi des enfants. Ni ce soir ni demain soir ni après demain soir je n’entendrai ces tartuffes des temps modernes crier non à l’injustice et à l’intolérance…

 

Je ne pleure pas les innocentes victimes tombées lâchement ce soir au milieu de la Grande mosquée de Québec. Je ne les pleure pas puisque ce sont des martyrs…et les martyrs n’ont pas besoin de nos larmes. Au lieu de cela, je pleure l’incommensurable bassesse de l’esprit humain qui tente viciseument de rendre de tels actes « justifiables » en nous les présentant comme « allant de soi ».

Que Dieu ait pitié de nous, les morts-vivants!

 

M.c.

Publicités

Le périple du vieil homme

Mis en avant

Las de l’amer goût des lamentations

Puisqu’ici toute joie d’antan s’étiole

Le vieil homme prend enfin son envol

Vers une nouvelle destination

     **********

Flanqué de son minuscule bagage

D’un livre et d’un chapelet sans attrait 

Sur sa vie monotone il tire un trait

Ignorant tout du pénible voyage 

      **********

De terre en terre il caresse les racines

De mer en mer il effleure les vagues

Ô tristesse qui s’éclipse au toucher des algues

Telle est la magie du retour aux origines!

     ************

Fier de sa découverte, le vieil homme

Avec sa main qui par l’émotion tremble

Inscrit sur son calepin des mots nobles 

Résumant ainsi ce qu’est la joie en somme:

« Ô toi que moult tristesses tracassent!

À tout malheur un remède efficace

Le bonheur appartient à qui partage

Tel est le secret de mon long voyage ».

 

M.C. 

Montréal, le 14 décembre 2016.

Je m’appelle Babou -2-

Mis en avant

Désormais, il n’est plus un secret pour personne: l’enfant Babou doit son surnom davantage aux premiers bafouillages de l’écriture qu’à je ne sais quel balbutiement de la lecture. Ceci est un fait. Avec le recul de l’âge cela devient une évidence même. Je n’ai jamais aimé lire – en tout cas pas avec la même verve ni encore moins avec la même conscience d’aujourd’hui. Si cela est dû aux joyeuses circonstances que je mentionnais dans la 1ère partie de mon texte, d’autres événements aussi bien ludiques que non conventionnels sont venus non point me rapprocher de la lecture mais m’en éloigner aussi longtemps que durât cet indescriptible amour de la liberté que tout enfant de mon âge aurait défendu jusqu’au dernier de ses moyens.  En voici un exemple.

 Je me souviens d’un incident que je ne cesse de raconter à tous ceux qui n’arrivent tout de même pas à croire à ma version des choses malgré mon aveu franc et répétitif. J’avais 7 ans quand mon père et moi sommes partis à Lyon. J’ignore quelle mouche piquait mon père pour qu’il décide obstinément de m’emmener avec lui au printemps, c’est-à-dire au beau milieu de l’année scolaire! Puisque la raison je ne la saurais jamais –  mon héros éternel étant passé de vie à trépas – il n’en demeure pas moins vrai que la courte durée de ce voyage – 15 jours – était suffisante pour chambouler le reste de toute l’année scolaire. Et pour cause.

De retour à Casablanca après un séjour passé à Lyon sous le signe de la désinvolture et de l’insouciance, je retrouve à mon accueil une réalité beaucoup moins cajoleuse que celle du Rhône. Cette dure réalité a un nom: L’ÉCOLE. Et pas n’importe quelle école. Une institution privée dirigée comme une véritable armée par un directeur bourru malgré son apparence de petit-bourgeois blond aux mains de fer dans des gants de velours. Ces mains étaient bel et bien en fer; il ne s’agit point d’une métaphore. Je le sais. A en juger par l’étourdissante claque sur la joue qu’il m’a assénée quand les gardiens de l’école – des sbires colosses aux crânes massifs et aux gabarits pachydermiques – lui ont annoncé qu’un élève de la 2ème année ne veut plus retourner en classe après un soi-disant voyage en Europe où il se la coulait douce au beau milieu de l’année scolaire et dont, hélas! il venait de revenir. C’était sa gifle qui me réveilla de ma lente et douce somnolence. Je quittai son bureau non point en pleurs, mais en courant illico vers ma classe. Ma terrible classe où j’allais passer les mois subséquents dans une insupportable lourdeur de l’atmosphère. 

En somme, la gifle du bourreau blond me réveilla de ma somnolence certes, mais elle attisa  ma haine de tout le système scolaire de l’époque. Une haine qui a été marquée au fer dans ma mémoire depuis mes premiers souvenirs de l’école primaire…jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs. 

A suivre.

