La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -2-

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En guise de rappel, voici les quatre questions auxquelles j’avais promis de répondre en abordant la thématique de la dialectique éristique, appelée couramment, l’art d’avoir toujours raison:

 

1. Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

2. Serait-il possible ( ou même souhaitable) d’avoir toujours raison?

3. À quelle stratégie de défense pourrait-on faire appel pour répondre à toute attaque personnelle?

4. Enfin, quel serait le dernier recours quand on perd une cause, ce que Schopenhauer appelle « l’ultime stratagème » ?

 

Commençons par le commencement.

1. Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

Lorsqu’on me pose cette question, tout de suite me vient à l’esprit une anecdote que l’on rapporte de la communauté Jésuite chez qui j’ai appris, à un moment donné de ma jeunesse, l’art de l’argumentation telle qu’enseignée par l’éminent professeur juif Chaïm Perelman, philosophe et théoricien de droit belge. Il faut dire aussi qu’à cette époque j’étais en train de préparer un mémoire sur la part de la fiction et de l’argumentation dans les récits de presse relatant les grands événements survenus à l’échelle planétaire, sous la direction de mon professeur et ami de toujours l’incollable et le très dévoué M. Dakkach.  C’est d’ailleurs grâce à cet homme doté de grandes qualités humaines et intellectuelles avec qui j’avais fondé le GRAM (groupe de recherche en recherche et action médiatique) que j’ai été initié au monde fabuleux de l’argumentation et de la communication. Qu’il trouve ici l’expression de mon éternelle gratitude. 

Revenons aux Jésuites.

Selon cette anecdote, on raconte que lorsqu’on demande à un Jésuite: « Pourquoi à chaque fois où l’on vous pose une question vous répondez par une autre question, il répond: Pourquoi pas?! » Voilà une stratégie bien malicieuse qui ne manque pas de souligner l’esprit sardonique de son auteur. Et pourtant j’ai juste envie de m’en servir à mon tour afin de répondre – vraiment? – à la question de départ. Ce qui donnerait quelque chose du genre:

Question « fallacieuse »: Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

Réponse « goguenarde »- Quel serait l’intérêt de ne pas l’avoir dans sa bibliothèque?

En effet, j’aurais pu ainsi me contenter d’esquiver la réponse en mettant un terme à la discussion autour du sujet du livre de Schopenhauer. Ainsi faisaient les Jésuites. Pourquoi ne le ferais-je pas? Or, le but premier ici étant d’engager la discussion et non de l’obstruer, il est de mon devoir d’apporter davantage d’éclairage à cette question sur le livre qui reste tout de même pertinente dans la mesure où elle me sert d’alibi pour engager la discussion autour de l’argumentation. 

Deux raisons fondamentales méritent d’être rapportées ici: la première est d’ordre personnel ou si vous voulez, familial; la seconde est d’ordre académique, ou plutôt professionnel.

a. une histoire de famille: Bien avant l’âge de la raison, naturellement j’ai été un enfant. C’est à cette belle époque que j’ai été initié à l’art d’argumenter. Grâce à mon père qui exerçait le commerce non seulement avec dévouement mais surtout avec une touche artistique – ce n’est pas par hasard que dans le milieu on l’appelait, l’Artiste. Une grande partie de son talent de commerçant et de son succès aussi était due à sa grande maîtrise de l’art de l’argumentation. Et comme il s’agissait de son seul moyen de nourrir ma mère, mes frères et soeurs et avec nous, comme si c’était pas assez, une armée d’autres coquins arrivistes, il fallait bien qu’il aiguise son talent de vendeur…qui consiste (vous l’aviez deviné je suppose) à avoir toujours raison. Car vendre un produit à un client n’a rien de scientifique. Et cela ne s’apprend pas au banc de l’école; encore moins en dépensant une fortune à HEC. Ces endroits tout au plus éduquent aux esprits comment gagner plus en dépensant moins. Mon père, lui, m’apprenait le contraire: comment dépenser plus quitte à réduire au minimum la marge de profit pour que le client soit le plus satisfait du monde. Et qu’il revienne nous voir. Et qu’il parle de notre enseigne à sa femme, à ses enfants, et à d’autres coquins arrivistes. 

