À la (re)découverte de Kateb Yacine.

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Je le disais il y a vingt ans: de tous les écrivains algériens d’expression française qu’il m’ait été donné de lire, Kateb Yacine est, à mes yeux, le plus talentueux de tous. Je le répète aujourd’hui: le prolifique dramaturge, poète et auteur entre autres de Nedjma (un chef d’oeuvre symbolisant l’Algérie publié en 1956),  Le polygone étoilé (1966), Mohamed, prends ta valise (1971) demeure, pour moi, l’un des écrivains les plus subversifs dotant ses écrits d’un style achevé au ton peu lascif. Je me souviens de ses textes qui nous donnaient du fil à retordre nous causant bien des maux de têtes quand ils étaient au programme de littérature maghrébine d’expression française que je suivais  conjointement avec le programme de littérature japonaise. C’était une année de dur labeur plongé dans les textes complexes tantôt du côté de chez les Algériens Kateb Yacine, Mouloud Feraoun (l’autre écrivain Kabyle), Mohammed Dib et j’en passe, tantôt du côté de chez les écrivains du Soleil-Levant tels entre autres, Yukio Mishima, le plus troublant et le plus troublé de tous ce qui le conduisait tout droit au suicide par Seppuku le 25 novembre 1970 (il faut lire ses romans pour comprendre pourquoi il allait connaître la même fin tragique anyway) et du grand maître japonais Francis Kawabata (prix Nobel de littérature en 1968).

Bref, revenons à Yacine. La découverte de Kateb Yacine et de son style soutenu ainsi que de sa grande maîtrise de la langue de Molière était pour moi une délicieuse rencontre littéraire qui m’a permis très tôt dans ma vie intellectuelle de me familiariser davantage avec le grand secret des maîtres incontestés de l’écriture; ce grand secret appelé prosaïquement, le STYLE. J’ai été influencé à cette époque; la contagion est encore active, vingt ans plus tard. 

Mais Kateb Yacine n’était pas juste un poète ni un « rêveur ». Il était parmi les écrivains d’origine Kabyle les plus engagés en faveur de la cause identitaire amazighe dont il est manifestement issu (et pas moi, en l’occurrence). Et c’est justement cet autre Kateb Yacine, l’engagé, qui sera notre invité d’aujourd’hui et non le brillant écrivain auquel j’ai déjà consacré du temps quand j’ai découvert ses textes romanesques aux bancs de l’école.  

Pour aller doit au but, voici une citation de Kateb Yacine que je prendrais le temps de commenter dans les quelques lignes qui suivent: 

Ces religions ont toujours joué un rôle néfaste. Il faut s’y opposer avec la dernière énergie. On les voit maintenant à l’œuvre. On les voit en Israël, en Palestine, on les voit partout. Ces trois religions monothéistes font le malheur de l’humanité. Ce sont des facteurs d’aliénation profonde. Voyez le Liban. Ça se passe devant nous. Regardez le rôle des chrétiens, des musulmans et des juifs. Il n’y a pas besoin de dessin. Ces religions sont profondément néfastes et le malheur de nos peuples vient de là. Le malheur de l’Algérie a commencé là. Nous avons parlé des Romains et des chrétiens. Maintenant, parlons de la relation arabo-islamique ; la plus longue, la plus dure, la plus difficile à combattre […] C’est dur de lutter contre une telle couche d’aliénation. Pendant ces treize siècles, on a arabisé le pays mais on a en même temps écrasé le tamazight, forcément. Ça va ensemble. L’arabisation ne peut jamais être autre chose que l’écrasement du tamazight. L’arabisation, c’est imposer à un peuple une langue qui n’est pas la sienne, et donc combattre la sienne, la tuer. Comme les Français quand ils interdisaient aux écoliers algériens de parler arabe ou tamazight parce qu’ils voulaient faire l’Algérie française. L’Algérie arabo-islamique, c’est une Algérie contre elle-même, une Algérie étrangère à elle-même. C’est une Algérie imposée par les armes, parce que l’islam ne se fait pas avec des bonbons et des roses. Il s’est fait dans les larmes et le sang, il s’est fait par l’écrasement, par la violence, par le mépris, par la haine, par les pires abjections que puisse supporter un peuple. On voit le résultat.

  • « Aux origines des cultures du peuple : entretien avec Kateb Yacine » (1987), dans Revue Awal, n° 9/1992 – Hommage à Kateb Yacine, Kateb Yacine, éd. MSH, 1992, p. 127

Outch! La force de conviction dans les propos de l’auteur n’a d’égal que son incompétence totale quand vient le moment d’aborder l’histoire de l’Islam et de l’Arabe  – pour ne pas dire son ignorance patente de son propre pays, l’Algérie, de sa propre culture, l’Amazigh. Autrement, les assertions auraient été plus nuancées.

