La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -2-

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En guise de rappel, voici les quatre questions auxquelles j’avais promis de répondre en abordant la thématique de la dialectique éristique, appelée couramment, l’art d’avoir toujours raison:

 

1. Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

2. Serait-il possible ( ou même souhaitable) d’avoir toujours raison?

3. À quelle stratégie de défense pourrait-on faire appel pour répondre à toute attaque personnelle?

4. Enfin, quel serait le dernier recours quand on perd une cause, ce que Schopenhauer appelle « l’ultime stratagème » ?

 

Commençons par le commencement.

1. Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

Lorsqu’on me pose cette question, tout de suite me vient à l’esprit une anecdote que l’on rapporte de la communauté Jésuite chez qui j’ai appris, à un moment donné de ma jeunesse, l’art de l’argumentation telle qu’enseignée par l’éminent professeur juif Chaïm Perelman, philosophe et théoricien de droit belge. Il faut dire aussi qu’à cette époque j’étais en train de préparer un mémoire sur la part de la fiction et de l’argumentation dans les récits de presse relatant les grands événements survenus à l’échelle planétaire, sous la direction de mon professeur et ami de toujours l’incollable et le très dévoué M. Dakkach.  C’est d’ailleurs grâce à cet homme doté de grandes qualités humaines et intellectuelles avec qui j’avais fondé le GRAM (groupe de recherche en recherche et action médiatique) que j’ai été initié au monde fabuleux de l’argumentation et de la communication. Qu’il trouve ici l’expression de mon éternelle gratitude. 

Revenons aux Jésuites.

Selon cette anecdote, on raconte que lorsqu’on demande à un Jésuite: « Pourquoi à chaque fois où l’on vous pose une question vous répondez par une autre question, il répond: Pourquoi pas?! » Voilà une stratégie bien malicieuse qui ne manque pas de souligner l’esprit sardonique de son auteur. Et pourtant j’ai juste envie de m’en servir à mon tour afin de répondre – vraiment? – à la question de départ. Ce qui donnerait quelque chose du genre:

Question « fallacieuse »: Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

Réponse « goguenarde »- Quel serait l’intérêt de ne pas l’avoir dans sa bibliothèque?

En effet, j’aurais pu ainsi me contenter d’esquiver la réponse en mettant un terme à la discussion autour du sujet du livre de Schopenhauer. Ainsi faisaient les Jésuites. Pourquoi ne le ferais-je pas? Or, le but premier ici étant d’engager la discussion et non de l’obstruer, il est de mon devoir d’apporter davantage d’éclairage à cette question sur le livre qui reste tout de même pertinente dans la mesure où elle me sert d’alibi pour engager la discussion autour de l’argumentation. 

Deux raisons fondamentales méritent d’être rapportées ici: la première est d’ordre personnel ou si vous voulez, familial; la seconde est d’ordre académique, ou plutôt professionnel.

a. une histoire de famille: Bien avant l’âge de la raison, naturellement j’ai été un enfant. C’est à cette belle époque que j’ai été initié à l’art d’argumenter. Grâce à mon père qui exerçait le commerce non seulement avec dévouement mais surtout avec une touche artistique – ce n’est pas par hasard que dans le milieu on l’appelait, l’Artiste. Une grande partie de son talent de commerçant et de son succès aussi était due à sa grande maîtrise de l’art de l’argumentation. Et comme il s’agissait de son seul moyen de nourrir ma mère, mes frères et soeurs et avec nous, comme si c’était pas assez, une armée d’autres coquins arrivistes, il fallait bien qu’il aiguise son talent de vendeur…qui consiste (vous l’aviez deviné je suppose) à avoir toujours raison. Car vendre un produit à un client n’a rien de scientifique. Et cela ne s’apprend pas au banc de l’école; encore moins en dépensant une fortune à HEC. Ces endroits tout au plus éduquent aux esprits comment gagner plus en dépensant moins. Mon père, lui, m’apprenait le contraire: comment dépenser plus quitte à réduire au minimum la marge de profit pour que le client soit le plus satisfait du monde. Et qu’il revienne nous voir. Et qu’il parle de notre enseigne à sa femme, à ses enfants, et à d’autres coquins arrivistes. 

On comprendra donc que la présence du livre de Schopenhauer dans ma bibliothèque personnelle n’a sensiblement rien de sourcilleux. L’amour de l’argumentation est, pour moi, une histoire de famille. Et c’est cette longue tradition familiale qui a vu naître en moi la passion de la communication pour que j’en fasse mon cheval de bataille. Une passion qui se poursuivait à l’âge de la raison, c’est-à-dire à l’université. Ce qui m’amène à aborder la deuxième raison. 

b. une passion, une profession:

 

à suivre.

