La nonchalante Andalousie, terre de mes aïeux

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L’excès de choses matérielles qui meublent le décor peine à libérer l’imagination pour le peu d’espace vacant qui s’offre à elle. Que faire d’une âme belle et rebelle refusant tout amalgame des genres, elle, l’insoumise, qui part à la quête de pureté cristalline, telle jadis, naquirent au beau milieu des jardins d’Alhambra, les mille et une sensations exquises , sublime osmose olfactive que dégagent dans l’air ambiant la féminité nonchalante et suave des odeurs des roses et des fleurs d’oranger ainsi que la virilité assumée de l’Ambre et du Santal.

L’Andalousie, terre de mes aïeux, cité noyée dans les fonds des océans de mes rêves, est aujourd’hui, plus que jamais, le seul et l’unique espace – à la fois géographique et symbolique – qui fait encore son effet quand vient le moment de permettre à l’âme de retrouver un brin d’inspiration, n’en déplaise à ce monde qui excelle dans l’inhibition. 

Cordoue, Tolède, Valences et autres cités magiques, mosquées, palais, sources et fontaines, poètes, écrivains, troubadours, savants, amour, science, tout ce dont l’esprit a besoin pour se nourrir…un esprit aujourd’hui frêle sous l’effet de l’écrasante boulimie des choses matérielles qui meublent excessivement le décor dont il était question au début.

ô toi brise matinale aux odeurs de musc qui effleure les narines, fais-moi voyager sans tarder vers ces contrées lointaines.  Mon Andalousie, fontaine de toutes les fontaines, source de toutes les sources, approche tes jets que je puisse m’abreuver de tes eaux qui coulent langoureusement jusqu’aux champs verdoyants où poussent le plus exquis des fruits de toutes mes passions!

Je vous invite à ce voyage mythique à travers ce video mettant en scène un amour impossible malgré sa pureté, le tout dans un fond de musique andalouse composée par l’irremplaçable feu Tamsamani, accompagné de l’élite marocaine des musiciens de l’art andalou, l’orchestre du Conservatoire de Tetouan. L’émission a été produite à l’époque par la 1ère chaine marocaine, au temps où la télévision respectait notre intelligence en diffusant par moments quelques programmes culturels dignes de ce nom.   

 

Ô villes dont les noms résonnent dans l’histoire, et chantent dans les poèmes des fils de l’Arabie: Tolède, Séville, Cordoue, Ô mosquée! Ton nom glisse avec les heures dans les palais en ruine, où le Calife rêva de grandeur…

Bon voyage! 

 

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La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -2-

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En guise de rappel, voici les quatre questions auxquelles j’avais promis de répondre en abordant la thématique de la dialectique éristique, appelée couramment, l’art d’avoir toujours raison:

 

1. Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

2. Serait-il possible ( ou même souhaitable) d’avoir toujours raison?

3. À quelle stratégie de défense pourrait-on faire appel pour répondre à toute attaque personnelle?

4. Enfin, quel serait le dernier recours quand on perd une cause, ce que Schopenhauer appelle « l’ultime stratagème » ?

 

Commençons par le commencement.

1. Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

Lorsqu’on me pose cette question, tout de suite me vient à l’esprit une anecdote que l’on rapporte de la communauté Jésuite chez qui j’ai appris, à un moment donné de ma jeunesse, l’art de l’argumentation telle qu’enseignée par l’éminent professeur juif Chaïm Perelman, philosophe et théoricien de droit belge. Il faut dire aussi qu’à cette époque j’étais en train de préparer un mémoire sur la part de la fiction et de l’argumentation dans les récits de presse relatant les grands événements survenus à l’échelle planétaire, sous la direction de mon professeur et ami de toujours l’incollable et le très dévoué M. Dakkach.  C’est d’ailleurs grâce à cet homme doté de grandes qualités humaines et intellectuelles avec qui j’avais fondé le GRAM (groupe de recherche en recherche et action médiatique) que j’ai été initié au monde fabuleux de l’argumentation et de la communication. Qu’il trouve ici l’expression de mon éternelle gratitude. 

Revenons aux Jésuites.

