À la (re)découverte de Kateb Yacine.

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Je le disais il y a vingt ans: de tous les écrivains algériens d’expression française qu’il m’ait été donné de lire, Kateb Yacine est, à mes yeux, le plus talentueux de tous. Je le répète aujourd’hui: le prolifique dramaturge, poète et auteur entre autres de Nedjma (un chef d’oeuvre symbolisant l’Algérie publié en 1956),  Le polygone étoilé (1966), Mohamed, prends ta valise (1971) demeure, pour moi, l’un des écrivains les plus subversifs dotant ses écrits d’un style achevé au ton peu lascif. Je me souviens de ses textes qui nous donnaient du fil à retordre nous causant bien des maux de têtes quand ils étaient au programme de littérature maghrébine d’expression française que je suivais  conjointement avec le programme de littérature japonaise. C’était une année de dur labeur plongé dans les textes complexes tantôt du côté de chez les Algériens Kateb Yacine, Mouloud Feraoun (l’autre écrivain Kabyle), Mohammed Dib et j’en passe, tantôt du côté de chez les écrivains du Soleil-Levant tels entre autres, Yukio Mishima, le plus troublant et le plus troublé de tous ce qui le conduisait tout droit au suicide par Seppuku le 25 novembre 1970 (il faut lire ses romans pour comprendre pourquoi il allait connaître la même fin tragique anyway) et du grand maître japonais Francis Kawabata (prix Nobel de littérature en 1968).

Bref, revenons à Yacine. La découverte de Kateb Yacine et de son style soutenu ainsi que de sa grande maîtrise de la langue de Molière était pour moi une délicieuse rencontre littéraire qui m’a permis très tôt dans ma vie intellectuelle de me familiariser davantage avec le grand secret des maîtres incontestés de l’écriture; ce grand secret appelé prosaïquement, le STYLE. J’ai été influencé à cette époque; la contagion est encore active, vingt ans plus tard. 

Mais Kateb Yacine n’était pas juste un poète ni un « rêveur ». Il était parmi les écrivains d’origine Kabyle les plus engagés en faveur de la cause identitaire amazighe dont il est manifestement issu (et pas moi, en l’occurrence). Et c’est justement cet autre Kateb Yacine, l’engagé, qui sera notre invité d’aujourd’hui et non le brillant écrivain auquel j’ai déjà consacré du temps quand j’ai découvert ses textes romanesques aux bancs de l’école.  

Pour aller doit au but, voici une citation de Kateb Yacine que je prendrais le temps de commenter dans les quelques lignes qui suivent: 

Ces religions ont toujours joué un rôle néfaste. Il faut s’y opposer avec la dernière énergie. On les voit maintenant à l’œuvre. On les voit en Israël, en Palestine, on les voit partout. Ces trois religions monothéistes font le malheur de l’humanité. Ce sont des facteurs d’aliénation profonde. Voyez le Liban. Ça se passe devant nous. Regardez le rôle des chrétiens, des musulmans et des juifs. Il n’y a pas besoin de dessin. Ces religions sont profondément néfastes et le malheur de nos peuples vient de là. Le malheur de l’Algérie a commencé là. Nous avons parlé des Romains et des chrétiens. Maintenant, parlons de la relation arabo-islamique ; la plus longue, la plus dure, la plus difficile à combattre […] C’est dur de lutter contre une telle couche d’aliénation. Pendant ces treize siècles, on a arabisé le pays mais on a en même temps écrasé le tamazight, forcément. Ça va ensemble. L’arabisation ne peut jamais être autre chose que l’écrasement du tamazight. L’arabisation, c’est imposer à un peuple une langue qui n’est pas la sienne, et donc combattre la sienne, la tuer. Comme les Français quand ils interdisaient aux écoliers algériens de parler arabe ou tamazight parce qu’ils voulaient faire l’Algérie française. L’Algérie arabo-islamique, c’est une Algérie contre elle-même, une Algérie étrangère à elle-même. C’est une Algérie imposée par les armes, parce que l’islam ne se fait pas avec des bonbons et des roses. Il s’est fait dans les larmes et le sang, il s’est fait par l’écrasement, par la violence, par le mépris, par la haine, par les pires abjections que puisse supporter un peuple. On voit le résultat.