 

 

 

 

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La pensée tautologique

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J’aurais pu choisir pour titre à mon texte quelque chose du genre: La pensée irritante ou Le syndrome de la coquille vide ou bien encore La carence affective du sujet...La psychologie m’aurait été d’un utile secours puisqu’elle représente un riche réservoir de concepts scientifiques (et d’autres pseudo scientifiques) pour bien rendre compte de la pathologie psychosociale que j’envisage aborder succinctement ici. Toutefois, au lieu de m’embobiner dans tout ce charabia conceptuel- et en vue d’épargner à mes sympathiques lecteurs une possible et inconfortable entorse intellectuelle – , j’optais pour un titre plutôt littéraire en faisant référence à la tautologie.

En rhétorique, on désigne par tautologie cette tournure du langage qui consiste à répéter dans la même phrase la même idée ou le même mot sans que cela n’ajoute du nouveau à son contenu. En d’autres mots, il s’agit de dire la même chose dans l’espoir de renforcer l’idée que l’on chercherait à transmettre. Loin d’être un phénomène langagier rare, la tautologie caractérise une pléthore d’expressions dont se sert le commun des mortels au quotidien: Le temps c’est le temps. L’argent c’est l’argent. Le boulot c’est le boulot. Les affaires c’est les affaires…et j’en passe. Bref, il s’agit d’un encombrement inutile du discours. Il en résulte une certaine lourdeur dont on aurait bien pu se passer si l’on faisait preuve d’un peu plus de créativité. 

Si ces expressions tautologiques que je viens de citer en exemples pourraient parfois passer « inoffensives » puisqu’elles sont perçues comme allant de soi, il en serait tout à fait autrement quand vient le moment de se servir de la tautologie dans des situations de communication du genre suivant: Vous savez, je suis qui je suisJe suis moi-mêmeMoi c’est moi et toi c’est toi…L’on comprendra que dans une conversation de ce type, le recours de l’interlocuteur à l’expression tautologique telle qu’elle se présente dans lesdits exemples risquerait de perdre de son caractère »innocent ». Et voici pourquoi.

Essayez d’imaginer la situation de communication dans laquelle vous êtes en train d’inciter l’interlocuteur (ami, parent, conjoint, collègue) à adopter un comportement adéquat (faire preuve de discipline, être plus attentionné, parler moins fort, tenir ses promesses…). Imaginez par la suite qu’en réponse à vos incessantes demandes – nonobstant votre délicatesse et sans aucun égard à vos nobles intentions – votre interlocuteur par manque d’originalité vous lâche crûment sa sagesse proverbiale enquiquinante de type: Vous savez, je suis qui je suis. Devenant ainsi barbante, inintéressante, fade et assommante, l’expression tautologique de votre interlocuteur passe instantanément du registre du lieu commun à celui de l’absurde.

Afin de mieux comprendre pourquoi je qualifie d’absurde le recours à l’expression tautologique dans la communication interpersonnelle de type conversationnel, je vous invite à un petit exercice de base histoire de nous divertir ne serait-ce que le temps que durera la lecture de ce texte. Pour ce faire, je réfère particulièrement au principe des 3 fonctions de la communication auquel j’ai consacré un texte publié ici sous le titre Les 3 niveaux de la communication verbale

Comme on le sait déjà, toute communication dite intelligible passe impérativement par 3 niveaux de communication qui sont: 1.information; 2. signification; 3. action. De manière très simple, si une compagnie de téléphonie cellulaire X nous lance son message publicitaire: « Vous aussi passez à la vitesse LTE », c’est qu’elle cherche par cela à nous faire passer tranquillement du niveau 1 (nous informer qu’elle est une compagnie de téléphonie offrant la technologie LTE), au niveau 2 (« vous aussi », c’est-à-dire que vous devriez suivre l’exemple des « autres » consommateurs de votre entourage ayant eu la brillante idée d’acheter le service de technologie LTE) pour enfin – c’est la finalité des finalités – nous amener à passer à l’action en changeant nos habitudes de communication téléphonique actuelle et adopter le service de technologie ultra rapide offert, heureusement pour nous, par la compagnie X). Bref, la connaissance des 3 niveaux de communication impliqués dans cet exemple courant nous apprend, par voie de conséquence, quels types d’argumentation nous sommes en train de subir de la part de la compagnie X en vue de décider par quel moyen répondre (ou ne pas répondre) à la sollicitation commerciale. 

