Autour d’une tasse de thé avec les sages (2)

Mis en avant

 

Aujourd’hui, on prend notre tasse de thé en compagnie de l’un des penseurs marocains les plus prolifiques – à en juger par l’oeuvre colossale qu’il nous lègue. Il s’agit du professeur et futurologue Mehdi El Mandjra, mort en 2014 à Rabat dans l’obscurité totale.  Ovationné (surtout) à l’étranger pour la grande qualité de ses analyses sur les véritables enjeux des dialogues interculturels entre l’Orient et l’Occident, il fut considéré par plusieurs comme étant le père de la notion des « guerres des civilisations », principale caractéristique qui sous-tend les nouveaux conflits entre les différentes nations à l’échelle planétaire. Une problématique quasi fétiche de l’auteur puisqu’il lui avait consacré une pléthore d’études et d’articles scientifiques publiés dans une vingtaine de langues, dont certains sont regroupés dans son livre La Première guerre civilisationnelle (en parlant de la première guerre du Golf en 1990). Précédant ainsi d’un an la publication par Samuel Huntington de son désormais célèbre article où il repend le concept de M. Elmandjra sur le « Clash des civilisations ».

De son vivant, il a été un ardent défenseur de la cause palestinienne et du droit des peuples à la préservation de leur mémoire collective. Dans l’un de ses livres, La valeur des valeurs, il écrit: « La mémoire : une valeur qui donne au temps son harmonie entre un passé qui se renouvelle, un présent éphémère et un avenir éternellement ouvert ». Pour lui, On ne  tourne pas les pages, on les relit régulièrement… » On peut détruire les infrastructures matérielles mais on ne détruit pas la mémoire d’un peuple comme le savent ceux qui aujourd’hui, en Israël, procèdent à des éliminations ethniques…

Afin de mieux comprendre l’ampleur – et la gravité – des plus grands conflits actuels que connaît notre époque contemporaine, il faudrait, selon Elmandjra, faire un tour du côté de la notion de « culture ». À ses yeux,    « Le commerce des idées et le monde de la créativité ne se négocient pas à la manière des accords du libre échange et ne se prêtent pas aux règles qui régissent les produits agricoles ou industriels. On n’occupe pas le champ culturel comme on occupe un champ de bataille. Tout ce que l’on réussit, c’est exacerber d’un côté l’ethnocentrisme et l’arrogance culturelle caractérisant l’attitude d’un grand nombre de pays occidentaux, et accentuer d’un autre côté la résistance de la majorité des peuples aux agressions culturelles ».

Quiconque connaît l’oeuvre de Elmandjra sait à quel point il avait, de son vivant, affectionné le modèle culturel et économique japonais. Pour lui, l’exemple du Japan démontre que « toute modernisation n’est pas forcément une occidentalisation ». On comprend pourquoi il passait une grande partie de sa vie au sein de comités scientifiques japonais puisque le Japan l’avait décoré en 1986 Ordre du Soleil Levant, la plus haute distinction décernée au Japan. Pacifiste convaincu, il a eu également droit, en 1995, à la Médaille de la paix de l’Académie d’Albert Einstein.

Dans La valeur des valeurs, ils écrit:

« Dans une émission consacrée à la prospective, il y a déjà plus de vingt ans, j’avais insisté sur le fait que l’Occident souffrait de trois obsessions : la démographie, l’Islam et le Japon (Dossiers sur l’Ecran- TF1, 24- 06- 1980). Aujourd’hui, la peur de l’immigration a remplacé celle de la démographie, la peur de la Chine s’est substituée à celle du Japon alors que la peur de l’Islam s’est amplifiée sous la forme d’une islamophobie à visage découvert où l’on associe ouvertement Islam et terrorisme en ayant recours au terrorisme sémantique et au matraquage médiatique. On oublie que dans le monde musulman, le mot paix (essalam) est prononcé en moyenne un milliard de fois toutes les heures, soit près de 17 millions toutes les minutes ». [Puisque le mot (essalam) doit être répété dans les cinq prières quotidiennes dans le rite musulman].

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L’émission Geopolitis : Israel empêche l’ONU de reconnaître la Palestine

Qui empêche la Palestine de devenir un état souverain et jouir de ses droits les plus fondamentaux, qui sont la liberté et la prospérité? Pourquoi les Nations Unis refusent toujours de reconnaitre la Palestine comme un pays à part entière, alors que plusieurs états le considèrent comme tel? Sur quels critères se base le Conseil de Sécurité des Nations Unis quand il décide de reconnaitre, par exemple, Monaco, une principauté d’à peine 1,974 km2, et comptant moins de 33.000 habitants, en tant que pays indépendant (ce qui en fait le deuxième plus petit état au monde après le Vatican)? Et sur quels critères se base-t-il pour ne pas reconnaitre la Palestine, un pays vieux comme le monde, avec une population de plus de 10 millions d’habitants et, qui plus est, affiche le taux d’analphabétisme le plus bas au monde, d’avoir sa place qui lui convient au sein de la communauté internationale? 

Réponse : l’ONU ne se base sur aucun critère, malgré le fait que la Palestine détienne « toutes les raisons possibles pour devenir un état souverain et indépendant ». Le secret donc de ce refus?  Israel. C’est ce que semble confirmer Monsieur Yves Berthelot, ancien secrétaire général adjoint de l’ONU, lors de son passage à l’émission suisse Geopolitis : tant qu’Israel refuse de reconnaitre la Palestine comme étant un pays à part entière, ce ne sera pas fait. 

Que devrait-on comprendre suite à de telles déclarations? Que l’ONU n’est en fin de compte qu’un pure (pire!) fruit d’assemblage et de mises en scènes farfelues? On le sait déjà. Que derrière les rideaux flamboyants d’une macabre diplomatie, les jeux sont déjà faits d’avance où se côtoient, tels les personnages de Molière, les Tartufferies de Tartuffe et les Fourberies de Scapin? Tout porte à le croire. Sauf, que, hélas! le lieu ici ne s’apprête ni au rire ni au délire; mais il dépasse de loin un drame de Shakespeare.  

Pour en savoir davantage sur cette question, je vous invite à regarder le contenu de l’émission :