  • « Aux origines des cultures du peuple : entretien avec Kateb Yacine » (1987), dans Revue Awal, n° 9/1992 – Hommage à Kateb Yacine, Kateb Yacine, éd. MSH, 1992, p. 127

Outch! La force de conviction dans les propos de l’auteur n’a d’égal que son incompétence totale quand vient le moment d’aborder l’histoire de l’Islam et de l’Arabe  – pour ne pas dire son ignorance patente de son propre pays, l’Algérie, de sa propre culture, l’Amazigh. Autrement, les assertions auraient été plus nuancées.

Voici pourquoi.

 

A suivre.   

 

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Lettre au père

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Il m’arrive d’imaginer la carte de la terre déployée et de te voir étendu transversalement sur toute sa surface. Et j’ai l’impression que seules peuvent me convenir pour vivre les contrées que tu ne recouvres pas ou celles qui ne sont pas à ta portée. Étant donné la représentation que j’ai de ta grandeur, ces contrées ne sont ni nombreuses ni très consolantes.

La représentation mentale d’un père immense n’a jamais été aussi bien exprimée par un homme ou une femme de lettre.  Le célèbre écrivain tchèque Franz Kafka nous livre ici l’une des plus intenses et des plus profondes déclarations d’un fils envers la grandeur de son père.

Dar El Beida. Éloge de la laideur

 

Casablanca, vue par M.Chahid

Casablanca, vue par M.Chahid

‘- Ouh, là, Momo, on est chez les riches: regarde, il y a des poubelles.
– Eh bien quoi, les poubelles?
– Lorsque tu veux savoir si tu es dans un endroit riche ou pauvre, tu regardes les poubelles. Si tu vois
ni ordures ni poubelles, c’est très riche. Si tu vois des poubelles et pas d’ordures, c’est riche. Si tu vois
des ordures à côté des poubelles, c’est ni riche ni pauvre: c’est touristique. Si tu vois les ordures sans
poubelles, c’est pauvre. Et si les gens habitent dans les ordures, c’est très très pauvre. »
Tiré du roman de Schmitt, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran.

Il y a du beau dans tout ce que Dieu a créé; y compris dans le laid. Certes nous n’avons pas tous le même regard poétique d’un Omar Al-khayam pour pouvoir déceler les  »atomes » du beau dans tout ce qui croise le regard:

Partout ou se voit une robe ou un parterre de tulipes,
Fut répandu jadis le sang d’un roi :
Chaque tige jaillissant du sol,
C’est le signe qui orna la joue d’une beauté

Non plus nous n’avons tous la même verve romantique d’un Charles Baudelaire afin de crier:

« Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d’amour et d’amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l’immortelle Beauté !

Et malgré cela, entre ceux qui voient le laid partout et ceux qui ne le voient nulle part, nous avons chacun une vision différente des choses qui nous entourent et qui rythment notre quotidien, non pas dans ce qu’il a de plus raffiné, mais, justement, dans ce qu’il a de plus banal…aux yeux des autres. Et c’est en essayant de saisir la laideur de ce  »banal » que je retrouve la beauté de mon  »quotidien »: Casablanca.

Car de toutes les villes qu’il m’ait été donné de visiter, il n’est de ville plus laide que Casablanca – Dar El Beida (maison blanche qui ne doit rien à son appellation), cette métropole – Ghoula dit-on dans le jargon local – qui m’a vu naître. Sale et souillée, les souvenirs de Casablanca me traversent l’esprit et voici l’essentiel de ce que j’en garde:

Les  balades pédestres ou motorisées dans les rues sales et congestionnées; les coups étourdissants de klaxons très souvent absurdes et sans raisons; les policiers, ces gardiens de la paix à qui on a confié la sûreté nationale mais qui, dans le fond, se battent pour ne rassurer que leur peau en espérant rentrer chez eux sains et saufs avec, pour seule marque de loyaux services, un uniforme usé sous la chaleur du soleil et noirci par la fumée polluante des vieux taxi délabrés; les vraies zones de payage installées sur les fausses autoroutes au tarif exorbitant dont le véritable effet augmente à mesure que les caisses se renflent et les poches se vident; les femmes voilées d’en haut, moulées d’au milieu; les souks, les bagarres, le thé de mauvais goût; les vieux au dos courbé avec l’usure du temps et la misère de l’oisiveté, ces signes décadents de la décrépitude du corps…tout cela et bien d’autres choses laides et moins raffinées qui font de Casablanca mon unique lieu tant adoré.