Or, et à la lumière de ce qui précède, si l’on revient au cas qui nous occupe aujourd’hui en essayant d’analyser le recours rébarbatif aux expression tautologiques de type Moi je suis moi-même, voici comment on obtient le résultat d’une communication absurde:

  1. le niveau information: Moi je suis moi-même est une phrase qui, déjà au niveau basique de la communication, peine à nous livrer une information claire, limpide et sans équivoque sur le sujet en question. La répétition qui sert d’habitude à renforcer une idée, une opinion ou une vérité, nous laisse à notre appétit dans le cas de la pensée tautologique. Le sujet moi et le prédicat Moi-même se miroitent indéfiniment sans nous éclairer davantage de quelque façon que ce soit. En partant, le niveau informationnel de la communication commence à accuser une certaine défaillance. Continuons pour voir.
  2. le niveau de la signification: Quel sens cherche-t-il à nous livrer l’auteur de la pensée tautologique? Tout au plus, qu’il s’agit toujours le lui-même. Si en partant nous avons déjà une idée que par son comportement il est tel ou tel type de personnage, le recours à l’expression tautologique n’aurait d’autres significations hormis que celles que nous soupçonnions déjà avant de s’aventurer dans la conversation : cela reviendrait à dire qu’il restera beau temps mauvais temps toujours lui-même: indiscipliné, indifférent, bruyant, insolvable, pour reprendre les exemples cités en haut). Rendu à ce stade de l’analyse, penseriez-vous que la conversation avec ce type d’individus irait mieux? Je doute fort. Mais tentons tout de même notre chance en allant vérifier au troisième et ultime niveau de la communication. 
  3. le niveau de l’action: Nous savons qu’à ce stade nous n’avons toujours pas réussi à obtenir une clarification du processus de communication dans lequel nous sommes engagés. Étant donné que la finalité de tout acte de communication est d’obtenir une action concrète (changement de comportement du spécimen qui fait l’objet de notre cas ici), le fait d’obtenir une réponse de type Moi je suis qui je suis ou Moi je suis moi-même et autres insanités du genre, n’avancerait nullement la cause ni ne résulterait en bout de ligne, à un changement de comportement de la part de son auteur. Par conséquent, tout ce que l’on serait en mesure d’obtenir serait au mieux un blocage de la conversation, une impasse et au pire, un non-sens, une absurdité. Ce qui ne manquerait pas de traduire, bien souvent, la mauvaise foi de celui qui la profère ainsi que son manque irréfléchi de toute volonté d’avancer. 

Voilà pourquoi, à mon sens, la pensée tautologique de type Moi je suis qui je suis est absurde. Voilà pourquoi j’aurais pu l’appeler La pensée irritante ou Le syndrome de la coquille vide ou bien encore La carence affective du sujet...

Alors, la prochaine fois que vous faites face à une telle déclaration de la part de votre interlocuteur, pensez à ce qui précède. Vous réussiriez peut-être à obtenir de lui un résultat moins barbant que celui présenté ici. 

Bonne chance!

La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -1-

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Voici le type de réactions que je reçois à chaque fois que mes invités découvrent dans ma bibliothèque privée le livre du philosophe allemand Artur Schopenhauer  Eristische Dialektik Dialectique éristique (connu sous le titre français: L’art d’avoir toujours raison): « hmm tu lis ça! On comprend mieux maintenant pourquoi tu réussis toujours à avoir le dernier mot. »

Inutile de vous exposer ici l’intégralité du débat qui s’engage à la suite d’une telle découverte de la part de mes visiteurs. Un débat qui ressemble davantage à une polémique si je me réfère à l’ampleur des dégâts qu’il risquait de causer si je ne faisais point preuve de sagesse en réorientant la conversation vers d’autres avenues avant qu’elle ne sombre dans des sentiers marécageux.  

Et pour cause. 

C’est que le fait d’avoir dans sa bibliothèque privée un livre d’un titre aussi tranchant – pour ne pas dire arrogant – pourrait créer un sentiment de provocation allant parfois jusqu’à l’intimidation aux yeux de certains esprits peu enclins aux rouages des débats d’idées et à ses multiples stratagèmes parfois fort complexes. Ce sentiment d’inconfort irait jusqu’à susciter chez ces derniers un malaise quand vient le moment de défendre leurs opinions ou – dans bien des cas – leurs propres intérêts. Vu sous cet angle, j’adhère amplement à leur septicité. 

Cependant, le but de mes propos ici est de traiter le sujet sous un autre aspect peu visible à l’oeil de l’observateur moins averti. Dans les lignes qui suivent, je tenterais de répondre de manière fort succincte aux questions suivantes: Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer? Serait-il possible ( ou même souhaitable) d’avoir toujours raison? À quelle stratégie de défense pourrait-on faire appel pour répondre à toute attaque personnelle? Enfin, quel serait le dernier recours quand on perd une cause, ce que Schopenhauer appelle « l’ultime stratagème » ? 

