La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -2-

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En guise de rappel, voici les quatre questions auxquelles j’avais promis de répondre en abordant la thématique de la dialectique éristique, appelée couramment, l’art d’avoir toujours raison:

 

1. Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

2. Serait-il possible ( ou même souhaitable) d’avoir toujours raison?

3. À quelle stratégie de défense pourrait-on faire appel pour répondre à toute attaque personnelle?

4. Enfin, quel serait le dernier recours quand on perd une cause, ce que Schopenhauer appelle « l’ultime stratagème » ?

 

Commençons par le commencement.

1. Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

Lorsqu’on me pose cette question, tout de suite me vient à l’esprit une anecdote que l’on rapporte de la communauté Jésuite chez qui j’ai appris, à un moment donné de ma jeunesse, l’art de l’argumentation telle qu’enseignée par l’éminent professeur juif Chaïm Perelman, philosophe et théoricien de droit belge. Il faut dire aussi qu’à cette époque j’étais en train de préparer un mémoire sur la part de la fiction et de l’argumentation dans les récits de presse relatant les grands événements survenus à l’échelle planétaire, sous la direction de mon professeur et ami de toujours l’incollable et le très dévoué M. Dakkach.  C’est d’ailleurs grâce à cet homme doté de grandes qualités humaines et intellectuelles avec qui j’avais fondé le GRAM (groupe de recherche en recherche et action médiatique) que j’ai été initié au monde fabuleux de l’argumentation et de la communication. Qu’il trouve ici l’expression de mon éternelle gratitude. 

Revenons aux Jésuites.

Selon cette anecdote, on raconte que lorsqu’on demande à un Jésuite: « Pourquoi à chaque fois où l’on vous pose une question vous répondez par une autre question, il répond: Pourquoi pas?! » Voilà une stratégie bien malicieuse qui ne manque pas de souligner l’esprit sardonique de son auteur. Et pourtant j’ai juste envie de m’en servir à mon tour afin de répondre – vraiment? – à la question de départ. Ce qui donnerait quelque chose du genre:

Question « fallacieuse »: Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

Réponse « goguenarde »- Quel serait l’intérêt de ne pas l’avoir dans sa bibliothèque?

En effet, j’aurais pu ainsi me contenter d’esquiver la réponse en mettant un terme à la discussion autour du sujet du livre de Schopenhauer. Ainsi faisaient les Jésuites. Pourquoi ne le ferais-je pas? Or, le but premier ici étant d’engager la discussion et non de l’obstruer, il est de mon devoir d’apporter davantage d’éclairage à cette question sur le livre qui reste tout de même pertinente dans la mesure où elle me sert d’alibi pour engager la discussion autour de l’argumentation. 

Deux raisons fondamentales méritent d’être rapportées ici: la première est d’ordre personnel ou si vous voulez, familial; la seconde est d’ordre académique, ou plutôt professionnel.

a. une histoire de famille: Bien avant l’âge de la raison, naturellement j’ai été un enfant. C’est à cette belle époque que j’ai été initié à l’art d’argumenter. Grâce à mon père qui exerçait le commerce non seulement avec dévouement mais surtout avec une touche artistique – ce n’est pas par hasard que dans le milieu on l’appelait, l’Artiste. Une grande partie de son talent de commerçant et de son succès aussi était due à sa grande maîtrise de l’art de l’argumentation. Et comme il s’agissait de son seul moyen de nourrir ma mère, mes frères et soeurs et avec nous, comme si c’était pas assez, une armée d’autres coquins arrivistes, il fallait bien qu’il aiguise son talent de vendeur…qui consiste (vous l’aviez deviné je suppose) à avoir toujours raison. Car vendre un produit à un client n’a rien de scientifique. Et cela ne s’apprend pas au banc de l’école; encore moins en dépensant une fortune à HEC. Ces endroits tout au plus éduquent aux esprits comment gagner plus en dépensant moins. Mon père, lui, m’apprenait le contraire: comment dépenser plus quitte à réduire au minimum la marge de profit pour que le client soit le plus satisfait du monde. Et qu’il revienne nous voir. Et qu’il parle de notre enseigne à sa femme, à ses enfants, et à d’autres coquins arrivistes. 

On comprendra donc que la présence du livre de Schopenhauer dans ma bibliothèque personnelle n’a sensiblement rien de sourcilleux. L’amour de l’argumentation est, pour moi, une histoire de famille. Et c’est cette longue tradition familiale qui a vu naître en moi la passion de la communication pour que j’en fasse mon cheval de bataille. Une passion qui se poursuivait à l’âge de la raison, c’est-à-dire à l’université. Ce qui m’amène à aborder la deuxième raison. 

b. une passion, une profession:

 

à suivre.

