Grande mosquée de Québec. Musulmans tués de sang froid en pleine prière

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Ce soir, un individu cagoulé a fait irruption dans la Grande mosquée de Québec pour abattre de sang froid plusieurs dizaines de Musulmans innocents qui assistaient à la prière du soir Al-Icha.

Ce soir cet acte barbare me laisse encore une fois sans voix. Pourquoi ici? Pourquoi dans cette mosquée que moi-même je fréquentais quand j’étais étudiant à l’Université Laval? Pourquoi terroriser une communauté de femmes et d’hommes du calibre des Musulmans de Québec? Je me souviens de cette formidable communauté dont les membres, petits et grands, sont la crème de la société québécoise. Je me souviens de mes amis universitaires, ingénieurs, diplomates, commerçants, professeurs, hommes et femmes dont le seul souci était de réussir leur intégration dans ce pays et démontrer à eux-mêmes et à leurs proches qu’ils ont fait le choix judicieux quand ils ont décidé de quitter tout et repartir à neuf.

Mais que s’est-il passé ce soir à Québec?

Il s’agit de l’un des actes terroristes les plus abominables qui soient perpétrés sur le territoire canadien commis contre une communauté musulmane pacifique, travaillante dont les membres sont venus de loin, laissant derrière eux patries et familles dans l’espoir de contribuer activement à l’enrichissement de leur pays d’accueil. Quel accueil leur réserve-t-on donc? Un discours populiste alimenté par les grands médias et soutenu par les politiques de la plus nette tartufferie…voilà ce qu’on réserve à cette communauté faite en grande majorité d’hommes et de femmes armés de diplômes universitaires, techniques et professionnels. Voilà le sort que Donald (Duck) et ses électeurs américains et leurs photocopieurs ici et ailleurs souhaitent offrir à toute personne digne qui dit non à l’injustice, à l’intolérance, à la barbarie et surtout qui refuse de serrer la main à des tueurs d’innocents.

Suis-je devenu sourd ce soir? Pourquoi n’entendrais-je plus ce soir ces voix de journalistes et de politiciens d’ici qui, hier encore poursuivaient leurs croisades et alimentaient les peurs collectives contre un soi-disant danger portant le nom de l’Islam? Ni ce soir ni demain soir ni après demain soir je n’entendrai ces voix condamner l’abominable tuerie dont sont victimes des innocents citoyens parmi lesquels on trouve aussi des enfants. Ni ce soir ni demain soir ni après demain soir je n’entendrai ces tartuffes des temps modernes crier non à l’injustice et à l’intolérance…

 

Je ne pleure pas les innocentes victimes tombées lâchement ce soir au milieu de la Grande mosquée de Québec. Je ne les pleure pas puisque ce sont des martyrs…et les martyrs n’ont pas besoin de nos larmes. Au lieu de cela, je pleure l’incommensurable bassesse de l’esprit humain qui tente viciseument de rendre de tels actes « justifiables » en nous les présentant comme « allant de soi ».

Que Dieu ait pitié de nous, les morts-vivants!

 

M.c.

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Ces malades qui nous gouvernent

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D’entrée de jeu, sans détour rhétorique ni fla-fla sémantique, j’atteste ceci: la plupart des dirigeants qui nous gouvernent dans notre monde arabe sont atteints de ce terrible syndrome de l’ego démesuré dont les conséquences sur nos populations sont – comme nous sommes en train de le constater, hélas! – encore plus dévastatrices. Cela me rappelle un excellent livre que j’avais lu quand j’avais 16 ans: Ces malades qui nous gouvernent, écrit par deux brillants esprits, Pierre Accoche et Pierre Rentchnick. Dans leur fameux livre, ils relataient des histoires peu connues du grand public concernant l’état de santé (mentale et physique) des grands dirigeants du monde, en essayant avec brio, de mesurer son influence sur le déroulement des événements de l’histoire de leurs peuples respectifs – et de l’Histoire tout court.