Avant de répondre à toutes ces questions, autant le dire tout de suite: il ne s’agit aucunement d’un texte scientifique ni d’une analyse rigoureuse de la dialectique éristique, qui demeure somme toute une branche de la pragmatique fort complexe faisant appel à des compétences non négligeables dans des domaines tout aussi variables que la philosophie du langage, la psychologie sociale, la communication interpersonnelle, la rhétorique et j’en passe. L’exercice auquel je m’apprête ici est beaucoup moins exigent puisqu’il s’agit en fin de compte de comprendre l’une des activités les plus populaires chez les humains toutes races confondues: argumenter. Étant donné qu’il nous est impossible de passer une journée sans se trouver à défendre quelque chose – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle – ou à essayer d’obtenir quelque chose de quelqu’un – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle -, on aurait donc tout à gagner si l’on s’attardait un peu sur ce qui nous anime tous en vue d’en comprendre les rouages, les mécanismes, les stratagèmes…

À suivre et en attendant la suite, je vous laisse avec cette bande-annonce du spectacle de Ismael Habia, portant sur le même thème:

Ce que le succès doit à l’échec

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Une documentation universelle sur le succès et ses histoires est tellement abondante qu’elle donnerait le vertige à quiconque tenterait d’en faire la recension exhaustive. Mais qu’en est-il de l’échec? Le chiffre, en toute vraisemblance, risque d’être moins impressionnant. Beaucoup moins. Et pour cause. Rares sont les livres qui ont été consacrés en partie ou en totalité à la question de l’échec. Si la majorité des gens sont amenés plus facilement à parler de leurs exploits dans la vie personnelle – éducation des enfants, amour, bien-être, biens matériels, etc.- ou professionnelle – diplômes, carrière, projet, etc., ils sont généralement moins friands à documenter leurs échecs. Il s’agit d’une attitude quasi spontanée. Personne ou presque ne souhaite contribuer naïvement à sa baisse de popularité auprès des siens. Car le succès semble être une affaire d’égo avant d’être le résultat de nos efforts. Ce n’est pas pour rien qu’il est dit: La réussite a beaucoup de parents; l’échec, lui, est orphelin. 

 

Et pourtant. 

Je me suis penché sur cette question de l’échec pour tenter d’en comprendre le mécanisme. 

En fouillant dans la vie des grands personnages historiques, j’ai été stupéfait en constatant que le plus grand nombre d’entre eux – pour ne pas dire tous sans exception – sont d’abord passés par une série d’échecs dans pratiquement tous les domaines de leurs vies respectives: relations interpersonnelles, familiales, professionnelles, etc!

Mieux encore: la plupart de ces personnalités qui ont marqué l’histoire et qui ont influencé des milliers voire des millions de gens sont devenues ce qu’elles sont aujourd’hui d’abord et avant tout GRÂCE À leurs échecs.

Dans l’un des rares livres consacrés à la question de l’échec, je me souviens d’avoir lu quelque chose du genre: 

Si vous n’êtes pas tombé au moins trois fois, c’est que vous n’êtes pas vraiment en train d’essayer. 

     Cela veut tout dire. Il n’est de réussite possible et permanente sans un échec répétitif. Avez-vous des doutes? Demandez-le à un enfant il vous le prouvera. Cela lui prendra combien de chutes avant de pouvoir marcher seul sans le soutien d’un parent?

Le 22 octobre 1879, un bricoleur de génie invente l’éclairage électrique.Ce bricoleur autodidacte et surtout déterminé est au nom de Thomas Edison. Le célèbre inventeur a documenté tous ses échecs avant de pouvoir, enfin, réussir son coup de maître en inventant ce que nous lui devons aujourd’hui: l’ampoule électrique. Combien d’échecs avait-il essuyé avant sa réussite magistrale? Pas moins de 6000! Était-ce assez pour que l’ingénieux inventeur jette l’éponge et abandonner ses expériences? Absolument pas. Mieux encore, voici comment il interprétait ce qui représentait à ses yeux le véritable sens de ces multiples essais-erreurs:

Je n’ai pas échoué des milliers de fois. J’ai juste trouvé des milliers de manières de ne pas inventer l’ampoule à incandescence.  

Les adultes oublient souvent ce principe de base. Il est temps de se le rappeler: la réussite doit beaucoup à l’échec. Alors la prochaine fois que vous sentez le goût amer de l’échec – quelle que soit la nature de cet échec – pensez plutôt à ce que mon défunt père m’a appris dès mon très jeune âge (avant de savoir plus tard que Niestsche pensait de même) : Ce qui ne te tue, te renforce. 

En d’autres mots, l’échec ne tue pas; il renforce.  

Bon succès! 

 

M.c.