Voici pourquoi.

 

A suivre.   

 

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CCIQ. Je me souviens

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Pour que la mémoire collective se souvienne de ce drame;

pour que la mémoire collective se souvienne de ces victimes;

pour que les familles québécoises se souviennent de la peine causée à d’autres familles québécoises ;

pour que les historiens enregistrent dans les annales cet échec de l’amour;

pour que nos enfants se souviennent qu’ils sont venus d’ailleurs même s’ils somt nés ici;

pour le CCIQ, je me souviens.

 

 

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CCIQ. Je me souviens

Grande mosquée de Québec. Musulmans tués de sang froid en pleine prière

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Ce soir, un individu cagoulé a fait irruption dans la Grande mosquée de Québec pour abattre de sang froid plusieurs dizaines de Musulmans innocents qui assistaient à la prière du soir Al-Icha.

Ce soir cet acte barbare me laisse encore une fois sans voix. Pourquoi ici? Pourquoi dans cette mosquée que moi-même je fréquentais quand j’étais étudiant à l’Université Laval? Pourquoi terroriser une communauté de femmes et d’hommes du calibre des Musulmans de Québec? Je me souviens de cette formidable communauté dont les membres, petits et grands, sont la crème de la société québécoise. Je me souviens de mes amis universitaires, ingénieurs, diplomates, commerçants, professeurs, hommes et femmes dont le seul souci était de réussir leur intégration dans ce pays et démontrer à eux-mêmes et à leurs proches qu’ils ont fait le choix judicieux quand ils ont décidé de quitter tout et repartir à neuf.

Mais que s’est-il passé ce soir à Québec?

Il s’agit de l’un des actes terroristes les plus abominables qui soient perpétrés sur le territoire canadien commis contre une communauté musulmane pacifique, travaillante dont les membres sont venus de loin, laissant derrière eux patries et familles dans l’espoir de contribuer activement à l’enrichissement de leur pays d’accueil. Quel accueil leur réserve-t-on donc? Un discours populiste alimenté par les grands médias et soutenu par les politiques de la plus nette tartufferie…voilà ce qu’on réserve à cette communauté faite en grande majorité d’hommes et de femmes armés de diplômes universitaires, techniques et professionnels. Voilà le sort que Donald (Duck) et ses électeurs américains et leurs photocopieurs ici et ailleurs souhaitent offrir à toute personne digne qui dit non à l’injustice, à l’intolérance, à la barbarie et surtout qui refuse de serrer la main à des tueurs d’innocents.

Suis-je devenu sourd ce soir? Pourquoi n’entendrais-je plus ce soir ces voix de journalistes et de politiciens d’ici qui, hier encore poursuivaient leurs croisades et alimentaient les peurs collectives contre un soi-disant danger portant le nom de l’Islam? Ni ce soir ni demain soir ni après demain soir je n’entendrai ces voix condamner l’abominable tuerie dont sont victimes des innocents citoyens parmi lesquels on trouve aussi des enfants. Ni ce soir ni demain soir ni après demain soir je n’entendrai ces tartuffes des temps modernes crier non à l’injustice et à l’intolérance…

 

Je ne pleure pas les innocentes victimes tombées lâchement ce soir au milieu de la Grande mosquée de Québec. Je ne les pleure pas puisque ce sont des martyrs…et les martyrs n’ont pas besoin de nos larmes. Au lieu de cela, je pleure l’incommensurable bassesse de l’esprit humain qui tente viciseument de rendre de tels actes « justifiables » en nous les présentant comme « allant de soi ».

Que Dieu ait pitié de nous, les morts-vivants!

 

M.c.

Autour d’une tasse de thé avec les sages (2)

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Aujourd’hui, on prend notre tasse de thé en compagnie de l’un des penseurs marocains les plus prolifiques – à en juger par l’oeuvre colossale qu’il nous lègue. Il s’agit du professeur et futurologue Mehdi El Mandjra, mort en 2014 à Rabat dans l’obscurité totale.  Ovationné (surtout) à l’étranger pour la grande qualité de ses analyses sur les véritables enjeux des dialogues interculturels entre l’Orient et l’Occident, il fut considéré par plusieurs comme étant le père de la notion des « guerres des civilisations », principale caractéristique qui sous-tend les nouveaux conflits entre les différentes nations à l’échelle planétaire. Une problématique quasi fétiche de l’auteur puisqu’il lui avait consacré une pléthore d’études et d’articles scientifiques publiés dans une vingtaine de langues, dont certains sont regroupés dans son livre La Première guerre civilisationnelle (en parlant de la première guerre du Golf en 1990). Précédant ainsi d’un an la publication par Samuel Huntington de son désormais célèbre article où il repend le concept de M. Elmandjra sur le « Clash des civilisations ».

