La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -2-

Mis en avant

En guise de rappel, voici les quatre questions auxquelles j’avais promis de répondre en abordant la thématique de la dialectique éristique, appelée couramment, l’art d’avoir toujours raison:

 

1. Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

2. Serait-il possible ( ou même souhaitable) d’avoir toujours raison?

3. À quelle stratégie de défense pourrait-on faire appel pour répondre à toute attaque personnelle?

4. Enfin, quel serait le dernier recours quand on perd une cause, ce que Schopenhauer appelle « l’ultime stratagème » ?

 

Commençons par le commencement.

1. Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

Lorsqu’on me pose cette question, tout de suite me vient à l’esprit une anecdote que l’on rapporte de la communauté Jésuite chez qui j’ai appris, à un moment donné de ma jeunesse, l’art de l’argumentation telle qu’enseignée par l’éminent professeur juif Chaïm Perelman, philosophe et théoricien de droit belge. Il faut dire aussi qu’à cette époque j’étais en train de préparer un mémoire sur la part de la fiction et de l’argumentation dans les récits de presse relatant les grands événements survenus à l’échelle planétaire, sous la direction de mon professeur et ami de toujours l’incollable et le très dévoué M. Dakkach.  C’est d’ailleurs grâce à cet homme doté de grandes qualités humaines et intellectuelles avec qui j’avais fondé le GRAM (groupe de recherche en recherche et action médiatique) que j’ai été initié au monde fabuleux de l’argumentation et de la communication. Qu’il trouve ici l’expression de mon éternelle gratitude. 

Revenons aux Jésuites.

Selon cette anecdote, on raconte que lorsqu’on demande à un Jésuite: « Pourquoi à chaque fois où l’on vous pose une question vous répondez par une autre question, il répond: Pourquoi pas?! » Voilà une stratégie bien malicieuse qui ne manque pas de souligner l’esprit sardonique de son auteur. Et pourtant j’ai juste envie de m’en servir à mon tour afin de répondre – vraiment? – à la question de départ. Ce qui donnerait quelque chose du genre:

Question « fallacieuse »: Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

Réponse « goguenarde »- Quel serait l’intérêt de ne pas l’avoir dans sa bibliothèque?

En effet, j’aurais pu ainsi me contenter d’esquiver la réponse en mettant un terme à la discussion autour du sujet du livre de Schopenhauer. Ainsi faisaient les Jésuites. Pourquoi ne le ferais-je pas? Or, le but premier ici étant d’engager la discussion et non de l’obstruer, il est de mon devoir d’apporter davantage d’éclairage à cette question sur le livre qui reste tout de même pertinente dans la mesure où elle me sert d’alibi pour engager la discussion autour de l’argumentation. 

Deux raisons fondamentales méritent d’être rapportées ici: la première est d’ordre personnel ou si vous voulez, familial; la seconde est d’ordre académique, ou plutôt professionnel.

a. une histoire de famille: Bien avant l’âge de la raison, naturellement j’ai été un enfant. C’est à cette belle époque que j’ai été initié à l’art d’argumenter. Grâce à mon père qui exerçait le commerce non seulement avec dévouement mais surtout avec une touche artistique – ce n’est pas par hasard que dans le milieu on l’appelait, l’Artiste. Une grande partie de son talent de commerçant et de son succès aussi était due à sa grande maîtrise de l’art de l’argumentation. Et comme il s’agissait de son seul moyen de nourrir ma mère, mes frères et soeurs et avec nous, comme si c’était pas assez, une armée d’autres coquins arrivistes, il fallait bien qu’il aiguise son talent de vendeur…qui consiste (vous l’aviez deviné je suppose) à avoir toujours raison. Car vendre un produit à un client n’a rien de scientifique. Et cela ne s’apprend pas au banc de l’école; encore moins en dépensant une fortune à HEC. Ces endroits tout au plus éduquent aux esprits comment gagner plus en dépensant moins. Mon père, lui, m’apprenait le contraire: comment dépenser plus quitte à réduire au minimum la marge de profit pour que le client soit le plus satisfait du monde. Et qu’il revienne nous voir. Et qu’il parle de notre enseigne à sa femme, à ses enfants, et à d’autres coquins arrivistes. 