Selon cette anecdote, on raconte que lorsqu’on demande à un Jésuite: « Pourquoi à chaque fois où l’on vous pose une question vous répondez par une autre question, il répond: Pourquoi pas?! » Voilà une stratégie bien malicieuse qui ne manque pas de souligner l’esprit sardonique de son auteur. Et pourtant j’ai juste envie de m’en servir à mon tour afin de répondre – vraiment? – à la question de départ. Ce qui donnerait quelque chose du genre:

Question « fallacieuse »: Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer?

Réponse « goguenarde »- Quel serait l’intérêt de ne pas l’avoir dans sa bibliothèque?

En effet, j’aurais pu ainsi me contenter d’esquiver la réponse en mettant un terme à la discussion autour du sujet du livre de Schopenhauer. Ainsi faisaient les Jésuites. Pourquoi ne le ferais-je pas? Or, le but premier ici étant d’engager la discussion et non de l’obstruer, il est de mon devoir d’apporter davantage d’éclairage à cette question sur le livre qui reste tout de même pertinente dans la mesure où elle me sert d’alibi pour engager la discussion autour de l’argumentation. 

Deux raisons fondamentales méritent d’être rapportées ici: la première est d’ordre personnel ou si vous voulez, familial; la seconde est d’ordre académique, ou plutôt professionnel.

a. une histoire de famille: Bien avant l’âge de la raison, naturellement j’ai été un enfant. C’est à cette belle époque que j’ai été initié à l’art d’argumenter. Grâce à mon père qui exerçait le commerce non seulement avec dévouement mais surtout avec une touche artistique – ce n’est pas par hasard que dans le milieu on l’appelait, l’Artiste. Une grande partie de son talent de commerçant et de son succès aussi était due à sa grande maîtrise de l’art de l’argumentation. Et comme il s’agissait de son seul moyen de nourrir ma mère, mes frères et soeurs et avec nous, comme si c’était pas assez, une armée d’autres coquins arrivistes, il fallait bien qu’il aiguise son talent de vendeur…qui consiste (vous l’aviez deviné je suppose) à avoir toujours raison. Car vendre un produit à un client n’a rien de scientifique. Et cela ne s’apprend pas au banc de l’école; encore moins en dépensant une fortune à HEC. Ces endroits tout au plus éduquent aux esprits comment gagner plus en dépensant moins. Mon père, lui, m’apprenait le contraire: comment dépenser plus quitte à réduire au minimum la marge de profit pour que le client soit le plus satisfait du monde. Et qu’il revienne nous voir. Et qu’il parle de notre enseigne à sa femme, à ses enfants, et à d’autres coquins arrivistes. 

On comprendra donc que la présence du livre de Schopenhauer dans ma bibliothèque personnelle n’a sensiblement rien de sourcilleux. L’amour de l’argumentation est, pour moi, une histoire de famille. Et c’est cette longue tradition familiale qui a vu naître en moi la passion de la communication pour que j’en fasse mon cheval de bataille. Une passion qui se poursuivait à l’âge de la raison, c’est-à-dire à l’université. Ce qui m’amène à aborder la deuxième raison. 

b. une passion, une profession:

 

à suivre.

 

 

 

 

La pensée tautologique

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J’aurais pu choisir pour titre à mon texte quelque chose du genre: La pensée irritante ou Le syndrome de la coquille vide ou bien encore La carence affective du sujet...La psychologie m’aurait été d’un utile secours puisqu’elle représente un riche réservoir de concepts scientifiques (et d’autres pseudo scientifiques) pour bien rendre compte de la pathologie psychosociale que j’envisage aborder succinctement ici. Toutefois, au lieu de m’embobiner dans tout ce charabia conceptuel- et en vue d’épargner à mes sympathiques lecteurs une possible et inconfortable entorse intellectuelle – , j’optais pour un titre plutôt littéraire en faisant référence à la tautologie.