En interrogeant l’éminent professeur Jean Bernard, voici ce que les auteurs du livre nous révèlent d’inquiétant sur ce sujet:

 

Lorsque j’ai soigné des hommes politiques de haut rang, j’ai souvent été surpris de la crédulité que manifestaient ces dirigeants vis-à-vis des médecines parallèles…. Il faut tenir compte de la mentalité très particulière de ces malades qui nous gouvernent et qui refusent d’une part, de considérer leur état de santé comme incompatible avec la direction d’un pays ou d’une armée, et d’autre part, d’admettre que les conséquences de leur maladie peuvent être graves pour leurs concitoyens…

 

Bien que les résultats du livre aient été publiés il y a plusieurs décennies, ces révélations ne sont, aujourd’hui, qu’encore plus vraies – pour ne pas dire…plus désastreuses. S’agissant des dirigeants malades du Monde arabe, pour combien de temps encore devrions-nous payer les frais de leur sinistre psychose?

Autour d’une tasse de thé avec les sages (3)

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Je me souviens de mes premiers cours de communication politique dans lesquels nous devions analyser le traitement médiatique des plus grands événements qui ont marqué l’actualité. Nous nous efforcions de décoder les messages cachés que les médias – pour des raisons tactiques – n’avaient pas intérêt à ce que le grand public les déchiffre. Très souvent, grâce à des techniques sophistiquées de communication stratégique (Agenda Setting, Gate Keeper, Effet paravent, etc.), ce sont les grands médias, dotés d’un immense pouvoir quant au choix et au filtrage de l’information qui devrait retenir l’attention du moment, qui livrent avec l’événement le sens que ce dernier devrait prendre au sein de l’opinion publique. De véritables créateurs de nouvelles, les médias sont aussi de puissants créateurs de significations.  Mettre à la Une un événement pour qu’il retienne l’attention du moment – au détriment d’autres événements qu’ils décident de négliger- veut aussi dire décider de la signification de tel ou tel événement. C’est pendant mes premiers cours de communication politique que je réalisais, à ma grande déception, que les médias, contrairement à l’idée naïve que j’avais – et que plusieurs d’autres ont encore – ne se limitent pas à « décrire objectivement » la réalité telle quelle, mais, dans bien dans cas, la filtrent, la maquillent, l’embellissent ou l’enlaidissent…Pire: ils l’inventent. Selon les besoins du moment. Les exemples qui me viennent à l’esprit au moment de rédiger ce billet sont nombreux, mais je vais me contenter d’en citer un: celui des Tablibans en Afghanistan. L’exemple des Talibans a depuis les années 1999, retenu l’attention de la planète entière: surgis de nulle part, ces hommes décrits comme des ennemis de la civilisation et de la modernité, le cauchemard vivant des femmes, aux antipodes de la démocratisation – et de l’occidentalisation – des nations anéanties par les guerres et les injustices sociales, ces élèves des madrassa coraniques (d’où leur nom taliban) par quelle mauvaise fortune se trouvaient-ils, du jour au lendemain, propulsés en avant-scène de la politique internationale causant ainsi l’un des facteurs majeurs de déstabilisation sociale et politique non seulement de l’Afghanistan qui se remettait à peine de ses blessures profondes causées par les déchirantes guerres successives contre l’ex URSS, avant de plonger dans des guerres fratricides non moins sanglantes, mais aussi de toutes les régions du monde où le mot « guerre anti-terroriste » pouvait servir de « raison morale » de frapper? De frapper fort?! Afin de répondre à une telle question, la plupart des médias véhiculaient l’explication d’apparence quasi logique – comme allant de soi – selon laquelle, les Talibans sont une organisation terroriste qu’il faudrait indiscutablement éradiquer afin de permettre au peuple afghan de goûter, enfin, au nectar de la liberté (occidentale). Ce n’est peut-être pas par hasard que les armées américaines et canadiennes qui étaient déployées en Afghanistan diffusaient sur les ondes de la radio locale, des chansons de la star québécoise, Céline Dion!

Mais était-ce vraiment la vraie raison de s’attaquer au Taliban?

Ce que les médias ne nous disaient pas – et ne nous disent toujours pas – à propos des véritables raisons de la guerre menée par les Américains et leurs alliés contre les Talibans, n’a tout simplement rien à voir avec je ne sais quel sens moral de libérer le peuple afghan de je ne sais quelle barbarie de ces élèves des madrassa coraniques. Le véritable enjeux se situe…ailleurs. C’est l’OPIUM. Il ne faut pas quitter de l’esprit que l’Afghanistan est le premier producteur mondial de l ‘opium, cette substance quasi indispensable pour la fabrication de  médicaments, certes, mais aussi ET SURTOUT de drogue.