 

 

 

 

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La pensée tautologique

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J’aurais pu choisir pour titre à mon texte quelque chose du genre: La pensée irritante ou Le syndrome de la coquille vide ou bien encore La carence affective du sujet...La psychologie m’aurait été d’un utile secours puisqu’elle représente un riche réservoir de concepts scientifiques (et d’autres pseudo scientifiques) pour bien rendre compte de la pathologie psychosociale que j’envisage aborder succinctement ici. Toutefois, au lieu de m’embobiner dans tout ce charabia conceptuel- et en vue d’épargner à mes sympathiques lecteurs une possible et inconfortable entorse intellectuelle – , j’optais pour un titre plutôt littéraire en faisant référence à la tautologie.

En rhétorique, on désigne par tautologie cette tournure du langage qui consiste à répéter dans la même phrase la même idée ou le même mot sans que cela n’ajoute du nouveau à son contenu. En d’autres mots, il s’agit de dire la même chose dans l’espoir de renforcer l’idée que l’on chercherait à transmettre. Loin d’être un phénomène langagier rare, la tautologie caractérise une pléthore d’expressions dont se sert le commun des mortels au quotidien: Le temps c’est le temps. L’argent c’est l’argent. Le boulot c’est le boulot. Les affaires c’est les affaires…et j’en passe. Bref, il s’agit d’un encombrement inutile du discours. Il en résulte une certaine lourdeur dont on aurait bien pu se passer si l’on faisait preuve d’un peu plus de créativité. 

Si ces expressions tautologiques que je viens de citer en exemples pourraient parfois passer « inoffensives » puisqu’elles sont perçues comme allant de soi, il en serait tout à fait autrement quand vient le moment de se servir de la tautologie dans des situations de communication du genre suivant: Vous savez, je suis qui je suisJe suis moi-mêmeMoi c’est moi et toi c’est toi…L’on comprendra que dans une conversation de ce type, le recours de l’interlocuteur à l’expression tautologique telle qu’elle se présente dans lesdits exemples risquerait de perdre de son caractère »innocent ». Et voici pourquoi.

Essayez d’imaginer la situation de communication dans laquelle vous êtes en train d’inciter l’interlocuteur (ami, parent, conjoint, collègue) à adopter un comportement adéquat (faire preuve de discipline, être plus attentionné, parler moins fort, tenir ses promesses…). Imaginez par la suite qu’en réponse à vos incessantes demandes – nonobstant votre délicatesse et sans aucun égard à vos nobles intentions – votre interlocuteur par manque d’originalité vous lâche crûment sa sagesse proverbiale enquiquinante de type: Vous savez, je suis qui je suis. Devenant ainsi barbante, inintéressante, fade et assommante, l’expression tautologique de votre interlocuteur passe instantanément du registre du lieu commun à celui de l’absurde.

Afin de mieux comprendre pourquoi je qualifie d’absurde le recours à l’expression tautologique dans la communication interpersonnelle de type conversationnel, je vous invite à un petit exercice de base histoire de nous divertir ne serait-ce que le temps que durera la lecture de ce texte. Pour ce faire, je réfère particulièrement au principe des 3 fonctions de la communication auquel j’ai consacré un texte publié ici sous le titre Les 3 niveaux de la communication verbale

Comme on le sait déjà, toute communication dite intelligible passe impérativement par 3 niveaux de communication qui sont: 1.information; 2. signification; 3. action. De manière très simple, si une compagnie de téléphonie cellulaire X nous lance son message publicitaire: « Vous aussi passez à la vitesse LTE », c’est qu’elle cherche par cela à nous faire passer tranquillement du niveau 1 (nous informer qu’elle est une compagnie de téléphonie offrant la technologie LTE), au niveau 2 (« vous aussi », c’est-à-dire que vous devriez suivre l’exemple des « autres » consommateurs de votre entourage ayant eu la brillante idée d’acheter le service de technologie LTE) pour enfin – c’est la finalité des finalités – nous amener à passer à l’action en changeant nos habitudes de communication téléphonique actuelle et adopter le service de technologie ultra rapide offert, heureusement pour nous, par la compagnie X). Bref, la connaissance des 3 niveaux de communication impliqués dans cet exemple courant nous apprend, par voie de conséquence, quels types d’argumentation nous sommes en train de subir de la part de la compagnie X en vue de décider par quel moyen répondre (ou ne pas répondre) à la sollicitation commerciale. 