En rhétorique, on désigne par tautologie cette tournure du langage qui consiste à répéter dans la même phrase la même idée ou le même mot sans que cela n’ajoute du nouveau à son contenu. En d’autres mots, il s’agit de dire la même chose dans l’espoir de renforcer l’idée que l’on chercherait à transmettre. Loin d’être un phénomène langagier rare, la tautologie caractérise une pléthore d’expressions dont se sert le commun des mortels au quotidien: Le temps c’est le temps. L’argent c’est l’argent. Le boulot c’est le boulot. Les affaires c’est les affaires…et j’en passe. Bref, il s’agit d’un encombrement inutile du discours. Il en résulte une certaine lourdeur dont on aurait bien pu se passer si l’on faisait preuve d’un peu plus de créativité. 

Si ces expressions tautologiques que je viens de citer en exemples pourraient parfois passer « inoffensives » puisqu’elles sont perçues comme allant de soi, il en serait tout à fait autrement quand vient le moment de se servir de la tautologie dans des situations de communication du genre suivant: Vous savez, je suis qui je suisJe suis moi-mêmeMoi c’est moi et toi c’est toi…L’on comprendra que dans une conversation de ce type, le recours de l’interlocuteur à l’expression tautologique telle qu’elle se présente dans lesdits exemples risquerait de perdre de son caractère »innocent ». Et voici pourquoi.

Essayez d’imaginer la situation de communication dans laquelle vous êtes en train d’inciter l’interlocuteur (ami, parent, conjoint, collègue) à adopter un comportement adéquat (faire preuve de discipline, être plus attentionné, parler moins fort, tenir ses promesses…). Imaginez par la suite qu’en réponse à vos incessantes demandes – nonobstant votre délicatesse et sans aucun égard à vos nobles intentions – votre interlocuteur par manque d’originalité vous lâche crûment sa sagesse proverbiale enquiquinante de type: Vous savez, je suis qui je suis. Devenant ainsi barbante, inintéressante, fade et assommante, l’expression tautologique de votre interlocuteur passe instantanément du registre du lieu commun à celui de l’absurde.

Afin de mieux comprendre pourquoi je qualifie d’absurde le recours à l’expression tautologique dans la communication interpersonnelle de type conversationnel, je vous invite à un petit exercice de base histoire de nous divertir ne serait-ce que le temps que durera la lecture de ce texte. Pour ce faire, je réfère particulièrement au principe des 3 fonctions de la communication auquel j’ai consacré un texte publié ici sous le titre Les 3 niveaux de la communication verbale

Comme on le sait déjà, toute communication dite intelligible passe impérativement par 3 niveaux de communication qui sont: 1.information; 2. signification; 3. action. De manière très simple, si une compagnie de téléphonie cellulaire X nous lance son message publicitaire: « Vous aussi passez à la vitesse LTE », c’est qu’elle cherche par cela à nous faire passer tranquillement du niveau 1 (nous informer qu’elle est une compagnie de téléphonie offrant la technologie LTE), au niveau 2 (« vous aussi », c’est-à-dire que vous devriez suivre l’exemple des « autres » consommateurs de votre entourage ayant eu la brillante idée d’acheter le service de technologie LTE) pour enfin – c’est la finalité des finalités – nous amener à passer à l’action en changeant nos habitudes de communication téléphonique actuelle et adopter le service de technologie ultra rapide offert, heureusement pour nous, par la compagnie X). Bref, la connaissance des 3 niveaux de communication impliqués dans cet exemple courant nous apprend, par voie de conséquence, quels types d’argumentation nous sommes en train de subir de la part de la compagnie X en vue de décider par quel moyen répondre (ou ne pas répondre) à la sollicitation commerciale. 

Or, et à la lumière de ce qui précède, si l’on revient au cas qui nous occupe aujourd’hui en essayant d’analyser le recours rébarbatif aux expression tautologiques de type Moi je suis moi-même, voici comment on obtient le résultat d’une communication absurde:

  1. le niveau information: Moi je suis moi-même est une phrase qui, déjà au niveau basique de la communication, peine à nous livrer une information claire, limpide et sans équivoque sur le sujet en question. La répétition qui sert d’habitude à renforcer une idée, une opinion ou une vérité, nous laisse à notre appétit dans le cas de la pensée tautologique. Le sujet moi et le prédicat Moi-même se miroitent indéfiniment sans nous éclairer davantage de quelque façon que ce soit. En partant, le niveau informationnel de la communication commence à accuser une certaine défaillance. Continuons pour voir.
  2. le niveau de la signification: Quel sens cherche-t-il à nous livrer l’auteur de la pensée tautologique? Tout au plus, qu’il s’agit toujours le lui-même. Si en partant nous avons déjà une idée que par son comportement il est tel ou tel type de personnage, le recours à l’expression tautologique n’aurait d’autres significations hormis que celles que nous soupçonnions déjà avant de s’aventurer dans la conversation : cela reviendrait à dire qu’il restera beau temps mauvais temps toujours lui-même: indiscipliné, indifférent, bruyant, insolvable, pour reprendre les exemples cités en haut). Rendu à ce stade de l’analyse, penseriez-vous que la conversation avec ce type d’individus irait mieux? Je doute fort. Mais tentons tout de même notre chance en allant vérifier au troisième et ultime niveau de la communication. 
  3. le niveau de l’action: Nous savons qu’à ce stade nous n’avons toujours pas réussi à obtenir une clarification du processus de communication dans lequel nous sommes engagés. Étant donné que la finalité de tout acte de communication est d’obtenir une action concrète (changement de comportement du spécimen qui fait l’objet de notre cas ici), le fait d’obtenir une réponse de type Moi je suis qui je suis ou Moi je suis moi-même et autres insanités du genre, n’avancerait nullement la cause ni ne résulterait en bout de ligne, à un changement de comportement de la part de son auteur. Par conséquent, tout ce que l’on serait en mesure d’obtenir serait au mieux un blocage de la conversation, une impasse et au pire, un non-sens, une absurdité. Ce qui ne manquerait pas de traduire, bien souvent, la mauvaise foi de celui qui la profère ainsi que son manque irréfléchi de toute volonté d’avancer. 

Voilà pourquoi, à mon sens, la pensée tautologique de type Moi je suis qui je suis est absurde. Voilà pourquoi j’aurais pu l’appeler La pensée irritante ou Le syndrome de la coquille vide ou bien encore La carence affective du sujet...

Alors, la prochaine fois que vous faites face à une telle déclaration de la part de votre interlocuteur, pensez à ce qui précède. Vous réussiriez peut-être à obtenir de lui un résultat moins barbant que celui présenté ici. 

Bonne chance!

تغريدة الشعراء. بالصوت والكلمات

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إليكم، لأول مرة، النسخة الصوتية لقصيدتي « تغريدة الشعراء »  وهي، كما يبدو، تعتمد في بنائها على نمط الحوار الافتراضي. القصيدة حاولت من خلالها طرح مجموعة من التساؤلات التي تخطر ببالي بين الفينة والأخرى و بالتحديد تلك التي تهم أبرز الأحداث التي نواكبها في مجتمعاتنا العربية المعاصرة. وبما أنني من محبي العزف على آلة القانون  لكونها رمز من رموز الحضارة والثقافة الشرقية منذ فجر التاريخ، فانني أود أن تستمعوا كذلك بنغمات الترنيمات  التي تحدثها تقاسيم عزف الاستاذ العراقي اليهودي الاصل، ابراهام سلمان. القطعة ممكن ان يجدها المستمع ضمن شريطه المسجل بعنوان: سلطنة ٢

 

استماع ممتع

La dialectique éristique ou l’art d’avoir toujours raison -1-

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Voici le type de réactions que je reçois à chaque fois que mes invités découvrent dans ma bibliothèque privée le livre du philosophe allemand Artur Schopenhauer  Eristische Dialektik Dialectique éristique (connu sous le titre français: L’art d’avoir toujours raison): « hmm tu lis ça! On comprend mieux maintenant pourquoi tu réussis toujours à avoir le dernier mot. »

Inutile de vous exposer ici l’intégralité du débat qui s’engage à la suite d’une telle découverte de la part de mes visiteurs. Un débat qui ressemble davantage à une polémique si je me réfère à l’ampleur des dégâts qu’il risquait de causer si je ne faisais point preuve de sagesse en réorientant la conversation vers d’autres avenues avant qu’elle ne sombre dans des sentiers marécageux.  

Et pour cause. 