Les 3 niveaux de la communication verbale

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Toute communication verbale (linguistique) est essentiellement basée sur trois (3) niveaux hiérarchiques. C’est ce qu’il est convenu d’appeler en pragmatique, les trois (3) fonctions du langage: 1- fonction linguistique; 2- fonction sémantique; 3- fonction pragmatique.

En termes simples, voici un exemple qui illustre l’une des situations de communication où les 3 niveaux de la communication verbale sont impliqués:

Taha, la chambre de ta sœur Fatima est plus propre.

Une telle phrase prononcée par une maman et adressée à son garçon, Taha, est tout à fait banale. On la retrouve dans presque toutes les situations de communication au sein d’une famille peu importe sa culture et son origine. Quelles sont donc les 3 niveaux de communication impliqués? En d’autres mots, quelles sont les 3 fonctions qu’assume une telle déclaration faite par une maman envers son fils?

  1. niveau linguistique: Taha, la chambre de ta sœur Fatima est plus propre a tout d’abord une fonction de base, élémentaire, toutefois essentielle à toute communication intelligible. Elle est prononcée en français, selon ce que nous connaissons des règles de base de la syntaxe et de la grammaire de cette langue. En d’autres termes, si la structure de la phrase subissait un chamboulement dans l’ordre des mots et de la syntaxe, elle perdrait toute sa signification élémentaire:  Chambre la Fatima est ta propre sœur, par exemple, serait une phrase totalement absurde – du moins pour le commun des mortels connaissant les bases rudimentaires de la langue française. Un poète surréaliste trouverait dans cette absurdité l’expression subtile d’une quelconque mysticité du langage; mais ici nous nous adressons au « commun des mortels », donc le poète et sa mysticité sont exclus d’office.

Peu importe la langue dans laquelle la phrase a été prononcée, du moment qu’elle respecte la structure élémentaire des règles de base de la syntaxe et de la grammaire, elle assume une fonction linguistique. Ceci est le 1er niveau de la communication verbale.

 

 2.  niveau sémantique:  Taha, un nom arabe commun, signifie qu’il s’agit d’un garçon. La fonction conative, c’est-à dire, celle qui consiste à interpeller une personne est ici mise en jeu : Hey, toi, Taha, c’est à toi que je m’adresse! Ce qui exclue ipso facto toute autre personne présente au moment de la communication entre la maman et son fils (au cas où Taha aurait d’autres frères et sœurs à part Fatima et qui seraient aussi présents à cet instant précis).  À ce stade du niveau sémantique nous apprenons tout d’abord que Taha a une sœur Fatima.

La chambre de ta sœur Fatima est plus propre nous apprend par la suite que chacun des deux enfants a une chambre propre à lui. Cet indice (détail) pourrait aussi nous révéler d’autres informations sur le niveau social et économique de la famille en question: une famille de la classe moyenne? peut-être. Une famille qui vit toute entassée dans un taudis? Certainement pas.

La propreté est également un signifié important dans la situation de communication à laquelle nous avons affaire. Nous avons ici une maman attentive à la salubrité du lieu et tient à le rappeler à son fils, Taha, en évoquant l’exemple de sa sœur, Fatima. Le sens de la phrase serait en toute vraisemblance: La chambre de Fatima est plus propre (que la chambre de Taha). Le superlatif (plus propre) sert ordinairement à comparer au moins deux réalités en mettant le sujet au-dessus de tout autre objet de la même catégorie (ici, la chambre de Fatima présentée comme SUPÉRIEURE à celle de Taha en termes de propreté). Même s’il n’a pas été dit clairement dans la phrase en question, nous ne manquons pas de comprendre que le sens caché (souhaité, pour autant) est celui-ci: Taha, ta sœur est plus propre que toi.    

Cela dit, il n’en demeure pas moins vrai qu’une question reste suspendue: quelle est la finalité d’une telle déclaration de la maman? que cherche-t-elle à transmettre comme message, puisqu’aucune communication n’échappe à cette règle: toute communication cherche à véhiculer un message? C’est le 3ème niveau de la communication qui nous livre les éléments de réponse.

3. niveau pragmatique: Taha, nous l’avons appris à notre dépens, est un garçon qui, selon les propos (cachés) de sa propre maman, n’arrive pas au même niveau de propreté que sa sœur Fatima. Pour que la maman s’adresse à lui d’une telle façon (au lieu de lui faire savoir tout simplement que sa chambre est plus sale), elle cherche certainement à ce que son fils fasse bonne impression en matière de propreté. Il n’est pas non plus exclu qu’elle souhaite que Taha PASSE À L’ACTION immédiatement, en faisant preuve de plus d’enthousiasme quand vient le moment de ranger et de nettoyer sa chambre. En clair, la maman veut que Taha agisse en utilisant une stratégie langagière basée sur le défi et la mise en comparaison: SUIS le modèle de ta sœur et RENDS ta chambre aussi propre! Voilà le message que nous livre la maman. Elle ne le dit pas; il ne se trouve pas dans la phrase…et pourtant, il est la FINALITÉ de la communication verbale qui nous concerne. C’est ce qu’on appelle, la fonction pragmatique du langage.