Or, et à la lumière de ce qui précède, si l’on revient au cas qui nous occupe aujourd’hui en essayant d’analyser le recours rébarbatif aux expression tautologiques de type Moi je suis moi-même, voici comment on obtient le résultat d’une communication absurde:

  1. le niveau information: Moi je suis moi-même est une phrase qui, déjà au niveau basique de la communication, peine à nous livrer une information claire, limpide et sans équivoque sur le sujet en question. La répétition qui sert d’habitude à renforcer une idée, une opinion ou une vérité, nous laisse à notre appétit dans le cas de la pensée tautologique. Le sujet moi et le prédicat Moi-même se miroitent indéfiniment sans nous éclairer davantage de quelque façon que ce soit. En partant, le niveau informationnel de la communication commence à accuser une certaine défaillance. Continuons pour voir.
  2. le niveau de la signification: Quel sens cherche-t-il à nous livrer l’auteur de la pensée tautologique? Tout au plus, qu’il s’agit toujours le lui-même. Si en partant nous avons déjà une idée que par son comportement il est tel ou tel type de personnage, le recours à l’expression tautologique n’aurait d’autres significations hormis que celles que nous soupçonnions déjà avant de s’aventurer dans la conversation : cela reviendrait à dire qu’il restera beau temps mauvais temps toujours lui-même: indiscipliné, indifférent, bruyant, insolvable, pour reprendre les exemples cités en haut). Rendu à ce stade de l’analyse, penseriez-vous que la conversation avec ce type d’individus irait mieux? Je doute fort. Mais tentons tout de même notre chance en allant vérifier au troisième et ultime niveau de la communication. 
  3. le niveau de l’action: Nous savons qu’à ce stade nous n’avons toujours pas réussi à obtenir une clarification du processus de communication dans lequel nous sommes engagés. Étant donné que la finalité de tout acte de communication est d’obtenir une action concrète (changement de comportement du spécimen qui fait l’objet de notre cas ici), le fait d’obtenir une réponse de type Moi je suis qui je suis ou Moi je suis moi-même et autres insanités du genre, n’avancerait nullement la cause ni ne résulterait en bout de ligne, à un changement de comportement de la part de son auteur. Par conséquent, tout ce que l’on serait en mesure d’obtenir serait au mieux un blocage de la conversation, une impasse et au pire, un non-sens, une absurdité. Ce qui ne manquerait pas de traduire, bien souvent, la mauvaise foi de celui qui la profère ainsi que son manque irréfléchi de toute volonté d’avancer. 

Voilà pourquoi, à mon sens, la pensée tautologique de type Moi je suis qui je suis est absurde. Voilà pourquoi j’aurais pu l’appeler La pensée irritante ou Le syndrome de la coquille vide ou bien encore La carence affective du sujet...

Alors, la prochaine fois que vous faites face à une telle déclaration de la part de votre interlocuteur, pensez à ce qui précède. Vous réussiriez peut-être à obtenir de lui un résultat moins barbant que celui présenté ici. 

Bonne chance!

La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -1-

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Voici le type de réactions que je reçois à chaque fois que mes invités découvrent dans ma bibliothèque privée le livre du philosophe allemand Artur Schopenhauer  Eristische Dialektik Dialectique éristique (connu sous le titre français: L’art d’avoir toujours raison): « hmm tu lis ça! On comprend mieux maintenant pourquoi tu réussis toujours à avoir le dernier mot. »

Inutile de vous exposer ici l’intégralité du débat qui s’engage à la suite d’une telle découverte de la part de mes visiteurs. Un débat qui ressemble davantage à une polémique si je me réfère à l’ampleur des dégâts qu’il risquait de causer si je ne faisais point preuve de sagesse en réorientant la conversation vers d’autres avenues avant qu’elle ne sombre dans des sentiers marécageux.  

Et pour cause. 

C’est que le fait d’avoir dans sa bibliothèque privée un livre d’un titre aussi tranchant – pour ne pas dire arrogant – pourrait créer un sentiment de provocation allant parfois jusqu’à l’intimidation aux yeux de certains esprits peu enclins aux rouages des débats d’idées et à ses multiples stratagèmes parfois fort complexes. Ce sentiment d’inconfort irait jusqu’à susciter chez ces derniers un malaise quand vient le moment de défendre leurs opinions ou – dans bien des cas – leurs propres intérêts. Vu sous cet angle, j’adhère amplement à leur septicité. 

Cependant, le but de mes propos ici est de traiter le sujet sous un autre aspect peu visible à l’oeil de l’observateur moins averti. Dans les lignes qui suivent, je tenterais de répondre de manière fort succincte aux questions suivantes: Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer? Serait-il possible ( ou même souhaitable) d’avoir toujours raison? À quelle stratégie de défense pourrait-on faire appel pour répondre à toute attaque personnelle? Enfin, quel serait le dernier recours quand on perd une cause, ce que Schopenhauer appelle « l’ultime stratagème » ? 