 

 

 

Je m’appelle BABOU

Mis en avant

« من سلسلة « ذكريات وصفحات

Il n’est pas rare où l’on me demande d’où me vient cette apparente envie de lire. Il n’est pas aisé pour moi de répondre ouvertement à une telle question pour la simple raison qu’il est pratiquement impossible d’y répondre adéquatement sans avoir de ma part une grande dose de franchise. Une franchise qui pourrait s’apparenter à une fausse modestie, cette sœur jumelle de la flagornerie. Bien entendu, il n’en est rien dans mon cas: la franchise dont je dois faire preuve en tentant de répondre à la question de mon histoire avec la lecture n’est ni de la fausse modestie ni encore moins de la flagornerie. Voici pourquoi. 
Tout d’abord, je n’ai pas d’histoire avec la lecture. Ou si vous voulez, je n’ai jamais été un adepte de la lecture. Bien au contraire. Contrairement à la plupart des amoureux de la lecture qui sont devenus aujourd’hui des adultes, mon enfance n’a pas été pondérée ni même encadrée par des séjours prolongés dans une quelconque bibliothèque où l’on découvre, généralement, le premier plaisir du livre. Du mieux que je me souvienne, j’ai été un adepte de l’école buissonnière, privilégiant les bagarres de rues et les escapades intrépides au lieu de m’engouffrer dans une pénible lecture bouffant ma fraîche énergie que je gaspillais volontiers dans l’agitation du petit corps. Aucune place n’était réservée au cerveau. Comme j’étais le fils aîné qui jouissait, selon la culture populaire à laquelle adhéraient mon père, le commerçant, et ma mère, l’aimante, il fallait que je m’amuse. Et un enfant qui gâche ses journées dans la lecture, on s’entend, ne s’amuse guère.
MAIS!
Aussi contradictoire que cela puisse paraître, il n’en demeure pas moins vrai que certains événements, à l’époque anodins et sans lien apparent entre eux, s’avèrent, avec le recul de la mémoire et l’avancement de l’âge, d’une importance majeure quand vient le moment de parler de mon rapport avec la lecture.
Le premier événement remonte à l’âge de 3 ans. Malgré mon très jeune âge, ma mémoire en garde encore frais le souvenir. C’était le jour où je commençais à griffonner sur la porte de notre maison (en bois massif) des mots que j’apprenais à l’école pré-maternelle du mythique quartier de Derb Sultan. 

Ces mots sont, en arabe,

با، بو

dont la transcription phonétique est: Ba Bou.


N’importe quel Marocain connaît la signification de ces deux mots, dont la charge émotive est tellement forte qu’il est presque impossible de les effacer de la mémoire individuelle et collective. Ba Bou (en y ajoutant Bi) sont les trois mots dont certains instituteurs, à des fins mnémotechniques, nous martelaient le cerveau en nous faisant apprendre l’alphabet arabe (ici composés en mots faciles à mémoriser, donc foncièrement intelligibles). Et c’est en remarquant mes efforts à les réappliquer sur la porte en bois de notre maison, que les autres enfants du quartier, bien entendu plus âgés que moi, n’ont pas tardé à me coller l’impensable surnom: BABOU.


Ça y est! Dorénavant, le prénom de siMohamed, trop courant pour être démarqué de la foule, cède la place au surnom, poétique et tapageur, BABOU

Il n’y avait rien à faire, c’était la pratique courante de l’époque: nous donner un surnom qui nous identifiera – dans bien des cas – pour le restant de notre vie. Indélébile, ce surnom tout comme la trace qu’il laisse dans notre mémoire…et dans mon cas, dans la perception des autres envers moi. 

 

Il faut dire que ce surnom n’était pas un malheur, mais plutôt un cadeau inespéré de la part des enfants de mon quartier – dont la plupart possédaient des surnoms tout aussi loufoques et répugnants que l’on dirait inspirés par le conte d’Ali Baba et les 40 voleurs – quand ce n’est pas par les édentés Pirates des Caraïbes.
BABOU était pour moi plus qu’un surnom d’enfance; c’était une marque de commerce. Rien de moins! Depuis ce jour-là, l’acte de l’écriture m’a été collé au front, à tel point que je savais que je devais prendre soin non pas seulement de mes faux épées en papier avec lesquels je devais me battre pour assurer ma survie et le respect des enfants dans le quartier, mais aussi de mes neurones.

 

Donc mon histoire avec la lecture a d’abord été précédée d’une petite histoire avec l’écriture.

 

Mais ce n’est pas tout. 

 

A suivre…

Dar El Beida. Éloge de la laideur

 

Casablanca, vue par M.Chahid

Casablanca, vue par M.Chahid

‘- Ouh, là, Momo, on est chez les riches: regarde, il y a des poubelles.
– Eh bien quoi, les poubelles?
– Lorsque tu veux savoir si tu es dans un endroit riche ou pauvre, tu regardes les poubelles. Si tu vois
ni ordures ni poubelles, c’est très riche. Si tu vois des poubelles et pas d’ordures, c’est riche. Si tu vois
des ordures à côté des poubelles, c’est ni riche ni pauvre: c’est touristique. Si tu vois les ordures sans
poubelles, c’est pauvre. Et si les gens habitent dans les ordures, c’est très très pauvre. »
Tiré du roman de Schmitt, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran.