En résumé, toute communication verbale assume essentiellement 3 fonctions de base:

1- linguistique, quand elle est prononcée de façon intelligible selon les règles élémentaires de la langue (ou du dialecte) en question. Si elle ne répond pas à ce critère rudimentaire, elle est rejetée par celui qui la reçoit.

2- sémantique, lorsqu’on se demande la signification de telle ou telle phrase. On l’interprète selon ce qu’elle est censée livrer comme message direct (sens premier) ou caché (latent). Afin d’éviter toute confusion donnant lieu à une mauvaise interprétation, il est recommandé de poser la question à l’interlocuteur pour être sûr d’avoir compris ce qu’il cherche à faire comprendre).

3- pragmatique, c’est la finalité de toute communication. Agir sur celui qui est censé être impliqué, interpellé. Faute de quoi, elle risque de perdre non seulement de son efficacité mais surtout de son utilité: à quoi bon alors?

 D’autres exemples du genre? Tous les messages publicitaires ont pour finalité la fonction pragmatique du message: voir le consommateur à l’ACTION, c’est-à-dire ACHETER le produit en question.

La connaissance d’une telle hiérarchisation de la langue parlée vous permettra de mieux ordonner les informations que votre interlocuteur essaie de vous transmettre. Elle a aussi l’avantage de comprendre davantage le sens (immanent ou caché) de son message. Enfin, vous aurez plus de chance de vous prémunir des possibles manipulations que votre interlocuteur tentera de mettre subrepticement en place afin de vous amener à agir (dans le sens qu’il souhaite).

Bonne lecture.

 

 

 

Autour d’une tasse de thé avec les sages (3)

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Je me souviens de mes premiers cours de communication politique dans lesquels nous devions analyser le traitement médiatique des plus grands événements qui ont marqué l’actualité. Nous nous efforcions de décoder les messages cachés que les médias – pour des raisons tactiques – n’avaient pas intérêt à ce que le grand public les déchiffre. Très souvent, grâce à des techniques sophistiquées de communication stratégique (Agenda Setting, Gate Keeper, Effet paravent, etc.), ce sont les grands médias, dotés d’un immense pouvoir quant au choix et au filtrage de l’information qui devrait retenir l’attention du moment, qui livrent avec l’événement le sens que ce dernier devrait prendre au sein de l’opinion publique. De véritables créateurs de nouvelles, les médias sont aussi de puissants créateurs de significations.  Mettre à la Une un événement pour qu’il retienne l’attention du moment – au détriment d’autres événements qu’ils décident de négliger- veut aussi dire décider de la signification de tel ou tel événement. C’est pendant mes premiers cours de communication politique que je réalisais, à ma grande déception, que les médias, contrairement à l’idée naïve que j’avais – et que plusieurs d’autres ont encore – ne se limitent pas à « décrire objectivement » la réalité telle quelle, mais, dans bien dans cas, la filtrent, la maquillent, l’embellissent ou l’enlaidissent…Pire: ils l’inventent. Selon les besoins du moment. Les exemples qui me viennent à l’esprit au moment de rédiger ce billet sont nombreux, mais je vais me contenter d’en citer un: celui des Tablibans en Afghanistan. L’exemple des Talibans a depuis les années 1999, retenu l’attention de la planète entière: surgis de nulle part, ces hommes décrits comme des ennemis de la civilisation et de la modernité, le cauchemard vivant des femmes, aux antipodes de la démocratisation – et de l’occidentalisation – des nations anéanties par les guerres et les injustices sociales, ces élèves des madrassa coraniques (d’où leur nom taliban) par quelle mauvaise fortune se trouvaient-ils, du jour au lendemain, propulsés en avant-scène de la politique internationale causant ainsi l’un des facteurs majeurs de déstabilisation sociale et politique non seulement de l’Afghanistan qui se remettait à peine de ses blessures profondes causées par les déchirantes guerres successives contre l’ex URSS, avant de plonger dans des guerres fratricides non moins sanglantes, mais aussi de toutes les régions du monde où le mot « guerre anti-terroriste » pouvait servir de « raison morale » de frapper? De frapper fort?! Afin de répondre à une telle question, la plupart des médias véhiculaient l’explication d’apparence quasi logique – comme allant de soi – selon laquelle, les Talibans sont une organisation terroriste qu’il faudrait indiscutablement éradiquer afin de permettre au peuple afghan de goûter, enfin, au nectar de la liberté (occidentale). Ce n’est peut-être pas par hasard que les armées américaines et canadiennes qui étaient déployées en Afghanistan diffusaient sur les ondes de la radio locale, des chansons de la star québécoise, Céline Dion!