Avant de répondre à toutes ces questions, autant le dire tout de suite: il ne s’agit aucunement d’un texte scientifique ni d’une analyse rigoureuse de la dialectique éristique, qui demeure somme toute une branche de la pragmatique fort complexe faisant appel à des compétences non négligeables dans des domaines tout aussi variables que la philosophie du langage, la psychologie sociale, la communication interpersonnelle, la rhétorique et j’en passe. L’exercice auquel je m’apprête ici est beaucoup moins exigent puisqu’il s’agit en fin de compte de comprendre l’une des activités les plus populaires chez les humains toutes races confondues: argumenter. Étant donné qu’il nous est impossible de passer une journée sans se trouver à défendre quelque chose – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle – ou à essayer d’obtenir quelque chose de quelqu’un – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle -, on aurait donc tout à gagner si l’on s’attardait un peu sur ce qui nous anime tous en vue d’en comprendre les rouages, les mécanismes, les stratagèmes…

À suivre et en attendant la suite, je vous laisse avec cette bande-annonce du spectacle de Ismael Habia, portant sur le même thème:

CCIQ. Je me souviens

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Pour que la mémoire collective se souvienne de ce drame;

pour que la mémoire collective se souvienne de ces victimes;

pour que les familles québécoises se souviennent de la peine causée à d’autres familles québécoises ;

pour que les historiens enregistrent dans les annales cet échec de l’amour;

pour que nos enfants se souviennent qu’ils sont venus d’ailleurs même s’ils somt nés ici;

pour le CCIQ, je me souviens.

 

 

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CCIQ. Je me souviens

حكايات الف ليلة وليلة. ومن يفعل المعروف مع غير أهله

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فلما سمع الصياد كلام العفريت قال: يا الله العجب أنا ما جئت أخلصك إلا في هذه الأيام، ثم قال الصياد للعفريت، اعف عن قتلي يعف الله عنك، ولا تهلكني، يسلط الله عليك، من يهلكك. فقال لا بد من قتلك، فتمن علي أي موتة تموتها فلما تحقق ذلك منه الصياد راجع العفريت وقال اعف عني إكراماً لما أعتقتك، فقال العفريت: وأنا ما أقتلك إلا لأجل ما خلصتني، فقال الصياد: يا شيخ العفاريت هل أصنع معك مليح، فتقابلني بالقبيح ولكن لم يكذب المثل حيث قال:

فعـلـــنـــا جـــمـــيلاً قـــابـــلـــونـــا بـــضـــده

وهـذا لـعـمـري مـن فـعـال الـفـواجـــر
ومن يفعل المعروف مع غير أهله

يجازى كما جوزي مجـير أم عـامـر

فلما سمع العفريت كلامه قال لا تطمع فلا بد من موتك، فقال الصياد هذا جني، وأنا إنسي وقد أعطاني الله عقلاً كاملاً وها أنا أدبر أمراً في هلاكه، بحيلتي وعقلي وهو يدبر بمكره وخبثه، ثم قال للعفريت: هل صممت على قتلي قال نعم، فقال له بالاسم الأعظم المنقوش على خاتم سليمان أسألك عن شيء وتصدقني فيه، قال نعم، ثم إن العفريت لما سمع ذكر الاسم الأعظم اضطرب واهتز وقال: اسأل وأوجز، فقال له: كيف كنت في هذا القمقم، والقمقم لا يسع يدك ولا رجلك فكيف يسعك كلك، فقال له العفريت: وهل أنت لا تصدق أنني كنت فيه فقال الصياد لا أصدق أبداً حتى أنظرك فيه بعيني، وأدرك شهرزاد الصباح فسكتت عن الكلام المباح.