A quoi pensé-je encore? Ah!, à ces minutes interminables que nous passions chaque matin, mes frères et moi, à prier par tous les saints pour qu’arrive malheur au transport scolaire en vue de profiter d’un congé d’école; faire l’école buissonnière dans une périlleuse tentative d’imiter Tom Sawyer, notre héros mythique de tous les temps…Et bien d’autres beaux souvenirs de Casablanca qui enregistrent toujours dans ma mémoire le décadent plaisir de vivre en ville.

Et pendant ce temps, moi, je me transforme subrepticement du simple observateur au regard voyeur non insoupçonnable, au principal acteur de ma vie dans un savoureux mélange de sentiments joyeux et misérables. Néanmoins, rien ne m’empêchait de vivre le moment présent dans un idyllique

plaisir de l’instant

On m’objectera mon excès de lyrisme, je l’entends peut-être bien. Maintenant que je suis loin, la laideur me semble supportable, donc moins pénible vue d’ailleurs. On me rappellera les chants d’Al-Khayam:
Tiens-t’en à l’argent comptant et renonce à un gain promis,
Car le bruit des tambours, frère, n’est beau que de très loin

Mais je persiste tout de même: Et Dieu créa la beauté…même dans la laideur.

Bien sûr, d’autres souvenirs encore tout beaux encore tout heureux me reviennent comme des images se succédant devant mes yeux: de Kénitra et sa princesse Monika, de Rabat et son insupportable ennui, de Fès et ses rues étroites puant le camphre, le myrrhe et le cuir, Marrakech, l’Atlas, le Gharb, le Sud, le Nord, l’Est, l’Ouest, des personnages formidables, des paysages magnifiques, des scènes loufoques, et bien d’autres moments de pure plaisir…de tout cela je parlerai les prochaines fois.

De l’importance du rêve

Aujourd’hui, nous bouclons la série des articles consacrés au Lecteur des cadavres, particulièrement à l’immense désir d’apprendre et de surmonter les obstacles dont fait preuve le personnage principal, Cí Song (qui deviendra, rappelons-le, le premier médecin lėgiste de l’histoire).

Au moment où il devait convaincre les sévères membres de l’académie de droit de sa capacité à relever le défi en se faisant accepter au sein de la prestigieuse institution, on lui demande la raison de son entêtement. Et lui de répondre:

 

– Parce que c’est mon rêve.
Voici la suite: (dans laquelle, Cí Song s’étalera sur l’importance d’avoir un rêve, même lorsqu’il parait, aux yeux des autres, irréalisable et improbable, pour ne pas dire, futile et insignifiant).
Le vieux hocha la tête.
– C’est la seule raison? Un homme a existé qui rêvait de voler dans les cieux, mais après s’être jeté d’un précipice, tout ce qu’il a obtenu, c’est de s’écraser sur les rochers…
Cí contempla les yeux éteints du vieillard. Il descendit de l’estrade et s’approcha de l’homme au regard vide.
– Quand nous désirons quelque chose que nous avons vu, il nous suffit de tendre le bras. Lorsque ce que nous désirons est un rêve, nous devons tendre notre cœur.
– Tu en es sûr? Les rêves conduisent parfois à l’échec…
– Peut-être. Mais si nos ancêtres n’avaient pas rêvé pour nous d’un monde meilleur, nous serions encore vêtus de haillons.
Mon père m’a dit un jour (sa voix trembla en disant cela) que si je m’obstinais à construire un palais dans les airs, je ne perdrais pas mon temps. Car c’était sûrement là qu’il devrait être. Il suffisait que je fasse suffisamment d’efforts pour construire les fondations qui le soutiendront.

 

 

L’art de réaliser son rêve

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Dans le premier article consacré au roman Le lecteur de cadavres, j’ai promis de partager avec vous quelques extraits du livre susceptibles de nous inspirer quand vient le moment, à une période cruciale de notre vie, de faire le choix: céder ou persévérer dans le chemin qui conduit à la réussite et à l’épanouissement personnel. Chose promise, chose due.

En guise de prélude, j’aimerais évoquer un célèbre hadith de notre Prophète (le modèle suprême de persévérance et de tolérance), selon lequel, « Deux n’apprendront jamais: le timide et l’arrogant ». C’est exactement dans cet esprit d’apprentissage et des véritables obstacles que cela semble souvent occasionner, que s’inscrivent les quelques passages du roman auquel nous avons affaire ici.