On comprendra donc que la présence du livre de Schopenhauer dans ma bibliothèque personnelle n’a sensiblement rien de sourcilleux. L’amour de l’argumentation est, pour moi, une histoire de famille. Et c’est cette longue tradition familiale qui a vu naître en moi la passion de la communication pour que j’en fasse mon cheval de bataille. Une passion qui se poursuivait à l’âge de la raison, c’est-à-dire à l’université. Ce qui m’amène à aborder la deuxième raison. 

b. une passion, une profession:

 

à suivre.

 

 

 

 

Publicités

La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -1-

Mis en avant

Voici le type de réactions que je reçois à chaque fois que mes invités découvrent dans ma bibliothèque privée le livre du philosophe allemand Artur Schopenhauer  Eristische Dialektik Dialectique éristique (connu sous le titre français: L’art d’avoir toujours raison): « hmm tu lis ça! On comprend mieux maintenant pourquoi tu réussis toujours à avoir le dernier mot. »

Inutile de vous exposer ici l’intégralité du débat qui s’engage à la suite d’une telle découverte de la part de mes visiteurs. Un débat qui ressemble davantage à une polémique si je me réfère à l’ampleur des dégâts qu’il risquait de causer si je ne faisais point preuve de sagesse en réorientant la conversation vers d’autres avenues avant qu’elle ne sombre dans des sentiers marécageux.  

Et pour cause. 

C’est que le fait d’avoir dans sa bibliothèque privée un livre d’un titre aussi tranchant – pour ne pas dire arrogant – pourrait créer un sentiment de provocation allant parfois jusqu’à l’intimidation aux yeux de certains esprits peu enclins aux rouages des débats d’idées et à ses multiples stratagèmes parfois fort complexes. Ce sentiment d’inconfort irait jusqu’à susciter chez ces derniers un malaise quand vient le moment de défendre leurs opinions ou – dans bien des cas – leurs propres intérêts. Vu sous cet angle, j’adhère amplement à leur septicité. 

Cependant, le but de mes propos ici est de traiter le sujet sous un autre aspect peu visible à l’oeil de l’observateur moins averti. Dans les lignes qui suivent, je tenterais de répondre de manière fort succincte aux questions suivantes: Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer? Serait-il possible ( ou même souhaitable) d’avoir toujours raison? À quelle stratégie de défense pourrait-on faire appel pour répondre à toute attaque personnelle? Enfin, quel serait le dernier recours quand on perd une cause, ce que Schopenhauer appelle « l’ultime stratagème » ? 

Avant de répondre à toutes ces questions, autant le dire tout de suite: il ne s’agit aucunement d’un texte scientifique ni d’une analyse rigoureuse de la dialectique éristique, qui demeure somme toute une branche de la pragmatique fort complexe faisant appel à des compétences non négligeables dans des domaines tout aussi variables que la philosophie du langage, la psychologie sociale, la communication interpersonnelle, la rhétorique et j’en passe. L’exercice auquel je m’apprête ici est beaucoup moins exigent puisqu’il s’agit en fin de compte de comprendre l’une des activités les plus populaires chez les humains toutes races confondues: argumenter. Étant donné qu’il nous est impossible de passer une journée sans se trouver à défendre quelque chose – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle – ou à essayer d’obtenir quelque chose de quelqu’un – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle -, on aurait donc tout à gagner si l’on s’attardait un peu sur ce qui nous anime tous en vue d’en comprendre les rouages, les mécanismes, les stratagèmes…

À suivre et en attendant la suite, je vous laisse avec cette bande-annonce du spectacle de Ismael Habia, portant sur le même thème:

Dar El Beida. Éloge de la laideur

 

Casablanca, vue par M.Chahid

Casablanca, vue par M.Chahid

‘- Ouh, là, Momo, on est chez les riches: regarde, il y a des poubelles.
– Eh bien quoi, les poubelles?
– Lorsque tu veux savoir si tu es dans un endroit riche ou pauvre, tu regardes les poubelles. Si tu vois
ni ordures ni poubelles, c’est très riche. Si tu vois des poubelles et pas d’ordures, c’est riche. Si tu vois
des ordures à côté des poubelles, c’est ni riche ni pauvre: c’est touristique. Si tu vois les ordures sans
poubelles, c’est pauvre. Et si les gens habitent dans les ordures, c’est très très pauvre. »
Tiré du roman de Schmitt, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran.