وفي الليلة الرابعة

قالت: بلغني أيها الملك السعيد أن الصياد لما قال للعفريت لا أصدقك أبداً حتى أنظرك بعيني في القمقم فانتفض العفريت وصار دخاناً صاعداً إلى الجو، ثم اجتمع ودخل في القمقم قليلاً، حتى استكمل الدخان داخل القمقم وإذا بالصياد أسرع وأخذ سدادة الرصاص المختومة وسد بها فم القمقم ونادى العفريت، وقال له: تمن علي أي موتة تموتها لأرميك في هذا البحر وأبني لي هنا بيتاً وكل من أتى هنا أمنعه أن يصطاد وأقول له هنا عفريت وكل من أطلعه يبين له أنواع الموت يخبره بينها.
فلما سمع العفريت كلام الصياد أراد الخروج فلم يقدر ورأى نفسه محبوساً ورأى عليه طابع خاتم سليمان وعلم أن الصياد سجنه وسجن أحقر العفاريت وأقذرها وأصغرها، ثم أن الصياد ذهب بالقمقم إلى جهة البحر، فقال له العفريت لا، لا فقال الصياد: لا بد لا بد فلطف المارد كلامه وخضع وقال ما تريد أن تصنع بي يا صياد، قال: ألقيك في البحر إن كنت أقمت فيه ألفاً وثمانمائة عام فأنا أجعلك تمكث إلى أن تقوم الساعة، أما قلت لك أبقيني يبقيك الله ولا تقتلني يقتلك الله فأبيت قولي وما أردت إلا غدري فألقاك الله في يدي فغدرت بك، فقال العفريت افتح لي حتى أحسن إليك فقال له الصياد تكذب يا ملعون، أنا مثلي ومثلك مثل وزير الملك يونان والحكيم رويان، فقال العفريت: وما شأن وزير الملك يونان والحكيم رويان وما قصتهما.

حكاية الملك يونان والحكيم رويان

قال الصياد: اعلم أيها العفريت، أنه كان في قديم الزمان وسالف العصر والأوان في مدينة الفرس وأرض رومان ملك يقال له الملك يونان وكان ذا مال وجنود وبأس وأعوان من سائر الأجناس، وكان في جسده برص قد عجزت فيه الأطباء والحكماء ولم ينفعه منه شرب أدوية ولا سفوف ولا دهان ولم يقدر أحد من الأطباء أن يداويه.
وكان قد دخل مدينة الملك يونان حكيم كبير طاعن في السن يقال له الحكيم رويان وكان عرفاً بالكتب اليونانية والفارسية والرومية والعربية والسريانية وعلم الطب والنجوم وعالماً بأصول حكمتها وقواعد أمورها من منفعتها ومضرتها. عالماً بخواص النباتات والحشائش والأعشاب المضرة والنافعة فقد عرف علم الفلاسفة وجاز جميع العلوم الطبية وغيرها، ثم إن الحكيم لما دخل المدينة وأقام بها أيام قلائل سمع خبر الملك وما جرى له في بدنه من البرص الذي ابتلاه الله به وقد عجزت عن مداواته الأطباء وأهل العلوم.
فلما بلغ ذلك الحكيم بات مشغولاً، فلما أصبح الصباح لبس أفخر ثيابه ودخل على الملك يونان وقبل الأرض ودعا له بدوام العز والنعم وأحسن ما به تكلم وأعلمه بنفسه فقال: أيها الملك: بلغني ما اعتراك من هذا الذي في جسدك وأن كثيراً من الأطباء لم يعرفوا الحيلة في زواله وها أنا أداويك أيها الملك ولا أسقيك دواء ولا أدهنك بدهن.

 

فلما سمع الملك يونان كلامه تعجب وقال له: كيف تفعل، فو الله لو برأتني أغنيك لولد الولد وأنعم عليك، ما تتمناه فهو لك وتكون نديمي وحبيبي. ثم أنه خلع عليه وأحسن إليه وقال له أبرئني من هذا المرض بلا دواء ولا دهان? قال نعم أبرئك بلا مشقة في جسدك. فتعجب الملك غاية العجب ثم قال له: أيها الحكيم الذي ذكرته لي يكون في أي الأوقات وفي أي الأيام، فأسرع يا ولدي؛ قال له سمعاً وطاعة، ثم نزل من عند الملك واكترى له بيتاً حط فيه كتبه وأدويته وعقاقيره ثم استخرج الأدوية والعقاقير وجعل منها صولجاناً وجوفه وعمل له قصبة وصنع له كرة بمعرفته.
فلما صنع الجميع وفرغ منها طلع إلى الملك في اليوم الثاني ودخل عليه وقبل الأرض بين يديه وأمره أن يركب إلى الميدان وأن يلعب بالكرة والصولجان وكان معه الأمراء والحجاب والوزراء وأرباب الدولة، فما استقر بين الجلوس في الميدان حتى دخل عليه الحكيم رويان وناوله الصولجان وقال له: خذ هذا الصولجان واقبض عليه مثل هذه القبضة وامش في الميدان واضرب به الكرة بقوتك حتى يعرق كفك وجسدك فينفذ الدواء من كفك فيسري في سائر جسدك فإذا عرقت وأثر الدواء فيك فارجع إلى قصرك وادخل الحمام واغتسل ونم فقد برئت والسلام.
فعند ذلك أخذ الملك يونان ذلك الصولجان من الحكيم ومسكه بيده وركب الجواد وركب الكرة بين يديه وساق خلفها حتى لحقها وضربها بقوة وهو قابض بكفه على قصبة الصولجان، وما زال يضرب به الكرة حتى عرق كفه وسائر بدنه وسرى له الدواء من القبضة.
وعرف الحكيم رويان أن الدواء سرى في جسده فأمره بالرجوع إلى قصره وأن يدخل الحمام من ساعته، فرجع الملك يونان من وقته وأمر أن يخلو له الحمام فأخلوه له، وتسارعت الفراشون وتسابقت المماليك وأعدوا للملك قماشه ودخل الحمام واغتسل غسيلاً جيداً ولبس ثيابه داخل الحمام ثم خرج منه وركب إلى قصره ونام فيه.
هذا ما كان من أمر الملك يونان، وأما ما كان من أمر الحكيم رويان فإنه رجع إلى داره وبات، فلما أصبح الصباح طلع إلى الملك واستأذن عليه فأذن له في الدخول فدخل وقبل الأرض بين يديه وأشار إلى الملك بهذه الأبيات:

زهت الفـصـاحة إذا ادعـيت لـهـا أبـاً

وإذا دعـت يومـاً ســـواك لـــهـــا أبـــى
يا صـــاحـــب الـــوجـــه الـــذي أنــــــواره

تمحوا من الخطب الـكـريه غـياهـبـا
ما زال وجـهـك مـشـــرقـــاً مـــتـــهـــلـــلاً

فلا تـرى وجـه الـــزمـــان مـــقـــطـــبـــا
أولـيتـنـي مـن فـضـلـك الـمـنـن الــتـــي

فعلت بنا فعل الـسـحـاب مـع الـربـا
وصرفت جل الملا في طلب العلا

حتـى بـلـغـت مــن الـــزمـــان مـــآربـــا

فلما فرغ من شعره نهض الملك قائماً على قدميه وعانقه وأجلسه بجانبه وخلع عليه الخلع السنية.
ولما خرج الملك من الحمام نظر إلى جسده فلم يجد فيه شيئاً من البرص وصار جسده نقياً مثل الفضة البيضاء ففرح بذلك غاية الفرح واتسع صدره وانشرح، فلما أصبح الصباح دخل الديوان وجلس على سرير ملكه ودخلت عليه الحجاب وأكابر الدولة ودخل عليه الحكيم رويان، فلما رآه قام إليه مسرعاً وأجلسه بجانبه وإذا بموائد الطعام قد مدت فأكل صحبته وما زال عنده ينادمه طول نهاره.
فلما أقبل الليل أعطى الحكيم ألفي دينار غير الخلع والهدايا وأركبه جواده وانصرف إلى داره والملك يونان يتعجب من صنعه ويقول: هذا داواني من ظاهر جسدي ولم يدهنني بدهان، فو الله ما هذه إلا حكمة بالغة، فيجب علي لهذا الرجل الإنعام والإكرام وأن أتخذه جليساً وأنيساً مدى الزمان. وبات الملك يونان مسروراً فرحاً بصحة جسمه وخلاصه من مرضه.
فلما أصبح الملك وجلس على كرسيه ووقفت أرباب دولته وجلست الأمراء والوزراء على يمينه ويساره ثم طلب الحكيم رويان فدخل عليه وقبل الأرض بين يديه فقام الملك وأجلسه بجانبه وأكل معه وحياه وخلع عليه وأعطاه، ولم يزل يتحدث معه إلى أن أقبل الليل فرسم له بخمس خلع وألف دينار، ثم انصرف الحكيم إلى داره وهو شاكر للملك.

يتبع…

 

Ce que le succès doit à l’échec

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Une documentation universelle sur le succès et ses histoires est tellement abondante qu’elle donnerait le vertige à quiconque tenterait d’en faire la recension exhaustive. Mais qu’en est-il de l’échec? Le chiffre, en toute vraisemblance, risque d’être moins impressionnant. Beaucoup moins. Et pour cause. Rares sont les livres qui ont été consacrés en partie ou en totalité à la question de l’échec. Si la majorité des gens sont amenés plus facilement à parler de leurs exploits dans la vie personnelle – éducation des enfants, amour, bien-être, biens matériels, etc.- ou professionnelle – diplômes, carrière, projet, etc., ils sont généralement moins friands à documenter leurs échecs. Il s’agit d’une attitude quasi spontanée. Personne ou presque ne souhaite contribuer naïvement à sa baisse de popularité auprès des siens. Car le succès semble être une affaire d’égo avant d’être le résultat de nos efforts. Ce n’est pas pour rien qu’il est dit: La réussite a beaucoup de parents; l’échec, lui, est orphelin. 