Ces quelques passages du Lecteur de cadavres arrivent dans le roman au moment où Cí Song, le personnage principal – jeune paysan, inconnu, fugitif, affamé, sans abri ni famille- devrait convaincre les membres de la prestigieuse académie de droit où sont formés les meilleurs juges du pays. La tâche n’est pas mince. Loin s’en faut. Comme je l’ai mentionné dans l’article précédant, les juges de l’époque, de part leur mépris total de la médecine et des médecins, n’étaient pas obligés de connaître les rudiments de la médecine en général, encore moins de la médecine légale pour occuper leur poste à la magistrature. Cí Song viendra à un point nommé changer la donne…et les habitudes vieilles et désuètes, ancrées dans les mœurs sans nécessairement avoir envie de céder le chemin aux nouvelles pratiques scientifiques, que lui et son maître prennent le risque de leur proposer. Face au dénigrement total de sa personne et aux préjugés enracinés à l’encontre de la chirurgie, que devrait-il faire afin de se tailler une place de choix parmi les décideurs du pouvoir? Abandonner, en baissant les mains? S’il le fait, il n’existera plus. Voici comment il a choisi de réagir face au défi colossal qu’exige l’épineux parcours de celui qui veut apprendre.

Ni timide, ni arrogant. Sommes-nous prêts à agir de même?

Lorsque la présentation fut terminée, Ming céda l’estrade à Cí. C’était le tour des professeurs. Cí chercha parmi leurs visages une expression aimable, mais il se trouva face à une rangée de statues. Les premiers professeurs l’interrogèrent sur sa connaissance des classiques, un second groupe sur les lois et quelques autres sur la poésie. Ensuite, quand vient le tour des objections, un professeur maigre aux sourcils exagérément fournis prit la parole.

– sans aucun doute […], il est parfois difficile de distinguer entre l’éclat de l’or et le brillant du laiton…Cependant, et comme tu devrais le savoir, la résolution des crimes et l’application ultérieure de la justice exigent un examen qui dépasse les simples conjectures sur le qui ou le comment. La vérité ne resplendit que lorsqu’on comprend les motifs qui poussent à œuvrer, lorsqu’on comprend les inquiétudes, les situations, les causes…Quelque chose qui ne se trouve ni dans les blessures ni des les entrailles. Et pour cela il faut des personnes cultivées dans l’art, la peinture et dans les lettres.

Muet, Cí contemplait le professeur qui venait d’exprimer ses objections. Il admettait sa part de raison, mais divergeait sur son total mépris de la médecine. Si les juges se montraient incapables de distinguer une mort naturelle d’un assassinat, comment diable excerceraient-ils la justice? Il y réfléchit avant de répondre.

– Honorable professeur, je ne me présente pas ici pour gagner une bataille, le complimenta-t-il. Je ne prétends pas faire prévaloir le peu que je sais, ni abaisser le mérite de tout ce que savent les maîtres et élèves qui habitent cette académie. Je veux seulement apprendre. La connaissance ignore les murailles, les limites ou les compartiments. Elle n’entend rien non plus aux préjugés. Si vous m’acceptez parmi vous, je vous assure que je travaillerai aussi dur que le meilleur, jusqu’à abandonner, s’il le faut, ces viscères qui vous importunent tant.

Un gros professeur mou avec une bouche de cul de poule leva le bras pour intervenir…

– A ce que je vois, hier tu as flétri l’honneur de cette académie en faisant irruption comme un sauvage, et cela me rappelle un citoyen dont ses voisins me disaient: « D’accord, c’est peut-être un voleur, mais un merveilleux flûtiste. » Et sais-tu ce que je leur ai répondu? « D’accord, c’est peut-être un merveilleux flûtiste, mais c’est un voleur. »[…]

Quelle part de vérité y a-t-il en toi, Cí, Celle du garçon qui désobéit aux ordres mais qui lit dans les cadavres, ou celle du garçon qui lit dans les cadavres, mais désobéit aux ordres? Plus encore: pourquoi devrions-nous t’accepter dans l’académie la plus respectable de  l’empire un vagabond comme toi?

Cí frémit. Il avait donné pour acquis que Ming, en sa qualité de directeur, aurait fait prévaloir son opinion, mais, étant donné les circonstances, il décida de modifier son discours.