On comprendra donc que la présence du livre de Schopenhauer dans ma bibliothèque personnelle n’a sensiblement rien de sourcilleux. L’amour de l’argumentation est, pour moi, une histoire de famille. Et c’est cette longue tradition familiale qui a vu naître en moi la passion de la communication pour que j’en fasse mon cheval de bataille. Une passion qui se poursuivait à l’âge de la raison, c’est-à-dire à l’université. Ce qui m’amène à aborder la deuxième raison. 

b. une passion, une profession:

 

à suivre.

 

 

 

 

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La pensée tautologique

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J’aurais pu choisir pour titre à mon texte quelque chose du genre: La pensée irritante ou Le syndrome de la coquille vide ou bien encore La carence affective du sujet...La psychologie m’aurait été d’un utile secours puisqu’elle représente un riche réservoir de concepts scientifiques (et d’autres pseudo scientifiques) pour bien rendre compte de la pathologie psychosociale que j’envisage aborder succinctement ici. Toutefois, au lieu de m’embobiner dans tout ce charabia conceptuel- et en vue d’épargner à mes sympathiques lecteurs une possible et inconfortable entorse intellectuelle – , j’optais pour un titre plutôt littéraire en faisant référence à la tautologie.

En rhétorique, on désigne par tautologie cette tournure du langage qui consiste à répéter dans la même phrase la même idée ou le même mot sans que cela n’ajoute du nouveau à son contenu. En d’autres mots, il s’agit de dire la même chose dans l’espoir de renforcer l’idée que l’on chercherait à transmettre. Loin d’être un phénomène langagier rare, la tautologie caractérise une pléthore d’expressions dont se sert le commun des mortels au quotidien: Le temps c’est le temps. L’argent c’est l’argent. Le boulot c’est le boulot. Les affaires c’est les affaires…et j’en passe. Bref, il s’agit d’un encombrement inutile du discours. Il en résulte une certaine lourdeur dont on aurait bien pu se passer si l’on faisait preuve d’un peu plus de créativité. 

Si ces expressions tautologiques que je viens de citer en exemples pourraient parfois passer « inoffensives » puisqu’elles sont perçues comme allant de soi, il en serait tout à fait autrement quand vient le moment de se servir de la tautologie dans des situations de communication du genre suivant: Vous savez, je suis qui je suisJe suis moi-mêmeMoi c’est moi et toi c’est toi…L’on comprendra que dans une conversation de ce type, le recours de l’interlocuteur à l’expression tautologique telle qu’elle se présente dans lesdits exemples risquerait de perdre de son caractère »innocent ». Et voici pourquoi.

Essayez d’imaginer la situation de communication dans laquelle vous êtes en train d’inciter l’interlocuteur (ami, parent, conjoint, collègue) à adopter un comportement adéquat (faire preuve de discipline, être plus attentionné, parler moins fort, tenir ses promesses…). Imaginez par la suite qu’en réponse à vos incessantes demandes – nonobstant votre délicatesse et sans aucun égard à vos nobles intentions – votre interlocuteur par manque d’originalité vous lâche crûment sa sagesse proverbiale enquiquinante de type: Vous savez, je suis qui je suis. Devenant ainsi barbante, inintéressante, fade et assommante, l’expression tautologique de votre interlocuteur passe instantanément du registre du lieu commun à celui de l’absurde.

Afin de mieux comprendre pourquoi je qualifie d’absurde le recours à l’expression tautologique dans la communication interpersonnelle de type conversationnel, je vous invite à un petit exercice de base histoire de nous divertir ne serait-ce que le temps que durera la lecture de ce texte. Pour ce faire, je réfère particulièrement au principe des 3 fonctions de la communication auquel j’ai consacré un texte publié ici sous le titre Les 3 niveaux de la communication verbale