 

Et pourtant. 

Je me suis penché sur cette question de l’échec pour tenter d’en comprendre le mécanisme. 

En fouillant dans la vie des grands personnages historiques, j’ai été stupéfait en constatant que le plus grand nombre d’entre eux – pour ne pas dire tous sans exception – sont d’abord passés par une série d’échecs dans pratiquement tous les domaines de leurs vies respectives: relations interpersonnelles, familiales, professionnelles, etc!

Mieux encore: la plupart de ces personnalités qui ont marqué l’histoire et qui ont influencé des milliers voire des millions de gens sont devenues ce qu’elles sont aujourd’hui d’abord et avant tout GRÂCE À leurs échecs.

Dans l’un des rares livres consacrés à la question de l’échec, je me souviens d’avoir lu quelque chose du genre: 

Si vous n’êtes pas tombé au moins trois fois, c’est que vous n’êtes pas vraiment en train d’essayer. 

     Cela veut tout dire. Il n’est de réussite possible et permanente sans un échec répétitif. Avez-vous des doutes? Demandez-le à un enfant il vous le prouvera. Cela lui prendra combien de chutes avant de pouvoir marcher seul sans le soutien d’un parent?

Le 22 octobre 1879, un bricoleur de génie invente l’éclairage électrique.Ce bricoleur autodidacte et surtout déterminé est au nom de Thomas Edison. Le célèbre inventeur a documenté tous ses échecs avant de pouvoir, enfin, réussir son coup de maître en inventant ce que nous lui devons aujourd’hui: l’ampoule électrique. Combien d’échecs avait-il essuyé avant sa réussite magistrale? Pas moins de 6000! Était-ce assez pour que l’ingénieux inventeur jette l’éponge et abandonner ses expériences? Absolument pas. Mieux encore, voici comment il interprétait ce qui représentait à ses yeux le véritable sens de ces multiples essais-erreurs:

Je n’ai pas échoué des milliers de fois. J’ai juste trouvé des milliers de manières de ne pas inventer l’ampoule à incandescence.  

Les adultes oublient souvent ce principe de base. Il est temps de se le rappeler: la réussite doit beaucoup à l’échec. Alors la prochaine fois que vous sentez le goût amer de l’échec – quelle que soit la nature de cet échec – pensez plutôt à ce que mon défunt père m’a appris dès mon très jeune âge (avant de savoir plus tard que Niestsche pensait de même) : Ce qui ne te tue, te renforce. 

En d’autres mots, l’échec ne tue pas; il renforce.  

Bon succès! 

 

M.c.

Les 3 niveaux de la communication verbale

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Toute communication verbale (linguistique) est essentiellement basée sur trois (3) niveaux hiérarchiques. C’est ce qu’il est convenu d’appeler en pragmatique, les trois (3) fonctions du langage: 1- fonction linguistique; 2- fonction sémantique; 3- fonction pragmatique.

En termes simples, voici un exemple qui illustre l’une des situations de communication où les 3 niveaux de la communication verbale sont impliqués:

Taha, la chambre de ta sœur Fatima est plus propre.

Une telle phrase prononcée par une maman et adressée à son garçon, Taha, est tout à fait banale. On la retrouve dans presque toutes les situations de communication au sein d’une famille peu importe sa culture et son origine. Quelles sont donc les 3 niveaux de communication impliqués? En d’autres mots, quelles sont les 3 fonctions qu’assume une telle déclaration faite par une maman envers son fils?

  1. niveau linguistique: Taha, la chambre de ta sœur Fatima est plus propre a tout d’abord une fonction de base, élémentaire, toutefois essentielle à toute communication intelligible. Elle est prononcée en français, selon ce que nous connaissons des règles de base de la syntaxe et de la grammaire de cette langue. En d’autres termes, si la structure de la phrase subissait un chamboulement dans l’ordre des mots et de la syntaxe, elle perdrait toute sa signification élémentaire:  Chambre la Fatima est ta propre sœur, par exemple, serait une phrase totalement absurde – du moins pour le commun des mortels connaissant les bases rudimentaires de la langue française. Un poète surréaliste trouverait dans cette absurdité l’expression subtile d’une quelconque mysticité du langage; mais ici nous nous adressons au « commun des mortels », donc le poète et sa mysticité sont exclus d’office.

Peu importe la langue dans laquelle la phrase a été prononcée, du moment qu’elle respecte la structure élémentaire des règles de base de la syntaxe et de la grammaire, elle assume une fonction linguistique. Ceci est le 1er niveau de la communication verbale.