Drogue maudite, l’opium a depuis l’antiquité été à l’origine de plusieurs guerres.

Les répercussions du commerce de l’opium ont eu un retentissement considérable dans l’histoire du monde. L’on peut par exemple citer les deux Guerres de l’Opium au milieu du XIXème siècle qui ont soumis la Chine aux traités inégaux des puissances européennes et surtout l’Empire Britannique qui prit ainsi possession de Hong-Kong jusqu’à 1997. La France en interdit la consommation en 1908 et légifère sur les drogues en 1916. (Peut-on lire dans la rubrique Santé du Figaro)

Juste avant d’entendre parler des Talibans, le contrôle absolu de l’opium était confié à nulle autre que la fameuse bourse américaine, The Wall Street. Elle en gérait la production, le traitement et, bien évidemment, l’exportation et la commercialisation. Le revenu engendré était hallucinant. Or, lorsque les Talibans ont pris le contrôle de la production de l’opium – il fallait bien que quelqu’un se réveille un jour et réclamer son dû – The Wall Street voyait ses bénéfices nets reculer de pratiquement 98%! Une catastrophe financière pour l’organisme qui ne jure que par les sous. Que fallait-il faire? Créer un événement. C’était la fausse guerre anti-terroriste. C’était les Taliban. La suite nous la connaissons tous.

Cet exemple et bien d’autres illustrent à quel point le grand public est très souvent mis en index lorsqu’il s’agit de comprendre le déroulement des événements majeurs qui ont une répercussion imminente sur le cours de l’histoire. Très souvent, les grands médias usent – et abusent – de leur pouvoir d’accès privilégié à l’information, afin de servir – hélas! – non pas la vérité tel qu’ils prétendent, mais plutôt les grands intérêts des puissances politiques, économiques et militaires dominantes.

Enfin, dans le même ordre d’idées, et pour rester fidèle au rendez-vous, nous allons prendre une tasse de thé en compagnie de Dan Gardner, un grand journaliste et essayiste canadien, ancien conseiller du Premier ministre en affaires judiciaires, qui signe un brillant essai sur les politiques de la peur dont abusent les médias et les décideurs afin de servir des intérêts sordides souvent non avoués. 

Pages 227-228 de son essai, Risque. La science et les politiques de la peur. Aux éditions Logiques.

Le terrorisme est certainement un scénario de grande importance aujourd’hui, comme il l’est depuis un certain temps, mais la situation était différente il y a une dizaine d’années[…]Les attaques commises le 11 septembre 2001 […] ont mis au premier plan l’histoire du terrorisme islamiste, qui demeure omniprésente aujourd’hui. C’est ce qui explique que, lorsqu’un kamikaze s’est fait exploser à l’extérieur du stade bondé de l’Université d’Oklahoma, le 1er octobre 2005, les médias ont à peine mentionné l’événement. Le kamikaze en question, Joel Henry Hinrichs III, n’était pas musulman. C’était un jeune blanc perturbé, amateur d’explosifs, qui avait apparemment eu l’intention initiale de faire exploser une bombe identique à celle qu’avait fait détonner Timothy McVeigh [un autre extrémiste américain antigouvernemental, auteur d’un sanglant attentat à la bombe perpétré à Oklahoma City en 1995]. Il a donc été considéré comme un événement local mineur et a été rapidement oublié.

Le même phénomène s’est de nouveau produit en avril 2007, après l’arrestation à Collonsville (Alabama) de six hommes blancs membres de la « Milice libre de l’Alabama ». La police a alors saisi une mitraillette, un fusil, un fusil à canon scié, deux silencieux, 2500 cartouches et divers explosifs artisanaux, dont 130 grenades et 70 dispositifs explosifs improvisés semblables à ceux qu’utilisent les insurgés iraquiens […] Lors de l’enquête sur sa mise en liberté, un policier fédéral a révélé que la milice avait planifié une attaque à la mitraillette contre des résidants hispaniques d’une petite ville voisine. Les médias n’ont manifesté aucun intérêt à ce sujet et l’histoire a pratiquement été passée sous silence. Mais l’arrestation, une semaine plus tard, de six musulmans accusés de complot en vue d’une attaque contre Fort Dix a été traitée par les médias comme un événement majeur à l’échelle internationale, même ces hommes n’étaient pas plus liés à des réseaux terroristes que ne l’était la « Milice libre de l’Alabama » et même si leurs armes n’étaient en rien comparables à l’arsenal des membres de ladite milice.