– Vénérable maître (de nouveau il s’inclina), je vous prie d’excuser mon inacceptable comportement. Ce fut un acte honteux qui n’a obéi qu’à mon inexpérience, à l’impuissance et au désespoir. Je sais que cela ne m’excuse pas, et qu’en tout cas je devrai montrer par des faits que je mérite votre confiance.

(Il fit une nouvelle révérence et se tourna vers le reste de l’assemblée).

Les hommes commettent des erreurs. Même les plus sages. Et je ne suis qu’un jeune paysan. Un jeune paysan avide d’apprendre. Et n’est-ce pas ce que l’on pratique ici? Si je connaissais toutes les règles, si je respectais tous les préceptes, si je n’abritais pas en moi la nécessité de connaître, pourquoi aurais-je besoin d’apprendre? Et comment pourrais-je alors éviter ce qui me rend imparfait?

J’ai aujourd’hui devant moi une opportunité aussi grande que la vie, car qu’est la vie sans connaissance? Il n’y a rien de plus triste qu’un aveugle ou un sourd. Et moi, dans une certaine mesure, je le suis. Permettez-moi de voir et d’entendre, je vous assure que vous ne le regretterez pas.

Quelle prestation! Si seulement nous devions agir avec la même perspicacité, le même souffle, la même conviction, la même reconnaissance des erreurs…et surtout, avec le même respect que nous doivent ceux qui savent beaucoup plus que nous…Nous serions tous de véritables leaders capables de changer le monde autour de nous.

Et quand venait le moment de lui demander: pourquoi voudrais-tu intégrer notre académie?, Cí Song ne trouva qu’une seule réponse (qui devrait être la nôtre) :

– Parce que c’est mon rêve.
Et vous, quel est votre rêve? Que faites-vous pour le réaliser?

 

A suivre…

« Le lecteur de cadavres », les origines de la médecine légale

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Je suis sur le point de terminer une corvée, une magnifique corvée qui a débuté vers la fin de l’année: la lecture du roman historique « Le lecteur de cadavres ».

Plus de 600 pages, une fresque romanesque richement documentée, une immersion éblouissante dans la Chine du XIIIe siècle avec toutes ses contradictions: ses bassesses, ses tartufferies, ses crimes, ses rites, ses « fleurs » – nom donné à l’époque aux vendeuses de charme; mais aussi ses érudits, ses lois, son raffinement, ses complots meurtriers. Ce sont les principaux ingrédients que nous propose l’auteur espagnol Antonio Garrido dans ce fabuleux roman historique de la Chine du Moyen-âge. Le roman met en scène la vie – tumultueuse – de Ci Song, un paysan qui a réellement existé, et qui a été condamné dès son très jeune âge à fuir son village natal pour un ou des crimes qu’il n’avait jamais commis. Bien au contraire. Des crimes qu’il est le seul à pouvoir résoudre grâce à son don inné d’abord, peaufiné par la suite, pour l’observation et l’analyse des causes et conséquences d’un crime…presque n’importe quel crime. Ces talents surnaturels lui valent le titre de « Lecteur de cadavres »; un titre qui s’avérera à la fois prétentieusement mérité et dangereusement porté.

C’est en plongeant dans la Chine du XIIIe siècle que nous comprenons un peu mieux les raisons du réel danger que court celui qui porte un tel titre. C’est qu’à l’époque, la médecine n’était en aucun cas considérée comme une science – mais plutôt un charlatanisme – qui ne pourrait jouir du respect de la communauté savante de l’époque (qui ne jure que par les Arts et les Lettres). D’autant plus, en Chine de l’époque il est strictement interdit de procéder à une chirurgie sur un corps vivant – ce qui serait considéré comme un crime. Encore moins sur un cadavre – ce qui serait totalement jugé comme un crime blasphématoire conduisant son auteur tout droit à sa mort. De telles considérations nous paraissent aujourd’hui hilarantes, pour ne pas dire stupides. Or, c’est ce que préconisent à l’époque les préceptes fondamentaux du confucianisme, l’une des plus grandes écoles  philosophiques, morales et politiques en Chine dont l’enseignement est développé à partir de l’œuvre philosophique attribuée à Kongfuzi  (551-479 av. J.-C.), connu en Occident sous le nom latinisé de Confucius.

Cela dit, l’intervention de Ci Song sur les cadavres doit se pratiquer dans la plus haute discrétion. Pire. Sous les ordres personnelles de l’Empereur. S’il arrive à identifier les causes du décès, c’est l’accès à la gloire. S’il échoue…c’est la mort.