 

 2.  niveau sémantique:  Taha, un nom arabe commun, signifie qu’il s’agit d’un garçon. La fonction conative, c’est-à dire, celle qui consiste à interpeller une personne est ici mise en jeu : Hey, toi, Taha, c’est à toi que je m’adresse! Ce qui exclue ipso facto toute autre personne présente au moment de la communication entre la maman et son fils (au cas où Taha aurait d’autres frères et sœurs à part Fatima et qui seraient aussi présents à cet instant précis).  À ce stade du niveau sémantique nous apprenons tout d’abord que Taha a une sœur Fatima.

La chambre de ta sœur Fatima est plus propre nous apprend par la suite que chacun des deux enfants a une chambre propre à lui. Cet indice (détail) pourrait aussi nous révéler d’autres informations sur le niveau social et économique de la famille en question: une famille de la classe moyenne? peut-être. Une famille qui vit toute entassée dans un taudis? Certainement pas.

La propreté est également un signifié important dans la situation de communication à laquelle nous avons affaire. Nous avons ici une maman attentive à la salubrité du lieu et tient à le rappeler à son fils, Taha, en évoquant l’exemple de sa sœur, Fatima. Le sens de la phrase serait en toute vraisemblance: La chambre de Fatima est plus propre (que la chambre de Taha). Le superlatif (plus propre) sert ordinairement à comparer au moins deux réalités en mettant le sujet au-dessus de tout autre objet de la même catégorie (ici, la chambre de Fatima présentée comme SUPÉRIEURE à celle de Taha en termes de propreté). Même s’il n’a pas été dit clairement dans la phrase en question, nous ne manquons pas de comprendre que le sens caché (souhaité, pour autant) est celui-ci: Taha, ta sœur est plus propre que toi.    

Cela dit, il n’en demeure pas moins vrai qu’une question reste suspendue: quelle est la finalité d’une telle déclaration de la maman? que cherche-t-elle à transmettre comme message, puisqu’aucune communication n’échappe à cette règle: toute communication cherche à véhiculer un message? C’est le 3ème niveau de la communication qui nous livre les éléments de réponse.

3. niveau pragmatique: Taha, nous l’avons appris à notre dépens, est un garçon qui, selon les propos (cachés) de sa propre maman, n’arrive pas au même niveau de propreté que sa sœur Fatima. Pour que la maman s’adresse à lui d’une telle façon (au lieu de lui faire savoir tout simplement que sa chambre est plus sale), elle cherche certainement à ce que son fils fasse bonne impression en matière de propreté. Il n’est pas non plus exclu qu’elle souhaite que Taha PASSE À L’ACTION immédiatement, en faisant preuve de plus d’enthousiasme quand vient le moment de ranger et de nettoyer sa chambre. En clair, la maman veut que Taha agisse en utilisant une stratégie langagière basée sur le défi et la mise en comparaison: SUIS le modèle de ta sœur et RENDS ta chambre aussi propre! Voilà le message que nous livre la maman. Elle ne le dit pas; il ne se trouve pas dans la phrase…et pourtant, il est la FINALITÉ de la communication verbale qui nous concerne. C’est ce qu’on appelle, la fonction pragmatique du langage.

En résumé, toute communication verbale assume essentiellement 3 fonctions de base:

1- linguistique, quand elle est prononcée de façon intelligible selon les règles élémentaires de la langue (ou du dialecte) en question. Si elle ne répond pas à ce critère rudimentaire, elle est rejetée par celui qui la reçoit.

2- sémantique, lorsqu’on se demande la signification de telle ou telle phrase. On l’interprète selon ce qu’elle est censée livrer comme message direct (sens premier) ou caché (latent). Afin d’éviter toute confusion donnant lieu à une mauvaise interprétation, il est recommandé de poser la question à l’interlocuteur pour être sûr d’avoir compris ce qu’il cherche à faire comprendre).

3- pragmatique, c’est la finalité de toute communication. Agir sur celui qui est censé être impliqué, interpellé. Faute de quoi, elle risque de perdre non seulement de son efficacité mais surtout de son utilité: à quoi bon alors?

 D’autres exemples du genre? Tous les messages publicitaires ont pour finalité la fonction pragmatique du message: voir le consommateur à l’ACTION, c’est-à-dire ACHETER le produit en question.

La connaissance d’une telle hiérarchisation de la langue parlée vous permettra de mieux ordonner les informations que votre interlocuteur essaie de vous transmettre. Elle a aussi l’avantage de comprendre davantage le sens (immanent ou caché) de son message. Enfin, vous aurez plus de chance de vous prémunir des possibles manipulations que votre interlocuteur tentera de mettre subrepticement en place afin de vous amener à agir (dans le sens qu’il souhaite).

Bonne lecture.