Comme on le sait déjà, toute communication dite intelligible passe impérativement par 3 niveaux de communication qui sont: 1.information; 2. signification; 3. action. De manière très simple, si une compagnie de téléphonie cellulaire X nous lance son message publicitaire: « Vous aussi passez à la vitesse LTE », c’est qu’elle cherche par cela à nous faire passer tranquillement du niveau 1 (nous informer qu’elle est une compagnie de téléphonie offrant la technologie LTE), au niveau 2 (« vous aussi », c’est-à-dire que vous devriez suivre l’exemple des « autres » consommateurs de votre entourage ayant eu la brillante idée d’acheter le service de technologie LTE) pour enfin – c’est la finalité des finalités – nous amener à passer à l’action en changeant nos habitudes de communication téléphonique actuelle et adopter le service de technologie ultra rapide offert, heureusement pour nous, par la compagnie X). Bref, la connaissance des 3 niveaux de communication impliqués dans cet exemple courant nous apprend, par voie de conséquence, quels types d’argumentation nous sommes en train de subir de la part de la compagnie X en vue de décider par quel moyen répondre (ou ne pas répondre) à la sollicitation commerciale. 

Or, et à la lumière de ce qui précède, si l’on revient au cas qui nous occupe aujourd’hui en essayant d’analyser le recours rébarbatif aux expression tautologiques de type Moi je suis moi-même, voici comment on obtient le résultat d’une communication absurde:

  1. le niveau information: Moi je suis moi-même est une phrase qui, déjà au niveau basique de la communication, peine à nous livrer une information claire, limpide et sans équivoque sur le sujet en question. La répétition qui sert d’habitude à renforcer une idée, une opinion ou une vérité, nous laisse à notre appétit dans le cas de la pensée tautologique. Le sujet moi et le prédicat Moi-même se miroitent indéfiniment sans nous éclairer davantage de quelque façon que ce soit. En partant, le niveau informationnel de la communication commence à accuser une certaine défaillance. Continuons pour voir.
  2. le niveau de la signification: Quel sens cherche-t-il à nous livrer l’auteur de la pensée tautologique? Tout au plus, qu’il s’agit toujours le lui-même. Si en partant nous avons déjà une idée que par son comportement il est tel ou tel type de personnage, le recours à l’expression tautologique n’aurait d’autres significations hormis que celles que nous soupçonnions déjà avant de s’aventurer dans la conversation : cela reviendrait à dire qu’il restera beau temps mauvais temps toujours lui-même: indiscipliné, indifférent, bruyant, insolvable, pour reprendre les exemples cités en haut). Rendu à ce stade de l’analyse, penseriez-vous que la conversation avec ce type d’individus irait mieux? Je doute fort. Mais tentons tout de même notre chance en allant vérifier au troisième et ultime niveau de la communication. 
  3. le niveau de l’action: Nous savons qu’à ce stade nous n’avons toujours pas réussi à obtenir une clarification du processus de communication dans lequel nous sommes engagés. Étant donné que la finalité de tout acte de communication est d’obtenir une action concrète (changement de comportement du spécimen qui fait l’objet de notre cas ici), le fait d’obtenir une réponse de type Moi je suis qui je suis ou Moi je suis moi-même et autres insanités du genre, n’avancerait nullement la cause ni ne résulterait en bout de ligne, à un changement de comportement de la part de son auteur. Par conséquent, tout ce que l’on serait en mesure d’obtenir serait au mieux un blocage de la conversation, une impasse et au pire, un non-sens, une absurdité. Ce qui ne manquerait pas de traduire, bien souvent, la mauvaise foi de celui qui la profère ainsi que son manque irréfléchi de toute volonté d’avancer. 

Voilà pourquoi, à mon sens, la pensée tautologique de type Moi je suis qui je suis est absurde. Voilà pourquoi j’aurais pu l’appeler La pensée irritante ou Le syndrome de la coquille vide ou bien encore La carence affective du sujet...

Alors, la prochaine fois que vous faites face à une telle déclaration de la part de votre interlocuteur, pensez à ce qui précède. Vous réussiriez peut-être à obtenir de lui un résultat moins barbant que celui présenté ici. 

Bonne chance!