C’est que le fait d’avoir dans sa bibliothèque privée un livre d’un titre aussi tranchant – pour ne pas dire arrogant – pourrait créer un sentiment de provocation allant parfois jusqu’à l’intimidation aux yeux de certains esprits peu enclins aux rouages des débats d’idées et à ses multiples stratagèmes parfois fort complexes. Ce sentiment d’inconfort irait jusqu’à susciter chez ces derniers un malaise quand vient le moment de défendre leurs opinions ou – dans bien des cas – leurs propres intérêts. Vu sous cet angle, j’adhère amplement à leur septicité. 

Cependant, le but de mes propos ici est de traiter le sujet sous un autre aspect peu visible à l’oeil de l’observateur moins averti. Dans les lignes qui suivent, je tenterais de répondre de manière fort succincte aux questions suivantes: Quel serait l’intérêt d’avoir dans sa bibliothèque un livre comme celui de Schopenhauer? Serait-il possible ( ou même souhaitable) d’avoir toujours raison? À quelle stratégie de défense pourrait-on faire appel pour répondre à toute attaque personnelle? Enfin, quel serait le dernier recours quand on perd une cause, ce que Schopenhauer appelle « l’ultime stratagème » ? 

Avant de répondre à toutes ces questions, autant le dire tout de suite: il ne s’agit aucunement d’un texte scientifique ni d’une analyse rigoureuse de la dialectique éristique, qui demeure somme toute une branche de la pragmatique fort complexe faisant appel à des compétences non négligeables dans des domaines tout aussi variables que la philosophie du langage, la psychologie sociale, la communication interpersonnelle, la rhétorique et j’en passe. L’exercice auquel je m’apprête ici est beaucoup moins exigent puisqu’il s’agit en fin de compte de comprendre l’une des activités les plus populaires chez les humains toutes races confondues: argumenter. Étant donné qu’il nous est impossible de passer une journée sans se trouver à défendre quelque chose – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle – ou à essayer d’obtenir quelque chose de quelqu’un – si puérile, si vile, si mesquine, si anodine soit-elle -, on aurait donc tout à gagner si l’on s’attardait un peu sur ce qui nous anime tous en vue d’en comprendre les rouages, les mécanismes, les stratagèmes…

À suivre et en attendant la suite, je vous laisse avec cette bande-annonce du spectacle de Ismael Habia, portant sur le même thème:

CCIQ. Je me souviens

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Pour que la mémoire collective se souvienne de ce drame;

pour que la mémoire collective se souvienne de ces victimes;

pour que les familles québécoises se souviennent de la peine causée à d’autres familles québécoises ;

pour que les historiens enregistrent dans les annales cet échec de l’amour;

pour que nos enfants se souviennent qu’ils sont venus d’ailleurs même s’ils somt nés ici;

pour le CCIQ, je me souviens.

 

 

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CCIQ. Je me souviens

Grande mosquée de Québec. Musulmans tués de sang froid en pleine prière

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Ce soir, un individu cagoulé a fait irruption dans la Grande mosquée de Québec pour abattre de sang froid plusieurs dizaines de Musulmans innocents qui assistaient à la prière du soir Al-Icha.

Ce soir cet acte barbare me laisse encore une fois sans voix. Pourquoi ici? Pourquoi dans cette mosquée que moi-même je fréquentais quand j’étais étudiant à l’Université Laval? Pourquoi terroriser une communauté de femmes et d’hommes du calibre des Musulmans de Québec? Je me souviens de cette formidable communauté dont les membres, petits et grands, sont la crème de la société québécoise. Je me souviens de mes amis universitaires, ingénieurs, diplomates, commerçants, professeurs, hommes et femmes dont le seul souci était de réussir leur intégration dans ce pays et démontrer à eux-mêmes et à leurs proches qu’ils ont fait le choix judicieux quand ils ont décidé de quitter tout et repartir à neuf.

Mais que s’est-il passé ce soir à Québec?