Mais était-ce vraiment la vraie raison de s’attaquer au Taliban?

Ce que les médias ne nous disaient pas – et ne nous disent toujours pas – à propos des véritables raisons de la guerre menée par les Américains et leurs alliés contre les Talibans, n’a tout simplement rien à voir avec je ne sais quel sens moral de libérer le peuple afghan de je ne sais quelle barbarie de ces élèves des madrassa coraniques. Le véritable enjeux se situe…ailleurs. C’est l’OPIUM. Il ne faut pas quitter de l’esprit que l’Afghanistan est le premier producteur mondial de l ‘opium, cette substance quasi indispensable pour la fabrication de  médicaments, certes, mais aussi ET SURTOUT de drogue.

Drogue maudite, l’opium a depuis l’antiquité été à l’origine de plusieurs guerres.

Les répercussions du commerce de l’opium ont eu un retentissement considérable dans l’histoire du monde. L’on peut par exemple citer les deux Guerres de l’Opium au milieu du XIXème siècle qui ont soumis la Chine aux traités inégaux des puissances européennes et surtout l’Empire Britannique qui prit ainsi possession de Hong-Kong jusqu’à 1997. La France en interdit la consommation en 1908 et légifère sur les drogues en 1916. (Peut-on lire dans la rubrique Santé du Figaro)

Juste avant d’entendre parler des Talibans, le contrôle absolu de l’opium était confié à nulle autre que la fameuse bourse américaine, The Wall Street. Elle en gérait la production, le traitement et, bien évidemment, l’exportation et la commercialisation. Le revenu engendré était hallucinant. Or, lorsque les Talibans ont pris le contrôle de la production de l’opium – il fallait bien que quelqu’un se réveille un jour et réclamer son dû – The Wall Street voyait ses bénéfices nets reculer de pratiquement 98%! Une catastrophe financière pour l’organisme qui ne jure que par les sous. Que fallait-il faire? Créer un événement. C’était la fausse guerre anti-terroriste. C’était les Taliban. La suite nous la connaissons tous.

Cet exemple et bien d’autres illustrent à quel point le grand public est très souvent mis en index lorsqu’il s’agit de comprendre le déroulement des événements majeurs qui ont une répercussion imminente sur le cours de l’histoire. Très souvent, les grands médias usent – et abusent – de leur pouvoir d’accès privilégié à l’information, afin de servir – hélas! – non pas la vérité tel qu’ils prétendent, mais plutôt les grands intérêts des puissances politiques, économiques et militaires dominantes.

Enfin, dans le même ordre d’idées, et pour rester fidèle au rendez-vous, nous allons prendre une tasse de thé en compagnie de Dan Gardner, un grand journaliste et essayiste canadien, ancien conseiller du Premier ministre en affaires judiciaires, qui signe un brillant essai sur les politiques de la peur dont abusent les médias et les décideurs afin de servir des intérêts sordides souvent non avoués. 

Pages 227-228 de son essai, Risque. La science et les politiques de la peur. Aux éditions Logiques.

Le terrorisme est certainement un scénario de grande importance aujourd’hui, comme il l’est depuis un certain temps, mais la situation était différente il y a une dizaine d’années[…]Les attaques commises le 11 septembre 2001 […] ont mis au premier plan l’histoire du terrorisme islamiste, qui demeure omniprésente aujourd’hui. C’est ce qui explique que, lorsqu’un kamikaze s’est fait exploser à l’extérieur du stade bondé de l’Université d’Oklahoma, le 1er octobre 2005, les médias ont à peine mentionné l’événement. Le kamikaze en question, Joel Henry Hinrichs III, n’était pas musulman. C’était un jeune blanc perturbé, amateur d’explosifs, qui avait apparemment eu l’intention initiale de faire exploser une bombe identique à celle qu’avait fait détonner Timothy McVeigh [un autre extrémiste américain antigouvernemental, auteur d’un sanglant attentat à la bombe perpétré à Oklahoma City en 1995]. Il a donc été considéré comme un événement local mineur et a été rapidement oublié.