La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -1-

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Voici le type de réactions que je reçois à chaque fois que mes invités découvrent dans ma bibliothèque privée le livre du philosophe allemand Artur Schopenhauer  Eristische Dialektik Dialectique éristique (connu sous le titre français: L’art d’avoir toujours raison): « hmm tu lis ça! On comprend mieux maintenant pourquoi tu réussis toujours à avoir le dernier mot. »

Inutile de vous exposer ici l’intégralité du débat qui s’engage à la suite d’une telle découverte de la part de mes visiteurs. Un débat qui ressemble davantage à une polémique si je me réfère à l’ampleur des dégâts qu’il risquait de causer si je ne faisais point preuve de sagesse en réorientant la conversation vers d’autres avenues avant qu’elle ne sombre dans des sentiers marécageux.  

Et pour cause. 

C’est que le fait d’avoir dans sa bibliothèque privée un livre d’un titre aussi tranchant – pour ne pas dire arrogant – pourrait créer un sentiment de provocation allant parfois jusqu’à l’intimidation aux yeux de certains esprits peu enclins aux rouages des débats d’idées et à ses multiples stratagèmes parfois fort complexes. Ce sentiment d’inconfort irait jusqu’à susciter chez ces derniers un malaise quand vient le moment de défendre leurs opinions ou – dans bien des cas – leurs propres intérêts. Vu sous cet angle, j’adhère amplement à leur septicité. 

Cependant, le but de mes propos ici est de traiter le sujet sous un autre aspect peu visible à l’oeil de l’observateur moins averti. Dans les lignes qui suivent, je tenterais de répondre de manière fort succincte aux questions suivantes: Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer? Serait-il possible ( ou même souhaitable) d’avoir toujours raison? À quelle stratégie de défense pourrait-on faire appel pour répondre à toute attaque personnelle? Enfin, quel serait le dernier recours quand on perd une cause, ce que Schopenhauer appelle « l’ultime stratagème » ? 

Avant de répondre à toutes ces questions, autant le dire tout de suite: il ne s’agit aucunement d’un texte scientifique ni d’une analyse rigoureuse de la dialectique éristique, qui demeure somme toute une branche de la pragmatique fort complexe faisant appel à des compétences non négligeables dans des domaines tout aussi variables que la philosophie du langage, la psychologie sociale, la communication interpersonnelle, la rhétorique et j’en passe. L’exercice auquel je m’apprête ici est beaucoup moins exigent puisqu’il s’agit en fin de compte de comprendre l’une des activités les plus populaires chez les humains toutes races confondues: argumenter. Étant donné qu’il nous est impossible de passer une journée sans se trouver à défendre quelque chose – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle – ou à essayer d’obtenir quelque chose de quelqu’un – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle -, on aurait donc tout à gagner si l’on s’attardait un peu sur ce qui nous anime tous en vue d’en comprendre les rouages, les mécanismes, les stratagèmes…

À suivre et en attendant la suite, je vous laisse avec cette bande-annonce du spectacle de Ismael Habia, portant sur le même thème:

Lettre au père

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Il m’arrive d’imaginer la carte de la terre déployée et de te voir étendu transversalement sur toute sa surface. Et j’ai l’impression que seules peuvent me convenir pour vivre les contrées que tu ne recouvres pas ou celles qui ne sont pas à ta portée. Étant donné la représentation que j’ai de ta grandeur, ces contrées ne sont ni nombreuses ni très consolantes.

La représentation mentale d’un père immense n’a jamais été aussi bien exprimée par un homme ou une femme de lettre.  Le célèbre écrivain tchèque Franz Kafka nous livre ici l’une des plus intenses et des plus profondes déclarations d’un fils envers la grandeur de son père.

Autour d’une tasse de thé avec les sages (3)