Autour d’une tasse de thé avec les sages (2)

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Aujourd’hui, on prend notre tasse de thé en compagnie de l’un des penseurs marocains les plus prolifiques – à en juger par l’oeuvre colossale qu’il nous lègue. Il s’agit du professeur et futurologue Mehdi El Mandjra, mort en 2014 à Rabat dans l’obscurité totale.  Ovationné (surtout) à l’étranger pour la grande qualité de ses analyses sur les véritables enjeux des dialogues interculturels entre l’Orient et l’Occident, il fut considéré par plusieurs comme étant le père de la notion des « guerres des civilisations », principale caractéristique qui sous-tend les nouveaux conflits entre les différentes nations à l’échelle planétaire. Une problématique quasi fétiche de l’auteur puisqu’il lui avait consacré une pléthore d’études et d’articles scientifiques publiés dans une vingtaine de langues, dont certains sont regroupés dans son livre La Première guerre civilisationnelle (en parlant de la première guerre du Golf en 1990). Précédant ainsi d’un an la publication par Samuel Huntington de son désormais célèbre article où il repend le concept de M. Elmandjra sur le « Clash des civilisations ».

De son vivant, il a été un ardent défenseur de la cause palestinienne et du droit des peuples à la préservation de leur mémoire collective. Dans l’un de ses livres, La valeur des valeurs, il écrit: « La mémoire : une valeur qui donne au temps son harmonie entre un passé qui se renouvelle, un présent éphémère et un avenir éternellement ouvert ». Pour lui, On ne  tourne pas les pages, on les relit régulièrement… » On peut détruire les infrastructures matérielles mais on ne détruit pas la mémoire d’un peuple comme le savent ceux qui aujourd’hui, en Israël, procèdent à des éliminations ethniques…

Afin de mieux comprendre l’ampleur – et la gravité – des plus grands conflits actuels que connaît notre époque contemporaine, il faudrait, selon Elmandjra, faire un tour du côté de la notion de « culture ». À ses yeux,    « Le commerce des idées et le monde de la créativité ne se négocient pas à la manière des accords du libre échange et ne se prêtent pas aux règles qui régissent les produits agricoles ou industriels. On n’occupe pas le champ culturel comme on occupe un champ de bataille. Tout ce que l’on réussit, c’est exacerber d’un côté l’ethnocentrisme et l’arrogance culturelle caractérisant l’attitude d’un grand nombre de pays occidentaux, et accentuer d’un autre côté la résistance de la majorité des peuples aux agressions culturelles ».

Quiconque connaît l’oeuvre de Elmandjra sait à quel point il avait, de son vivant, affectionné le modèle culturel et économique japonais. Pour lui, l’exemple du Japan démontre que « toute modernisation n’est pas forcément une occidentalisation ». On comprend pourquoi il passait une grande partie de sa vie au sein de comités scientifiques japonais puisque le Japan l’avait décoré en 1986 Ordre du Soleil Levant, la plus haute distinction décernée au Japan. Pacifiste convaincu, il a eu également droit, en 1995, à la Médaille de la paix de l’Académie d’Albert Einstein.

Dans La valeur des valeurs, ils écrit:

« Dans une émission consacrée à la prospective, il y a déjà plus de vingt ans, j’avais insisté sur le fait que l’Occident souffrait de trois obsessions : la démographie, l’Islam et le Japon (Dossiers sur l’Ecran- TF1, 24- 06- 1980). Aujourd’hui, la peur de l’immigration a remplacé celle de la démographie, la peur de la Chine s’est substituée à celle du Japon alors que la peur de l’Islam s’est amplifiée sous la forme d’une islamophobie à visage découvert où l’on associe ouvertement Islam et terrorisme en ayant recours au terrorisme sémantique et au matraquage médiatique. On oublie que dans le monde musulman, le mot paix (essalam) est prononcé en moyenne un milliard de fois toutes les heures, soit près de 17 millions toutes les minutes ». [Puisque le mot (essalam) doit être répété dans les cinq prières quotidiennes dans le rite musulman].