Il y a du beau dans tout ce que Dieu a créé; y compris dans le laid. Certes nous n’avons pas tous le même regard poétique d’un Omar Al-khayam pour pouvoir déceler les  »atomes » du beau dans tout ce qui croise le regard:

Partout ou se voit une robe ou un parterre de tulipes,
Fut répandu jadis le sang d’un roi :
Chaque tige jaillissant du sol,
C’est le signe qui orna la joue d’une beauté

Non plus nous n’avons tous la même verve romantique d’un Charles Baudelaire afin de crier:

« Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d’amour et d’amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l’immortelle Beauté !

Et malgré cela, entre ceux qui voient le laid partout et ceux qui ne le voient nulle part, nous avons chacun une vision différente des choses qui nous entourent et qui rythment notre quotidien, non pas dans ce qu’il a de plus raffiné, mais, justement, dans ce qu’il a de plus banal…aux yeux des autres. Et c’est en essayant de saisir la laideur de ce  »banal » que je retrouve la beauté de mon  »quotidien »: Casablanca.

Car de toutes les villes qu’il m’ait été donné de visiter, il n’est de ville plus laide que Casablanca – Dar El Beida (maison blanche qui ne doit rien à son appellation), cette métropole – Ghoula dit-on dans le jargon local – qui m’a vu naître. Sale et souillée, les souvenirs de Casablanca me traversent l’esprit et voici l’essentiel de ce que j’en garde:

Les  balades pédestres ou motorisées dans les rues sales et congestionnées; les coups étourdissants de klaxons très souvent absurdes et sans raisons; les policiers, ces gardiens de la paix à qui on a confié la sûreté nationale mais qui, dans le fond, se battent pour ne rassurer que leur peau en espérant rentrer chez eux sains et saufs avec, pour seule marque de loyaux services, un uniforme usé sous la chaleur du soleil et noirci par la fumée polluante des vieux taxi délabrés; les vraies zones de payage installées sur les fausses autoroutes au tarif exorbitant dont le véritable effet augmente à mesure que les caisses se renflent et les poches se vident; les femmes voilées d’en haut, moulées d’au milieu; les souks, les bagarres, le thé de mauvais goût; les vieux au dos courbé avec l’usure du temps et la misère de l’oisiveté, ces signes décadents de la décrépitude du corps…tout cela et bien d’autres choses laides et moins raffinées qui font de Casablanca mon unique lieu tant adoré.

A quoi pensé-je encore? Ah!, à ces minutes interminables que nous passions chaque matin, mes frères et moi, à prier par tous les saints pour qu’arrive malheur au transport scolaire en vue de profiter d’un congé d’école; faire l’école buissonnière dans une périlleuse tentative d’imiter Tom Sawyer, notre héros mythique de tous les temps…Et bien d’autres beaux souvenirs de Casablanca qui enregistrent toujours dans ma mémoire le décadent plaisir de vivre en ville.

Et pendant ce temps, moi, je me transforme subrepticement du simple observateur au regard voyeur non insoupçonnable, au principal acteur de ma vie dans un savoureux mélange de sentiments joyeux et misérables. Néanmoins, rien ne m’empêchait de vivre le moment présent dans un idyllique

plaisir de l’instant

On m’objectera mon excès de lyrisme, je l’entends peut-être bien. Maintenant que je suis loin, la laideur me semble supportable, donc moins pénible vue d’ailleurs. On me rappellera les chants d’Al-Khayam:
Tiens-t’en à l’argent comptant et renonce à un gain promis,
Car le bruit des tambours, frère, n’est beau que de très loin

Mais je persiste tout de même: Et Dieu créa la beauté…même dans la laideur.

Bien sûr, d’autres souvenirs encore tout beaux encore tout heureux me reviennent comme des images se succédant devant mes yeux: de Kénitra et sa princesse Monika, de Rabat et son insupportable ennui, de Fès et ses rues étroites puant le camphre, le myrrhe et le cuir, Marrakech, l’Atlas, le Gharb, le Sud, le Nord, l’Est, l’Ouest, des personnages formidables, des paysages magnifiques, des scènes loufoques, et bien d’autres moments de pure plaisir…de tout cela je parlerai les prochaines fois.