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Je me souviens de mes premiers cours de communication politique dans lesquels nous devions analyser le traitement médiatique des plus grands événements qui ont marqué l’actualité. Nous nous efforcions de décoder les messages cachés que les médias – pour des raisons tactiques – n’avaient pas intérêt à ce que le grand public les déchiffre. Très souvent, grâce à des techniques sophistiquées de communication stratégique (Agenda Setting, Gate Keeper, Effet paravent, etc.), ce sont les grands médias, dotés d’un immense pouvoir quant au choix et au filtrage de l’information qui devrait retenir l’attention du moment, qui livrent avec l’événement le sens que ce dernier devrait prendre au sein de l’opinion publique. De véritables créateurs de nouvelles, les médias sont aussi de puissants créateurs de significations.  Mettre à la Une un événement pour qu’il retienne l’attention du moment – au détriment d’autres événements qu’ils décident de négliger- veut aussi dire décider de la signification de tel ou tel événement. C’est pendant mes premiers cours de communication politique que je réalisais, à ma grande déception, que les médias, contrairement à l’idée naïve que j’avais – et que plusieurs d’autres ont encore – ne se limitent pas à « décrire objectivement » la réalité telle quelle, mais, dans bien dans cas, la filtrent, la maquillent, l’embellissent ou l’enlaidissent…Pire: ils l’inventent. Selon les besoins du moment. Les exemples qui me viennent à l’esprit au moment de rédiger ce billet sont nombreux, mais je vais me contenter d’en citer un: celui des Tablibans en Afghanistan. L’exemple des Talibans a depuis les années 1999, retenu l’attention de la planète entière: surgis de nulle part, ces hommes décrits comme des ennemis de la civilisation et de la modernité, le cauchemard vivant des femmes, aux antipodes de la démocratisation – et de l’occidentalisation – des nations anéanties par les guerres et les injustices sociales, ces élèves des madrassa coraniques (d’où leur nom taliban) par quelle mauvaise fortune se trouvaient-ils, du jour au lendemain, propulsés en avant-scène de la politique internationale causant ainsi l’un des facteurs majeurs de déstabilisation sociale et politique non seulement de l’Afghanistan qui se remettait à peine de ses blessures profondes causées par les déchirantes guerres successives contre l’ex URSS, avant de plonger dans des guerres fratricides non moins sanglantes, mais aussi de toutes les régions du monde où le mot « guerre anti-terroriste » pouvait servir de « raison morale » de frapper? De frapper fort?! Afin de répondre à une telle question, la plupart des médias véhiculaient l’explication d’apparence quasi logique – comme allant de soi – selon laquelle, les Talibans sont une organisation terroriste qu’il faudrait indiscutablement éradiquer afin de permettre au peuple afghan de goûter, enfin, au nectar de la liberté (occidentale). Ce n’est peut-être pas par hasard que les armées américaines et canadiennes qui étaient déployées en Afghanistan diffusaient sur les ondes de la radio locale, des chansons de la star québécoise, Céline Dion!

Mais était-ce vraiment la vraie raison de s’attaquer au Taliban?

Ce que les médias ne nous disaient pas – et ne nous disent toujours pas – à propos des véritables raisons de la guerre menée par les Américains et leurs alliés contre les Talibans, n’a tout simplement rien à voir avec je ne sais quel sens moral de libérer le peuple afghan de je ne sais quelle barbarie de ces élèves des madrassa coraniques. Le véritable enjeux se situe…ailleurs. C’est l’OPIUM. Il ne faut pas quitter de l’esprit que l’Afghanistan est le premier producteur mondial de l ‘opium, cette substance quasi indispensable pour la fabrication de  médicaments, certes, mais aussi ET SURTOUT de drogue.

Drogue maudite, l’opium a depuis l’antiquité été à l’origine de plusieurs guerres.

Les répercussions du commerce de l’opium ont eu un retentissement considérable dans l’histoire du monde. L’on peut par exemple citer les deux Guerres de l’Opium au milieu du XIXème siècle qui ont soumis la Chine aux traités inégaux des puissances européennes et surtout l’Empire Britannique qui prit ainsi possession de Hong-Kong jusqu’à 1997. La France en interdit la consommation en 1908 et légifère sur les drogues en 1916. (Peut-on lire dans la rubrique Santé du Figaro)

Juste avant d’entendre parler des Talibans, le contrôle absolu de l’opium était confié à nulle autre que la fameuse bourse américaine, The Wall Street. Elle en gérait la production, le traitement et, bien évidemment, l’exportation et la commercialisation. Le revenu engendré était hallucinant. Or, lorsque les Talibans ont pris le contrôle de la production de l’opium – il fallait bien que quelqu’un se réveille un jour et réclamer son dû – The Wall Street voyait ses bénéfices nets reculer de pratiquement 98%! Une catastrophe financière pour l’organisme qui ne jure que par les sous. Que fallait-il faire? Créer un événement. C’était la fausse guerre anti-terroriste. C’était les Taliban. La suite nous la connaissons tous.