Et c’est un peu cela le contexte socio-historique qui voit naître Ci Song, « Le lecteur de cadavres », considéré comme le premier médecin légiste de l’histoire.

Dans le prochain texte, je mettrai en ligne quelques passages du livre qui inspirent un immense enseignement en matière de persévérance, que j’aimerais partager avec mes chers lecteurs afin d’en tirer le meilleur des exemples à suivre quand vient le moment de faire le choix: céder ou persévérer dans le chemin qui conduit à la réussite et à l’épanouissement personnel.

 

A suivre…

Autour d’une tasse de thé avec les sages (3)

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Je me souviens de mes premiers cours de communication politique dans lesquels nous devions analyser le traitement médiatique des plus grands événements qui ont marqué l’actualité. Nous nous efforcions de décoder les messages cachés que les médias – pour des raisons tactiques – n’avaient pas intérêt à ce que le grand public les déchiffre. Très souvent, grâce à des techniques sophistiquées de communication stratégique (Agenda Setting, Gate Keeper, Effet paravent, etc.), ce sont les grands médias, dotés d’un immense pouvoir quant au choix et au filtrage de l’information qui devrait retenir l’attention du moment, qui livrent avec l’événement le sens que ce dernier devrait prendre au sein de l’opinion publique. De véritables créateurs de nouvelles, les médias sont aussi de puissants créateurs de significations.  Mettre à la Une un événement pour qu’il retienne l’attention du moment – au détriment d’autres événements qu’ils décident de négliger- veut aussi dire décider de la signification de tel ou tel événement. C’est pendant mes premiers cours de communication politique que je réalisais, à ma grande déception, que les médias, contrairement à l’idée naïve que j’avais – et que plusieurs d’autres ont encore – ne se limitent pas à « décrire objectivement » la réalité telle quelle, mais, dans bien dans cas, la filtrent, la maquillent, l’embellissent ou l’enlaidissent…Pire: ils l’inventent. Selon les besoins du moment. Les exemples qui me viennent à l’esprit au moment de rédiger ce billet sont nombreux, mais je vais me contenter d’en citer un: celui des Tablibans en Afghanistan. L’exemple des Talibans a depuis les années 1999, retenu l’attention de la planète entière: surgis de nulle part, ces hommes décrits comme des ennemis de la civilisation et de la modernité, le cauchemard vivant des femmes, aux antipodes de la démocratisation – et de l’occidentalisation – des nations anéanties par les guerres et les injustices sociales, ces élèves des madrassa coraniques (d’où leur nom taliban) par quelle mauvaise fortune se trouvaient-ils, du jour au lendemain, propulsés en avant-scène de la politique internationale causant ainsi l’un des facteurs majeurs de déstabilisation sociale et politique non seulement de l’Afghanistan qui se remettait à peine de ses blessures profondes causées par les déchirantes guerres successives contre l’ex URSS, avant de plonger dans des guerres fratricides non moins sanglantes, mais aussi de toutes les régions du monde où le mot « guerre anti-terroriste » pouvait servir de « raison morale » de frapper? De frapper fort?! Afin de répondre à une telle question, la plupart des médias véhiculaient l’explication d’apparence quasi logique – comme allant de soi – selon laquelle, les Talibans sont une organisation terroriste qu’il faudrait indiscutablement éradiquer afin de permettre au peuple afghan de goûter, enfin, au nectar de la liberté (occidentale). Ce n’est peut-être pas par hasard que les armées américaines et canadiennes qui étaient déployées en Afghanistan diffusaient sur les ondes de la radio locale, des chansons de la star québécoise, Céline Dion!

Mais était-ce vraiment la vraie raison de s’attaquer au Taliban?

Ce que les médias ne nous disaient pas – et ne nous disent toujours pas – à propos des véritables raisons de la guerre menée par les Américains et leurs alliés contre les Talibans, n’a tout simplement rien à voir avec je ne sais quel sens moral de libérer le peuple afghan de je ne sais quelle barbarie de ces élèves des madrassa coraniques. Le véritable enjeux se situe…ailleurs. C’est l’OPIUM. Il ne faut pas quitter de l’esprit que l’Afghanistan est le premier producteur mondial de l ‘opium, cette substance quasi indispensable pour la fabrication de  médicaments, certes, mais aussi ET SURTOUT de drogue.

Drogue maudite, l’opium a depuis l’antiquité été à l’origine de plusieurs guerres.