De son vivant, il a été un ardent défenseur de la cause palestinienne et du droit des peuples à la préservation de leur mémoire collective. Dans l’un de ses livres, La valeur des valeurs, il écrit: « La mémoire : une valeur qui donne au temps son harmonie entre un passé qui se renouvelle, un présent éphémère et un avenir éternellement ouvert ». Pour lui, On ne  tourne pas les pages, on les relit régulièrement… » On peut détruire les infrastructures matérielles mais on ne détruit pas la mémoire d’un peuple comme le savent ceux qui aujourd’hui, en Israël, procèdent à des éliminations ethniques…

Afin de mieux comprendre l’ampleur – et la gravité – des plus grands conflits actuels que connaît notre époque contemporaine, il faudrait, selon Elmandjra, faire un tour du côté de la notion de « culture ». À ses yeux,    « Le commerce des idées et le monde de la créativité ne se négocient pas à la manière des accords du libre échange et ne se prêtent pas aux règles qui régissent les produits agricoles ou industriels. On n’occupe pas le champ culturel comme on occupe un champ de bataille. Tout ce que l’on réussit, c’est exacerber d’un côté l’ethnocentrisme et l’arrogance culturelle caractérisant l’attitude d’un grand nombre de pays occidentaux, et accentuer d’un autre côté la résistance de la majorité des peuples aux agressions culturelles ».

Quiconque connaît l’oeuvre de Elmandjra sait à quel point il avait, de son vivant, affectionné le modèle culturel et économique japonais. Pour lui, l’exemple du Japan démontre que « toute modernisation n’est pas forcément une occidentalisation ». On comprend pourquoi il passait une grande partie de sa vie au sein de comités scientifiques japonais puisque le Japan l’avait décoré en 1986 Ordre du Soleil Levant, la plus haute distinction décernée au Japan. Pacifiste convaincu, il a eu également droit, en 1995, à la Médaille de la paix de l’Académie d’Albert Einstein.

Dans La valeur des valeurs, ils écrit:

« Dans une émission consacrée à la prospective, il y a déjà plus de vingt ans, j’avais insisté sur le fait que l’Occident souffrait de trois obsessions : la démographie, l’Islam et le Japon (Dossiers sur l’Ecran- TF1, 24- 06- 1980). Aujourd’hui, la peur de l’immigration a remplacé celle de la démographie, la peur de la Chine s’est substituée à celle du Japon alors que la peur de l’Islam s’est amplifiée sous la forme d’une islamophobie à visage découvert où l’on associe ouvertement Islam et terrorisme en ayant recours au terrorisme sémantique et au matraquage médiatique. On oublie que dans le monde musulman, le mot paix (essalam) est prononcé en moyenne un milliard de fois toutes les heures, soit près de 17 millions toutes les minutes ». [Puisque le mot (essalam) doit être répété dans les cinq prières quotidiennes dans le rite musulman].

Apagogie,ou le raisonnement par l’absurde

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Quand un psychopathe – pour des raisons haineuses, vicieuses ou autres – sème la terreur auprès des gens innocents pour la simple raison qu’ils lui sont totalement différents, on appelle cela: la barbarie.

Quand le même individu, pour les mêmes raisons, commettant les mêmes actes, subit son procès devant un tribunal compétent selon les règles de l’art telles que stipulées dans toutes les lois du monde civilisé, on appelle cela: la justice.

Maintenant, quand le monde (dit civilisé) terrorise un milliard et demi d’innocents, parsemés dans les quatre coins du monde – des côtes de la méditerranée jusqu’au fin fond du continent asiatique – rien que pour leur faire payer le prix du geste sanguinaire commis par le psychopathe d’en haut, on appellerait cela sans peur de se tromper: l’apagogie.