Cet exemple et bien d’autres illustrent à quel point le grand public est très souvent mis en index lorsqu’il s’agit de comprendre le déroulement des événements majeurs qui ont une répercussion imminente sur le cours de l’histoire. Très souvent, les grands médias usent – et abusent – de leur pouvoir d’accès privilégié à l’information, afin de servir – hélas! – non pas la vérité tel qu’ils prétendent, mais plutôt les grands intérêts des puissances politiques, économiques et militaires dominantes.

Enfin, dans le même ordre d’idées, et pour rester fidèle au rendez-vous, nous allons prendre une tasse de thé en compagnie de Dan Gardner, un grand journaliste et essayiste canadien, ancien conseiller du Premier ministre en affaires judiciaires, qui signe un brillant essai sur les politiques de la peur dont abusent les médias et les décideurs afin de servir des intérêts sordides souvent non avoués. 

Pages 227-228 de son essai, Risque. La science et les politiques de la peur. Aux éditions Logiques.

Le terrorisme est certainement un scénario de grande importance aujourd’hui, comme il l’est depuis un certain temps, mais la situation était différente il y a une dizaine d’années[…]Les attaques commises le 11 septembre 2001 […] ont mis au premier plan l’histoire du terrorisme islamiste, qui demeure omniprésente aujourd’hui. C’est ce qui explique que, lorsqu’un kamikaze s’est fait exploser à l’extérieur du stade bondé de l’Université d’Oklahoma, le 1er octobre 2005, les médias ont à peine mentionné l’événement. Le kamikaze en question, Joel Henry Hinrichs III, n’était pas musulman. C’était un jeune blanc perturbé, amateur d’explosifs, qui avait apparemment eu l’intention initiale de faire exploser une bombe identique à celle qu’avait fait détonner Timothy McVeigh [un autre extrémiste américain antigouvernemental, auteur d’un sanglant attentat à la bombe perpétré à Oklahoma City en 1995]. Il a donc été considéré comme un événement local mineur et a été rapidement oublié.

Le même phénomène s’est de nouveau produit en avril 2007, après l’arrestation à Collonsville (Alabama) de six hommes blancs membres de la « Milice libre de l’Alabama ». La police a alors saisi une mitraillette, un fusil, un fusil à canon scié, deux silencieux, 2500 cartouches et divers explosifs artisanaux, dont 130 grenades et 70 dispositifs explosifs improvisés semblables à ceux qu’utilisent les insurgés iraquiens […] Lors de l’enquête sur sa mise en liberté, un policier fédéral a révélé que la milice avait planifié une attaque à la mitraillette contre des résidants hispaniques d’une petite ville voisine. Les médias n’ont manifesté aucun intérêt à ce sujet et l’histoire a pratiquement été passée sous silence. Mais l’arrestation, une semaine plus tard, de six musulmans accusés de complot en vue d’une attaque contre Fort Dix a été traitée par les médias comme un événement majeur à l’échelle internationale, même ces hommes n’étaient pas plus liés à des réseaux terroristes que ne l’était la « Milice libre de l’Alabama » et même si leurs armes n’étaient en rien comparables à l’arsenal des membres de ladite milice.

Autour d’une tasse de thé avec les sages (1)

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Aujourd’hui, une nouvelle vague de violences meurtrières touche les quatre coins du monde au nom de je ne sais quelles identités sanglantes : des innocents terrorisés; des vieillards épouvantés; des enfants abandonnés; des mères violées; des pères assassinés; des diplômés humiliés; des jeunes évadés; des terres brûlées; des cimetières surchargés. Rien ne va plus. À qui la faute? A qui devrait-on porter le blâme? Qui paiera le prix?  L’heure est au recueillement. Une introspection est nécessaire, certes; une auto-critique, aussi. Quoique, comme disait mon voisin, un vieux Québécois de la classe moyenne: Quand les passions sont déchaînées, inutile de me demander de faire preuve de sagesse; tout se mélange dans ma p’tite tête.