Le même phénomène s’est de nouveau produit en avril 2007, après l’arrestation à Collonsville (Alabama) de six hommes blancs membres de la « Milice libre de l’Alabama ». La police a alors saisi une mitraillette, un fusil, un fusil à canon scié, deux silencieux, 2500 cartouches et divers explosifs artisanaux, dont 130 grenades et 70 dispositifs explosifs improvisés semblables à ceux qu’utilisent les insurgés iraquiens […] Lors de l’enquête sur sa mise en liberté, un policier fédéral a révélé que la milice avait planifié une attaque à la mitraillette contre des résidants hispaniques d’une petite ville voisine. Les médias n’ont manifesté aucun intérêt à ce sujet et l’histoire a pratiquement été passée sous silence. Mais l’arrestation, une semaine plus tard, de six musulmans accusés de complot en vue d’une attaque contre Fort Dix a été traitée par les médias comme un événement majeur à l’échelle internationale, même ces hommes n’étaient pas plus liés à des réseaux terroristes que ne l’était la « Milice libre de l’Alabama » et même si leurs armes n’étaient en rien comparables à l’arsenal des membres de ladite milice.

Autour d’une tasse de thé avec les sages (2)

Mis en avant

 

Aujourd’hui, on prend notre tasse de thé en compagnie de l’un des penseurs marocains les plus prolifiques – à en juger par l’oeuvre colossale qu’il nous lègue. Il s’agit du professeur et futurologue Mehdi El Mandjra, mort en 2014 à Rabat dans l’obscurité totale.  Ovationné (surtout) à l’étranger pour la grande qualité de ses analyses sur les véritables enjeux des dialogues interculturels entre l’Orient et l’Occident, il fut considéré par plusieurs comme étant le père de la notion des « guerres des civilisations », principale caractéristique qui sous-tend les nouveaux conflits entre les différentes nations à l’échelle planétaire. Une problématique quasi fétiche de l’auteur puisqu’il lui avait consacré une pléthore d’études et d’articles scientifiques publiés dans une vingtaine de langues, dont certains sont regroupés dans son livre La Première guerre civilisationnelle (en parlant de la première guerre du Golf en 1990). Précédant ainsi d’un an la publication par Samuel Huntington de son désormais célèbre article où il repend le concept de M. Elmandjra sur le « Clash des civilisations ».

De son vivant, il a été un ardent défenseur de la cause palestinienne et du droit des peuples à la préservation de leur mémoire collective. Dans l’un de ses livres, La valeur des valeurs, il écrit: « La mémoire : une valeur qui donne au temps son harmonie entre un passé qui se renouvelle, un présent éphémère et un avenir éternellement ouvert ». Pour lui, On ne  tourne pas les pages, on les relit régulièrement… » On peut détruire les infrastructures matérielles mais on ne détruit pas la mémoire d’un peuple comme le savent ceux qui aujourd’hui, en Israël, procèdent à des éliminations ethniques…

Afin de mieux comprendre l’ampleur – et la gravité – des plus grands conflits actuels que connaît notre époque contemporaine, il faudrait, selon Elmandjra, faire un tour du côté de la notion de « culture ». À ses yeux,    « Le commerce des idées et le monde de la créativité ne se négocient pas à la manière des accords du libre échange et ne se prêtent pas aux règles qui régissent les produits agricoles ou industriels. On n’occupe pas le champ culturel comme on occupe un champ de bataille. Tout ce que l’on réussit, c’est exacerber d’un côté l’ethnocentrisme et l’arrogance culturelle caractérisant l’attitude d’un grand nombre de pays occidentaux, et accentuer d’un autre côté la résistance de la majorité des peuples aux agressions culturelles ».

Quiconque connaît l’oeuvre de Elmandjra sait à quel point il avait, de son vivant, affectionné le modèle culturel et économique japonais. Pour lui, l’exemple du Japan démontre que « toute modernisation n’est pas forcément une occidentalisation ». On comprend pourquoi il passait une grande partie de sa vie au sein de comités scientifiques japonais puisque le Japan l’avait décoré en 1986 Ordre du Soleil Levant, la plus haute distinction décernée au Japan. Pacifiste convaincu, il a eu également droit, en 1995, à la Médaille de la paix de l’Académie d’Albert Einstein.

Dans La valeur des valeurs, ils écrit:

« Dans une émission consacrée à la prospective, il y a déjà plus de vingt ans, j’avais insisté sur le fait que l’Occident souffrait de trois obsessions : la démographie, l’Islam et le Japon (Dossiers sur l’Ecran- TF1, 24- 06- 1980). Aujourd’hui, la peur de l’immigration a remplacé celle de la démographie, la peur de la Chine s’est substituée à celle du Japon alors que la peur de l’Islam s’est amplifiée sous la forme d’une islamophobie à visage découvert où l’on associe ouvertement Islam et terrorisme en ayant recours au terrorisme sémantique et au matraquage médiatique. On oublie que dans le monde musulman, le mot paix (essalam) est prononcé en moyenne un milliard de fois toutes les heures, soit près de 17 millions toutes les minutes ». [Puisque le mot (essalam) doit être répété dans les cinq prières quotidiennes dans le rite musulman].