En termes plus clairs, il s’agit de ce que la science de la logique désigne par le raisonnement par l’absurde. Étonnant de constater, au-delà des mots sophistiqués, que la culture populaire a, elle aussi, son mot à dire sur ce sujet pédant. Au Maroc, on a une expression dialectale selon laquelle: Le minaret s’est effondré, le barbier est pendu. Quel lien de cause à effet, quel rapport pourrait-il bien exister entre l’effondrement d’un minaret et l’exécution par pendaison du pauvre barbier du quartier? Ne cherchez pas longtemps, il n’y en a pas. C’est aussi absurde que cela. C’est aussi cela, une apagogie. Reductio ad absurdum 

قوة الكلمة. الشيخ كشك او الرجل الذي مات وهو ساجد

أبكاني في حياته وانا مراهق، وابكاني يوم وفاته وانا شاب يافع، وابكاني بعد مماته وانا اتصفح سيرته، انه خير من بلغ رسالات الله في القرن العشرين، فارس المنابر، معلم الايمان، ومحبوب الملايين، وقاهر الجبابرة، وكاسر الاكاسرة، وفاضح المنافقين، وكاشف المفسدين، وناصر المستضعفين، صدق وعده مع الله حين رفض تبديل المنبر بعرض الدنيا، فصدقه الله وعده حين قبض روحه يوم جمعة وهو ساجد…انه الامام الشيخ عبد الحميد كشك عليه رحمة الله

قوة الكلمة. ليست العبرة بالسن


دخل الحسن بن الفضل على بعض الخلفاء وعنده كثير من أهل العلم ، فأحب أن يتكلم ، فزجره وقال : يا صبي تتكلم في هذا المقام ؟ فقال : يا أمير المؤمنين إن كنت صبياً ، فلست بأصغر من هدهد سليمان ولا بأكبر من سليمان عليه السلام حين قال : أحطت بما لم تحط به ، ثم قال : ألم ترأن الله فهم الحكم سليمان ولو كان الأمر بالكبر لكان داود عليه السلام أولى


ولما أفضت الخلافة إلى عمربن عبد ا لعزيز، أتته الوفود ، فإذا فيهم وفد الحجاز، فنظر إلى صبي صغير السن ، وقد أرا د أن يتكلم فقال : ليتكلم من أسن منك ، فإنه أحق بالكلام منك، فقال الصبي : يا أمير المؤمنين لو كان القول كما تقول لكان في مجلسك هذا من هو أحق به منك. قال صدقت . فتكلم ، فقال يا أمير المؤمنين ، إنا قدمناعليك من بلد تحمد الله الذي مَنّ علينا بك، ما قدمنا عليك رغبة منا ولا رهبة منك ،أما عدم الرغبة ، فقد أمنا بك في منازلنا ، وأما عدم الرهبة فقد أمنا جوارك بعدلك ،فنحن وفد الشكر والسلام.
فقال له عمر رضي الله عنه : عظني يا غلام . فقال : ياأمير المؤمنين إن أناساً غرهم حلم الله وثناء الناس عليهم، فلا تكن ممن يغره حلم الله وثناء الناس عليه، فتزل قدمك وتكون من الذين قال الله فيهم : ( ولا تكونوا كالّذين قالوا سَمعنا وهم لا يسمعون ) . فنظر عمر في سن الغلام فإذا له اثنتا عشرة سنة

وحكي أن البادية قحطت في أيام هشام بن عبد الملك فقدمت العرب ، فهابوا أن يكلموه ، وكان فيهم درواس بن حبيب وهو ابن ست عشر سنة ، له ذؤابة وعليه شملتان ،فوقعت عين هشام عليه ، فقال لحاجبه : ما شاء أحد أن يدخل عليّ إلا دخل حتى الصبيان، فوثب درواس حتى وقف بين يديه مطرقاً فقال : يا أمير المؤمنين إن للكلام نشراً وطياً ، وإنه لا يعرف ما في طيه إلا بنشره ، فإن أذن لي الأمير أن أنشره نشرته ،فأعجبه كلامه ، وقال له : أنشره لله درك ، فقال : يا أمير المؤمنين إنه أصابتنا ثلاث سنون سنة أذابت الشحم وسنة أكلت اللحم ، وسنة دقت العظم ، وفي أيديكم فضول مال، فإن كانت لله ففرقوها على عباده ، وإن كانت لهم فعلام تحبسونها عنهم ، وإن كانت لكم فتصدقوا بها عليهم ، فإن الله يجزي المتصدقين ، فقال هشام ، ما ترك الغلام لنا في واحدة من الثلاث عذراً فأمر للبوادي بمائة ألف دينار وله بمائة ألف درهم ، ثم قال له : ألا حاجة لك ? قال : ما لي حاجة في خاصة نفسي دون عامة المسلمين ، فخرج من عنده وهو من أجل القوم.