Comme je n’ai pas d’autres sages à qui je pourrais demander sinon une explication, du moins une clarification de cette opiniâtreté incendiaire , je me dirige vers les livres en nourrissant mon espoir de pouvoir y trouver un brin de réponse à mes multiples interrogations. Y aurait-il meilleur compagnon dans nos incertitudes qu’un livre, « ce grand ami de l’homme », selon l’expression d’Al-Jahid?  

Pour ce faire, je vous invite à des séances paisibles de lectures éclectiques autour d’une tasse de thé en compagnie de grands auteurs qui ont déjà réfléchi sur les maux de notre monde contemporain. Je vous propose une sélection « spontanée » de quelques extraits de livres qui, à mon avis, pourraient nous éclairer dans toute cette obscurité qui empêche les rayons de soleil de nous réchauffer. Je l’alimenterai au fur et à mesure que mes notes de lectures le permettent.

J’aimerais entamer cette série de citations par un extrait direct, franc, subversif, tiré d’un livre de Amin Maalouf, intitulé Les désorientés. Je le dédie exclusivement à nos jeunes diplômés marocains qui se font humilier chaque jour par le gouvernement en leur refusant presque tout, y compris leur droit à la dignité:

Tout homme a le droit de partir, c’est son pays qui doit le persuader de rester – quoi qu’en disent les politiques grandiloquents. « Ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande-toi ce que tu peux faire pour ton pays ». Facile à dire quand tu es milliardaire, et que tu viens d’être élu, à 43 ans, président des Etats-Unis d’Amérique! Mais lorsque, dans ton pays, tu ne peux ni travailler, ni te soigner, ni te loger, ni t’instruire, ni voter librement, ni exprimer ton opinion, ni même circuler dans les rues à ta guise, que vaut l’adage de John F. Kennedy? Pas grand-chose! C’est d’abord à ton pays de tenir, envers toi, un certain nombre d’engagements. Que tu y sois considéré comme un citoyen à part entière, que tu n’y subisses ni oppression, ni discrimination, ni privations indues. Ton pays et ses dirigeants ont l’obligation de t’assurer cela; sinon, tu ne leur dois rien. Ni attachement au sol, ni salut au drapeau. Le pays où tu peux vivre la tête haute, tu lui donnes tout, tu lui sacrifies tout, même ta propre vie; celui où tu dois vivre la tête basse, tu ne lui donnes rien. Qu’il s’agisse de ton pays d’accueil ou de ton pays d’origine. La magnanimité appelle la magnanimité, l’indifférence appelle l’indifférence, et le mépris appelle le mépris. Telle est la charte des êtres libres et, pour ma part, je n’en reconnais aucune autre.

Apagogie,ou le raisonnement par l’absurde

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Quand un psychopathe – pour des raisons haineuses, vicieuses ou autres – sème la terreur auprès des gens innocents pour la simple raison qu’ils lui sont totalement différents, on appelle cela: la barbarie.

Quand le même individu, pour les mêmes raisons, commettant les mêmes actes, subit son procès devant un tribunal compétent selon les règles de l’art telles que stipulées dans toutes les lois du monde civilisé, on appelle cela: la justice.

Maintenant, quand le monde (dit civilisé) terrorise un milliard et demi d’innocents, parsemés dans les quatre coins du monde – des côtes de la méditerranée jusqu’au fin fond du continent asiatique – rien que pour leur faire payer le prix du geste sanguinaire commis par le psychopathe d’en haut, on appellerait cela sans peur de se tromper: l’apagogie.

En termes plus clairs, il s’agit de ce que la science de la logique désigne par le raisonnement par l’absurde. Étonnant de constater, au-delà des mots sophistiqués, que la culture populaire a, elle aussi, son mot à dire sur ce sujet pédant. Au Maroc, on a une expression dialectale selon laquelle: Le minaret s’est effondré, le barbier est pendu. Quel lien de cause à effet, quel rapport pourrait-il bien exister entre l’effondrement d’un minaret et l’exécution par pendaison du pauvre barbier du quartier? Ne cherchez pas longtemps, il n’y en a pas. C’est aussi absurde que cela. C’est aussi cela, une apagogie. Reductio ad absurdum