L’art du cuir au Maroc

Mis en avant

Si le célèbre dicton Une image vaut mille mots avait un corps, l’image ci-dessous en serait l’âme.

Et pour cause.

Elle raconte l’histoire mythique d’une pratique millénaire dans un pays aux mille et un trésors engloutis jalousement en son sein: il s’agit de la légendaire fabrication artisanale du cuir au Maroc.

Au milieu des ruelles étroitement juxtaposées, pullulent à Fès et à Marrakech, entre autres, des tanneries de fortune, où la peau en provenance de différentes origines bestiales (mouton, chèvre, vache…) est manuellement tannée, séchée, teinte, embaumée par des artisans dévoués corps et âme au cuir, cet objet de luxe moult fois convoité et qui, depuis la nuit des temps, continue de nourrir les fantasmes les plus glamours ainsi que les envies les plus glauques.

C’est dire que le tannage du cuir est une invention marocaine. D’ailleurs par maroquinerie, on désigne la confection de sacs, de portefeuilles, de ceintures et de tout autre objet décoratif à base de cuir. Historiquement parlant, la maroquinerie doit incontestablement son origine au mot Maroc, lieu d’invention du travail très perfectionné de la peau du cuir. Déjà en 1180, on assiste à la prolifération des tanneries à Fès, alors sous le règne des Almowahidines (Almohades) qui ont fait d’elle la capitale mondiale du savoir des Oulémas et le berceau international du savoir-faire des artisans.  Et ce n’est pas le seul mot qui a inspiré les métiers liés au traitement du cuir. La technique du cuir fut transmise par les marocains à l’Europe à travers l’Andalousie musulmane. On parle de cuir cordouan, de la ville de Cordoue (qortoba) d’où dérive le mot que l’on utilise couramment aujourd’hui: cordonnier.

tanneriemaroc

C’est ainsi que nous comprenons les motifs qui auraient amené le créateur de parfums de luxe, Serge Lutens, à concevoir la sublime fragrance Cuir mauresque, dont il a été inspiré lors d’une visite à la ville impériale de Marrakech. Une fragrance qui se veut, selon les mots de son créateur, un hommage à l’âge d’or des Arabes en Andalousie, au moment où le cuir était synonyme de richesse et d’opulence frôlant même la sacralité des objets saints. 

« Quand les Maures étaient à Cordoue, c’est ainsi que l’on parfumait les cuirs : sur de l’écorce d’acacia, les peaux étaient tannées !», lit-on en guise de signature qui accompagne le Cuir mauresque.    

Dans un idyllique mélange sensoriel stimulant, à la fois olfactif, visuel et tactile, une myriade de peaux tannées font de ces milieux artisanales la source intarissable de créativité presque inégalée, donnant vie à des morceaux de cuir qui se rassemblent, certes, mais qui ne se ressemblent absolument pas. Chaque morceau est authentique. Chaque couleur est unique.

Un mélange enivrant d’odeurs et de couleurs nous fait voyager à travers les temps immémoriaux, ce qui fait du cuir la matière noble par excellence combattant le temps et résistant à l’usure. En paraphrasant le créateur du Cuir mauresque, je serais tenté de conclure par ces mots:La nuit descend sur une mémoire encore brûlante laissant place aux saveurs odoriférantes, ambrées, confites, crées par l’alchimiste: ce talentueux maître tanneur marocain.

Mes hommages à tous ces amoureux du cuir, ces artisans de l’authentique, les tanneurs de mon pays.

 

 

Les 3 niveaux de la communication verbale

Mis en avant

Toute communication verbale (linguistique) est essentiellement basée sur trois (3) niveaux hiérarchiques. C’est ce qu’il est convenu d’appeler en pragmatique, les trois (3) fonctions du langage: 1- fonction linguistique; 2- fonction sémantique; 3- fonction pragmatique.

En termes simples, voici un exemple qui illustre l’une des situations de communication où les 3 niveaux de la communication verbale sont impliqués:

Taha, la chambre de ta sœur Fatima est plus propre.