Les répercussions du commerce de l’opium ont eu un retentissement considérable dans l’histoire du monde. L’on peut par exemple citer les deux Guerres de l’Opium au milieu du XIXème siècle qui ont soumis la Chine aux traités inégaux des puissances européennes et surtout l’Empire Britannique qui prit ainsi possession de Hong-Kong jusqu’à 1997. La France en interdit la consommation en 1908 et légifère sur les drogues en 1916. (Peut-on lire dans la rubrique Santé du Figaro)

Juste avant d’entendre parler des Talibans, le contrôle absolu de l’opium était confié à nulle autre que la fameuse bourse américaine, The Wall Street. Elle en gérait la production, le traitement et, bien évidemment, l’exportation et la commercialisation. Le revenu engendré était hallucinant. Or, lorsque les Talibans ont pris le contrôle de la production de l’opium – il fallait bien que quelqu’un se réveille un jour et réclamer son dû – The Wall Street voyait ses bénéfices nets reculer de pratiquement 98%! Une catastrophe financière pour l’organisme qui ne jure que par les sous. Que fallait-il faire? Créer un événement. C’était la fausse guerre anti-terroriste. C’était les Taliban. La suite nous la connaissons tous.

Cet exemple et bien d’autres illustrent à quel point le grand public est très souvent mis en index lorsqu’il s’agit de comprendre le déroulement des événements majeurs qui ont une répercussion imminente sur le cours de l’histoire. Très souvent, les grands médias usent – et abusent – de leur pouvoir d’accès privilégié à l’information, afin de servir – hélas! – non pas la vérité tel qu’ils prétendent, mais plutôt les grands intérêts des puissances politiques, économiques et militaires dominantes.

Enfin, dans le même ordre d’idées, et pour rester fidèle au rendez-vous, nous allons prendre une tasse de thé en compagnie de Dan Gardner, un grand journaliste et essayiste canadien, ancien conseiller du Premier ministre en affaires judiciaires, qui signe un brillant essai sur les politiques de la peur dont abusent les médias et les décideurs afin de servir des intérêts sordides souvent non avoués. 

Pages 227-228 de son essai, Risque. La science et les politiques de la peur. Aux éditions Logiques.

Le terrorisme est certainement un scénario de grande importance aujourd’hui, comme il l’est depuis un certain temps, mais la situation était différente il y a une dizaine d’années[…]Les attaques commises le 11 septembre 2001 […] ont mis au premier plan l’histoire du terrorisme islamiste, qui demeure omniprésente aujourd’hui. C’est ce qui explique que, lorsqu’un kamikaze s’est fait exploser à l’extérieur du stade bondé de l’Université d’Oklahoma, le 1er octobre 2005, les médias ont à peine mentionné l’événement. Le kamikaze en question, Joel Henry Hinrichs III, n’était pas musulman. C’était un jeune blanc perturbé, amateur d’explosifs, qui avait apparemment eu l’intention initiale de faire exploser une bombe identique à celle qu’avait fait détonner Timothy McVeigh [un autre extrémiste américain antigouvernemental, auteur d’un sanglant attentat à la bombe perpétré à Oklahoma City en 1995]. Il a donc été considéré comme un événement local mineur et a été rapidement oublié.

Le même phénomène s’est de nouveau produit en avril 2007, après l’arrestation à Collonsville (Alabama) de six hommes blancs membres de la « Milice libre de l’Alabama ». La police a alors saisi une mitraillette, un fusil, un fusil à canon scié, deux silencieux, 2500 cartouches et divers explosifs artisanaux, dont 130 grenades et 70 dispositifs explosifs improvisés semblables à ceux qu’utilisent les insurgés iraquiens […] Lors de l’enquête sur sa mise en liberté, un policier fédéral a révélé que la milice avait planifié une attaque à la mitraillette contre des résidants hispaniques d’une petite ville voisine. Les médias n’ont manifesté aucun intérêt à ce sujet et l’histoire a pratiquement été passée sous silence. Mais l’arrestation, une semaine plus tard, de six musulmans accusés de complot en vue d’une attaque contre Fort Dix a été traitée par les médias comme un événement majeur à l’échelle internationale, même ces hommes n’étaient pas plus liés à des réseaux terroristes que ne l’était la « Milice libre de l’Alabama » et même si leurs armes n’étaient en rien comparables à l’arsenal des membres de ladite milice.