Apagogie,ou le raisonnement par l’absurde

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Quand un psychopathe – pour des raisons haineuses, vicieuses ou autres – sème la terreur auprès des gens innocents pour la simple raison qu’ils lui sont totalement différents, on appelle cela: la barbarie.

Quand le même individu, pour les mêmes raisons, commettant les mêmes actes, subit son procès devant un tribunal compétent selon les règles de l’art telles que stipulées dans toutes les lois du monde civilisé, on appelle cela: la justice.

Maintenant, quand le monde (dit civilisé) terrorise un milliard et demi d’innocents, parsemés dans les quatre coins du monde – des côtes de la méditerranée jusqu’au fin fond du continent asiatique – rien que pour leur faire payer le prix du geste sanguinaire commis par le psychopathe d’en haut, on appellerait cela sans peur de se tromper: l’apagogie.

En termes plus clairs, il s’agit de ce que la science de la logique désigne par le raisonnement par l’absurde. Étonnant de constater, au-delà des mots sophistiqués, que la culture populaire a, elle aussi, son mot à dire sur ce sujet pédant. Au Maroc, on a une expression dialectale selon laquelle: Le minaret s’est effondré, le barbier est pendu. Quel lien de cause à effet, quel rapport pourrait-il bien exister entre l’effondrement d’un minaret et l’exécution par pendaison du pauvre barbier du quartier? Ne cherchez pas longtemps, il n’y en a pas. C’est aussi absurde que cela. C’est aussi cela, une apagogie. Reductio ad absurdum 

Les médias français face à la crise du monde arabe : question de déontologie

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Dans son édition du mardi, 1er Février 2011, le magazine maghrébin d’information stratégique et géopolitique Maghreb Intelligence, publie en exclusivité un billet sur une affaire de déontologie qui implique le Journal français Le Monde et les services secrets algériens. Selon le magazine, l’affaire aurait éclaté le 23 janvier 2011 quand Tahar Benjalloun, écrivain franco-marocain publie un billet sur la révolution tunisienne intitulé Un printemps en hiver et dans lequel il salue le réveil de la population tunisienne en prévoyant l’effet de contagion sur les pays de la région susceptibles d’être le théâtre prochain d’une révolution imminente. Tahar Benajalloun cite, entre autres, le cas de l’Algérie. Les Algériens ne semblent pas gober l’allusion de l’auteur et ils s’activent pour trouver une « plume » qui ferait plutôt basculer la Révolution du côté marocain. Ce qui illustre un inquiétant manquement aux critères de base en matière de déontologie journalistique. Voici d’abord l’article de Tahar Benajlloun publié dans Le Monde et ensuite le billet intégral du Maghreb Intelligence qui en relate les faits et les effets.

Un printemps en hiver, Tahar Benjalloun

Article paru dans l’édition du 23.01.11 du Journal Le Monde

Quand une dictature se rouille de l’intérieur, il suffit d’une étincelle pour qu’elle s’effrite. On dit qu’un maillon faible a cédé, et de ce fait il est plus fort que toute la chaîne. Ainsi le régime d’un ancien flic et d’une ancienne coiffeuse est tombé sur le fil des évidences, un fil tenu par un peuple qui ne pouvait plus supporter les humiliations, le mépris, le vol et la misère. Un peuple qui, dès 1988, avait manifesté sa colère et avait été réprimé sauvagement.

Voir un chef d’Etat, gras et épais, cheveux teints et regard satisfait, fuir comme un voleur, mendier un lieu d’asile, essuyer quelques refus, apprendre que cet homme qui a semé la terreur chez un peuple bon et patient est dans la détresse d’un Bokassa ou d’un Duvalier, tout cela prouve qu’il ne méritait pas d’avoir été un chef d’Etat et que, tout au plus, il aurait pu poursuivre sa carrière de fonctionnaire médiocre dans une ambassade lointaine. Le Tribunal pénal international devrait se dépêcher de l’inculper et espérer l’arrêter et le juger. Sinon, c’est trop facile : on réprime, on torture, on vole puis on part en exil doré à Djedda.