Une telle phrase prononcée par une maman et adressée à son garçon, Taha, est tout à fait banale. On la retrouve dans presque toutes les situations de communication au sein d’une famille peu importe sa culture et son origine. Quelles sont donc les 3 niveaux de communication impliqués? En d’autres mots, quelles sont les 3 fonctions qu’assume une telle déclaration faite par une maman envers son fils?

  1. niveau linguistique: Taha, la chambre de ta sœur Fatima est plus propre a tout d’abord une fonction de base, élémentaire, toutefois essentielle à toute communication intelligible. Elle est prononcée en français, selon ce que nous connaissons des règles de base de la syntaxe et de la grammaire de cette langue. En d’autres termes, si la structure de la phrase subissait un chamboulement dans l’ordre des mots et de la syntaxe, elle perdrait toute sa signification élémentaire:  Chambre la Fatima est ta propre sœur, par exemple, serait une phrase totalement absurde – du moins pour le commun des mortels connaissant les bases rudimentaires de la langue française. Un poète surréaliste trouverait dans cette absurdité l’expression subtile d’une quelconque mysticité du langage; mais ici nous nous adressons au « commun des mortels », donc le poète et sa mysticité sont exclus d’office.

Peu importe la langue dans laquelle la phrase a été prononcée, du moment qu’elle respecte la structure élémentaire des règles de base de la syntaxe et de la grammaire, elle assume une fonction linguistique. Ceci est le 1er niveau de la communication verbale.

 

 2.  niveau sémantique:  Taha, un nom arabe commun, signifie qu’il s’agit d’un garçon. La fonction conative, c’est-à dire, celle qui consiste à interpeller une personne est ici mise en jeu : Hey, toi, Taha, c’est à toi que je m’adresse! Ce qui exclue ipso facto toute autre personne présente au moment de la communication entre la maman et son fils (au cas où Taha aurait d’autres frères et sœurs à part Fatima et qui seraient aussi présents à cet instant précis).  À ce stade du niveau sémantique nous apprenons tout d’abord que Taha a une sœur Fatima.

La chambre de ta sœur Fatima est plus propre nous apprend par la suite que chacun des deux enfants a une chambre propre à lui. Cet indice (détail) pourrait aussi nous révéler d’autres informations sur le niveau social et économique de la famille en question: une famille de la classe moyenne? peut-être. Une famille qui vit toute entassée dans un taudis? Certainement pas.

La propreté est également un signifié important dans la situation de communication à laquelle nous avons affaire. Nous avons ici une maman attentive à la salubrité du lieu et tient à le rappeler à son fils, Taha, en évoquant l’exemple de sa sœur, Fatima. Le sens de la phrase serait en toute vraisemblance: La chambre de Fatima est plus propre (que la chambre de Taha). Le superlatif (plus propre) sert ordinairement à comparer au moins deux réalités en mettant le sujet au-dessus de tout autre objet de la même catégorie (ici, la chambre de Fatima présentée comme SUPÉRIEURE à celle de Taha en termes de propreté). Même s’il n’a pas été dit clairement dans la phrase en question, nous ne manquons pas de comprendre que le sens caché (souhaité, pour autant) est celui-ci: Taha, ta sœur est plus propre que toi.    

Cela dit, il n’en demeure pas moins vrai qu’une question reste suspendue: quelle est la finalité d’une telle déclaration de la maman? que cherche-t-elle à transmettre comme message, puisqu’aucune communication n’échappe à cette règle: toute communication cherche à véhiculer un message? C’est le 3ème niveau de la communication qui nous livre les éléments de réponse.

3. niveau pragmatique: Taha, nous l’avons appris à notre dépens, est un garçon qui, selon les propos (cachés) de sa propre maman, n’arrive pas au même niveau de propreté que sa sœur Fatima. Pour que la maman s’adresse à lui d’une telle façon (au lieu de lui faire savoir tout simplement que sa chambre est plus sale), elle cherche certainement à ce que son fils fasse bonne impression en matière de propreté. Il n’est pas non plus exclu qu’elle souhaite que Taha PASSE À L’ACTION immédiatement, en faisant preuve de plus d’enthousiasme quand vient le moment de ranger et de nettoyer sa chambre. En clair, la maman veut que Taha agisse en utilisant une stratégie langagière basée sur le défi et la mise en comparaison: SUIS le modèle de ta sœur et RENDS ta chambre aussi propre! Voilà le message que nous livre la maman. Elle ne le dit pas; il ne se trouve pas dans la phrase…et pourtant, il est la FINALITÉ de la communication verbale qui nous concerne. C’est ce qu’on appelle, la fonction pragmatique du langage.