Il y a du beau dans tout ce que Dieu a créé; y compris dans le laid. Certes nous n’avons pas tous le même regard poétique d’un Omar Al-khayam pour pouvoir déceler les  »atomes » du beau dans tout ce qui croise le regard:

Partout ou se voit une robe ou un parterre de tulipes,
Fut répandu jadis le sang d’un roi :
Chaque tige jaillissant du sol,
C’est le signe qui orna la joue d’une beauté

Non plus nous n’avons tous la même verve romantique d’un Charles Baudelaire afin de crier:

« Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d’amour et d’amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l’immortelle Beauté !

Et malgré cela, entre ceux qui voient le laid partout et ceux qui ne le voient nulle part, nous avons chacun une vision différente des choses qui nous entourent et qui rythment notre quotidien, non pas dans ce qu’il a de plus raffiné, mais, justement, dans ce qu’il a de plus banal…aux yeux des autres. Et c’est en essayant de saisir la laideur de ce  »banal » que je retrouve la beauté de mon  »quotidien »: Casablanca.

Car de toutes les villes qu’il m’ait été donné de visiter, il n’est de ville plus laide que Casablanca – Dar El Beida (maison blanche qui ne doit rien à son appellation), cette métropole – Ghoula dit-on dans le jargon local – qui m’a vu naître. Sale et souillée, les souvenirs de Casablanca me traversent l’esprit et voici l’essentiel de ce que j’en garde:

Les  balades pédestres ou motorisées dans les rues sales et congestionnées; les coups étourdissants de klaxons très souvent absurdes et sans raisons; les policiers, ces gardiens de la paix à qui on a confié la sûreté nationale mais qui, dans le fond, se battent pour ne rassurer que leur peau en espérant rentrer chez eux sains et saufs avec, pour seule marque de loyaux services, un uniforme usé sous la chaleur du soleil et noirci par la fumée polluante des vieux taxi délabrés; les vraies zones de payage installées sur les fausses autoroutes au tarif exorbitant dont le véritable effet augmente à mesure que les caisses se renflent et les poches se vident; les femmes voilées d’en haut, moulées d’au milieu; les souks, les bagarres, le thé de mauvais goût; les vieux au dos courbé avec l’usure du temps et la misère de l’oisiveté, ces signes décadents de la décrépitude du corps…tout cela et bien d’autres choses laides et moins raffinées qui font de Casablanca mon unique lieu tant adoré.

A quoi pensé-je encore? Ah!, à ces minutes interminables que nous passions chaque matin, mes frères et moi, à prier par tous les saints pour qu’arrive malheur au transport scolaire en vue de profiter d’un congé d’école; faire l’école buissonnière dans une périlleuse tentative d’imiter Tom Sawyer, notre héros mythique de tous les temps…Et bien d’autres beaux souvenirs de Casablanca qui enregistrent toujours dans ma mémoire le décadent plaisir de vivre en ville.

Et pendant ce temps, moi, je me transforme subrepticement du simple observateur au regard voyeur non insoupçonnable, au principal acteur de ma vie dans un savoureux mélange de sentiments joyeux et misérables. Néanmoins, rien ne m’empêchait de vivre le moment présent dans un idyllique

plaisir de l’instant

On m’objectera mon excès de lyrisme, je l’entends peut-être bien. Maintenant que je suis loin, la laideur me semble supportable, donc moins pénible vue d’ailleurs. On me rappellera les chants d’Al-Khayam:
Tiens-t’en à l’argent comptant et renonce à un gain promis,
Car le bruit des tambours, frère, n’est beau que de très loin

Mais je persiste tout de même: Et Dieu créa la beauté…même dans la laideur.

Bien sûr, d’autres souvenirs encore tout beaux encore tout heureux me reviennent comme des images se succédant devant mes yeux: de Kénitra et sa princesse Monika, de Rabat et son insupportable ennui, de Fès et ses rues étroites puant le camphre, le myrrhe et le cuir, Marrakech, l’Atlas, le Gharb, le Sud, le Nord, l’Est, l’Ouest, des personnages formidables, des paysages magnifiques, des scènes loufoques, et bien d’autres moments de pure plaisir…de tout cela je parlerai les prochaines fois.

Much Ado about Nothing. مالي أسمع جعجعة و لا أرى طِحْناً؟

يسألني بعض السُّذَّج ممن تجمعني بهم بعض اللقاءات الفكرية عن رأيي في ما أعتقده « أكذوبة الربيع العربي »؛ الربيع الذي طال ينذر بقدوم خريف طويل و شتاء قاسي يعلم الله أن من سيؤدي ثمنه الباهض هم أولاء الضعفاء و المقهورون من بني جلدتنا هنا و هناك. يسألونني فأجيب تارة بما لخَّصَه شكسبير في إحدى مسرحياته:ة

Much Ado about Nothing

و تارة أخرى أفضل الإجابة بحكمة رجل الجاهلية العبقري:ة

ة« ما لي أسمع جعجعة و لا أرى طحنا؟! »ة