A présent, ce que feront les Tunisiens de ce printemps en plein hiver est une affaire qui les regarde. Cependant l’exemple tunisien fascine et inquiète. Il suscite l’admiration et des interrogations. Des régimes arabes tremblent en silence ; des dirigeants se passent et se repassent le film des événements : « Et si ça arrivait chez moi ? » Des insomnies sont à prévoir et des comptes à l’étranger à bien fournir (ils viennent d’apprendre qu’il faut éviter les banques françaises).

Il est des sociétés dans le monde arabe où tous les ingrédients sont réunis pour que tout explose. Trois Etats entrent dans cette configuration.

La Libye d’abord, parce qu’on ne sait rien de ce qui s’y passe. Un homme, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat (1969), cultive son culte de manière si grotesque qu’il échappe à toutes les prévisions. Le pays vit sous un linceul de silence et de résignation. Rien ne filtre. Pour la Tunisie, c’est un voisin dangereux et pervers. Il faudra s’en méfier. Quand le « raïs » se déplace à l’étranger, il impose à ses hôtes son folklore et son arrogance. Il a la maladie du pétrole. D’où, après l’illégitimité, l’impunité. Et certains Occidentaux se mettent presque à genoux dans l’espoir de lui faire signer de gros contrats. En vain.

L’Algérie. Un pays et un peuple magnifiques. Des potentialités exceptionnelles. Une jeunesse nombreuse et vive. Des richesses immenses en gaz et en pétrole. Mais un système militaire qui tient le pays depuis l’indépendance et qui ne lâche rien. Quand l’armée installe un civil à la présidence de la République, il est là pour exécuter ses ordres. Sinon, son élimination est possible, comme ce fut le cas de Mohamed Boudiaf, qui avait cru pouvoir gouverner selon ses propres principes et valeurs. Il fut assassiné le 29 juin 1992.

L’écrivain algérien Rachid Mimouni (1945-1995) avait publié un roman, La Malédiction (Stock, 1993). Il parlait de son pays. On peut hélas ! inclure une grande partie du monde arabe dans cette malédiction qui dure depuis si longtemps. Des régimes issus de coups d’Etat, des présidents qui se font « élire » à des scores frisant les 99 %, un mépris profond pour le citoyen, les richesses du pays accaparées par des individus qui tirent les ficelles dans l’ombre – ainsi la manne pétrolière et gazière de l’Algérie ne profite pas au peuple, qui reste pauvre et sans espoir de changement.

L’autre pays, c’est l’Egypte. Là, la pauvreté, la corruption et le culte de la personnalité ont fini par installer la rouille dans tous les rouages de l’Etat. Au moment où Mohamed Bouazizi s’immolait par le feu à Sidi Bouzid (cet acte sacrificiel ne fait pas partie des traditions du monde musulman, c’est dire combien le désespoir est immense !), la police égyptienne faisait du Kafka sans le savoir.

Il s’appelait Sayyid Bilal, il avait 31 ans, musulman pratiquant. Il vivait à Alexandrie tranquillement avec sa femme, qui était enceinte. Le mercredi 5 janvier, il reçut un coup de téléphone du ministère de l’intérieur : « Venez nous voir ce soir à 10 heures ; apportez une couverture avec vous, vous en aurez peut-être besoin. » A l’heure dite, il se présenta, ne sachant pas la raison de cette curieuse « invitation », mais, en bon citoyen, il ne posa pas trop de questions.

Vingt-quatre heures plus tard, le même agent de police appelle sa famille et leur dit : « Venez chercher le corps de Bilal : il est mort. » Stupeur. Le corps porte de nombreuses traces de torture. Les parents reconnaissent à peine leur fils, ils ont juste le temps de prendre des photos. La famille porte plainte. On lui ordonne de la retirer sous peine de se retrouver tous dans les locaux de cette police si délicate. En outre, ordre est donné pour que le corps soit enterré le jeudi soir et non le lendemain, jour de la grande prière. La presse relate cette affaire. La police veut que ce cas soit porté à la connaissance du plus grand nombre. Le message est clair : voici ce qui vous attend si vous choisissez le camp de l’opposition. Le fait d’avoir choisi un citoyen sans histoires est une façon vicieuse de marquer le message.