En résumé, toute communication verbale assume essentiellement 3 fonctions de base:

1- linguistique, quand elle est prononcée de façon intelligible selon les règles élémentaires de la langue (ou du dialecte) en question. Si elle ne répond pas à ce critère rudimentaire, elle est rejetée par celui qui la reçoit.

2- sémantique, lorsqu’on se demande la signification de telle ou telle phrase. On l’interprète selon ce qu’elle est censée livrer comme message direct (sens premier) ou caché (latent). Afin d’éviter toute confusion donnant lieu à une mauvaise interprétation, il est recommandé de poser la question à l’interlocuteur pour être sûr d’avoir compris ce qu’il cherche à faire comprendre).

3- pragmatique, c’est la finalité de toute communication. Agir sur celui qui est censé être impliqué, interpellé. Faute de quoi, elle risque de perdre non seulement de son efficacité mais surtout de son utilité: à quoi bon alors?

 D’autres exemples du genre? Tous les messages publicitaires ont pour finalité la fonction pragmatique du message: voir le consommateur à l’ACTION, c’est-à-dire ACHETER le produit en question.

La connaissance d’une telle hiérarchisation de la langue parlée vous permettra de mieux ordonner les informations que votre interlocuteur essaie de vous transmettre. Elle a aussi l’avantage de comprendre davantage le sens (immanent ou caché) de son message. Enfin, vous aurez plus de chance de vous prémunir des possibles manipulations que votre interlocuteur tentera de mettre subrepticement en place afin de vous amener à agir (dans le sens qu’il souhaite).

Bonne lecture.

 

 

 

Ceci n’est pas NOTRE PROPHÈTE

Face à l’humour, je réplique avec l’humour.

S’il s’agit de l’art, nous sommes tous en faveur de l’art.

Ensemble nous freinons la haine, nous propageons l’amour.

Sans rancune, mon bonhomme!

rassouli1

INVITATION AU COLLOQUE: Vitrine HN / DH Showcase 2014

Dans le cadre de ses activités, l’équipe LACTAO du Laboratoire d’Analyse Cognitive de l’Information LANCI de l’Université du Québec à Montréal, en collaboration avec le Centre de recherche interuniversitaire sur les humanités numériques CRIHN, est heureuse de vous inviter au colloque annuel Vitrine HN  / DH Showcase 2014 qui aura lieu le 24 janvier 2014 à l’UQÀM.

Dans une perspective transversale et multidisciplinaire au milieu d’une atmosphère conviviale et décontractée, le colloque est une occasion aussi bien pour les professeur-es chevronné-es que pour les jeunes chercheur-es de faire partager leurs travaux de recherches et faire découvrir à leurs collègues à quel point les sciences humaines et les technologies numériques font un si bon ménage!

La numérisation des œuvres littéraires, le développement d’outils de recommandation d’articles de presse en ligne ou la danse à l’ère du numérique, sont tout autant d’exemples des multiples thématiques qui seront abordés au colloque. Au programme, une dizaine de présentations et d’affiches seront présentées par des chercheur-es d’universités francophones et anglophones traitant de problématiques tout aussi stimulantes que variées.

Quand: Vendredi 24 janvier 2014, de 13h à 17h 45 (il y aura une pause de 45 minutes pour un léger cocktail offert sur place).
: Université du Québec à Montréal, Pavillon DS, Local, DS-R510
Entrée libre.

Contacts: Mohamed Chahid (chahidm@hotmail.com).Louis Chartrand (lochartrand@gmail.com); Davide Pullizoto (davide.pulizzotto@gmail.com);
Site internet du LANCI: www.lanci.uqam.ca

En espérant vous voir en grand nombre.
Numériquement vôtres,