On dirait que Dieu a maudit ces pays, il les aurait abandonnés à des guignols bruts et cruels jusqu’au jour où le feu de la justice surgit de la rue, comme un printemps en plein hiver. Ce printemps sera complet le jour où le monde arabe sera débarrassé de ces momies aux cheveux gominés qui sèment la détresse et le malheur parmi leur peuple.
Tahar Ben Jelloun est membre de l’académie Goncourt depuis 2008. Il a reçu le prix Goncourt pour La Nuit sacrée (Points Seuil) en 1987. Derniers livres parus : Jean Genet, menteur sublime (Gallimard) et Beckett et Genet, un thé à Tanger (Gallimard).

Les connexions algéroises du quotidien français « Le Monde »

Billet paru dans le magazine Maghreb Intelligence dans son édition du 1er février 2011

« Cela leur est resté en travers de la gorge », explique un ancien ambassadeur français au Maghreb. Le « Cela » renvoie à la tribune intitulée « Un printemps en hiver » que l’écrivain franco-marocain- lauréat du prix Goncourt- Tahar Benjelloun a publié le 23 janvier

dans le quotidien « le Monde », et dans laquelle il rendait hommage à la révolution tunisienne qui promettait de se propager en Egypte, en Libye et en Algérie où de violents affrontements avaient eu lieu fin décembre 2010.
Ce billet – contribution normale, selon le diplomate, de la part d’un intellectuel engagé dans le débat public – avait fortement mécontenté certaines sphères du pouvoir algérien. L’ambassadeur algérien Missoum Sbih a ainsi multiplié les contacts, cherchant à riposter. D’après une source bien informée à Paris, depuis la chute du président Zine El Abidine Ben Ali, Alger multiplie les interventions et fait bouger ses réseaux afin que le royaume du Maroc soit plus souvent cité que la république algérienne dans les médias français quand il s’agit de faire des comparaisons avec la situation de la Tunisie et de l’Egypte. Les réseaux algériens ont pu ainsi distiller quelques informations dans France 24 ou encore RFI. Cela dit, il fallait gommer l’effet Tahar Benjelloun et marquer un grand coup à travers un quotidien « crédible ». Les « amis » de Missoum Sbih ont ainsi commencé par approcher le quotidien « Le Figaro » qui serait resté sourd à leurs doléances. Ils ont alors jeté leur dévolu sur « Le Monde », avec lequel certaines passerelles existent depuis les années 70, les algériens ayant toujours entretenu, selon le diplomate français, de solides relations au sein de la rédaction du quotidien du soir, depuis le temps où il était dirigé par Paul Balta, un proche du colonel Boumedienne. Il fallait alors trouver une « plume », ou plus simplement, un porte-plume. Les regards de l’ambassade se sont tout d’abord dirigés vers de gros calibres comme le professeur Lhouari Addi pour leur demander de rédiger un papier. Peine perdue, car le professeur de sciences politiques est connu pour ses positions à l’encontre du gouvernement algérien. Dans la précipitation, et sous la « pression amicale » de l’ambassade algérienne, « Le Monde » a ouvert ses pages à un certain Karim Boudjema, chirurgien renommé pour ses greffes du foie, mais dont l’impact intellectuel et politique reste circonscrit à la Bretagne, où il eu une expérience politique malheureuse sous la bannière de l’UMP, lorsqu’il tenta de succéder à Edmond Hervé en tant que maire de Rennes en 2008.Battu à plate couture, l’homme avait même démissionné de tous ses mandats électifs. Peu importe, il fallait parer au plus pressé, la fenêtre du Monde risquant de fermer à tout moment en raison de l’actualité égyptienne et peut-être algérienne. La Tribune signée par Karim Boudjema -qui a su garder de solides amitiés à Alger, et notamment au « club des pins » – est une charge frontale contre le Maroc, alors que, notent les observateurs, c’est précisément en Algérie que le risque d’embrasement est le plus à craindre. Une erreur déontologique qui s’ajoute à celle commise il y a deux mois par « Le Monde », refusant alors de publier les câbles de WikiLeaks sur la corruption du régime d’Omar Bongo et son financement présumé de la classe politique française…