Il s’agit de l’un des actes terroristes les plus abominables qui soient perpétrés sur le territoire canadien commis contre une communauté musulmane pacifique, travaillante dont les membres sont venus de loin, laissant derrière eux patries et familles dans l’espoir de contribuer activement à l’enrichissement de leur pays d’accueil. Quel accueil leur réserve-t-on donc? Un discours populiste alimenté par les grands médias et soutenu par les politiques de la plus nette tartufferie…voilà ce qu’on réserve à cette communauté faite en grande majorité d’hommes et de femmes armés de diplômes universitaires, techniques et professionnels. Voilà le sort que Donald (Duck) et ses électeurs américains et leurs photocopieurs ici et ailleurs souhaitent offrir à toute personne digne qui dit non à l’injustice, à l’intolérance, à la barbarie et surtout qui refuse de serrer la main à des tueurs d’innocents.

Suis-je devenu sourd ce soir? Pourquoi n’entendrais-je plus ce soir ces voix de journalistes et de politiciens d’ici qui, hier encore poursuivaient leurs croisades et alimentaient les peurs collectives contre un soi-disant danger portant le nom de l’Islam? Ni ce soir ni demain soir ni après demain soir je n’entendrai ces voix condamner l’abominable tuerie dont sont victimes des innocents citoyens parmi lesquels on trouve aussi des enfants. Ni ce soir ni demain soir ni après demain soir je n’entendrai ces tartuffes des temps modernes crier non à l’injustice et à l’intolérance…

 

Je ne pleure pas les innocentes victimes tombées lâchement ce soir au milieu de la Grande mosquée de Québec. Je ne les pleure pas puisque ce sont des martyrs…et les martyrs n’ont pas besoin de nos larmes. Au lieu de cela, je pleure l’incommensurable bassesse de l’esprit humain qui tente viciseument de rendre de tels actes « justifiables » en nous les présentant comme « allant de soi ».

Que Dieu ait pitié de nous, les morts-vivants!

 

M.c.

حكايات الف ليلة وليلة. ومن يفعل المعروف مع غير أهله

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فلما سمع الصياد كلام العفريت قال: يا الله العجب أنا ما جئت أخلصك إلا في هذه الأيام، ثم قال الصياد للعفريت، اعف عن قتلي يعف الله عنك، ولا تهلكني، يسلط الله عليك، من يهلكك. فقال لا بد من قتلك، فتمن علي أي موتة تموتها فلما تحقق ذلك منه الصياد راجع العفريت وقال اعف عني إكراماً لما أعتقتك، فقال العفريت: وأنا ما أقتلك إلا لأجل ما خلصتني، فقال الصياد: يا شيخ العفاريت هل أصنع معك مليح، فتقابلني بالقبيح ولكن لم يكذب المثل حيث قال:

فعـلـــنـــا جـــمـــيلاً قـــابـــلـــونـــا بـــضـــده

وهـذا لـعـمـري مـن فـعـال الـفـواجـــر
ومن يفعل المعروف مع غير أهله

يجازى كما جوزي مجـير أم عـامـر

فلما سمع العفريت كلامه قال لا تطمع فلا بد من موتك، فقال الصياد هذا جني، وأنا إنسي وقد أعطاني الله عقلاً كاملاً وها أنا أدبر أمراً في هلاكه، بحيلتي وعقلي وهو يدبر بمكره وخبثه، ثم قال للعفريت: هل صممت على قتلي قال نعم، فقال له بالاسم الأعظم المنقوش على خاتم سليمان أسألك عن شيء وتصدقني فيه، قال نعم، ثم إن العفريت لما سمع ذكر الاسم الأعظم اضطرب واهتز وقال: اسأل وأوجز، فقال له: كيف كنت في هذا القمقم، والقمقم لا يسع يدك ولا رجلك فكيف يسعك كلك، فقال له العفريت: وهل أنت لا تصدق أنني كنت فيه فقال الصياد لا أصدق أبداً حتى أنظرك فيه بعيني، وأدرك شهرزاد الصباح فسكتت عن الكلام المباح.

وفي الليلة الرابعة

قالت: بلغني أيها الملك السعيد أن الصياد لما قال للعفريت لا أصدقك أبداً حتى أنظرك بعيني في القمقم فانتفض العفريت وصار دخاناً صاعداً إلى الجو، ثم اجتمع ودخل في القمقم قليلاً، حتى استكمل الدخان داخل القمقم وإذا بالصياد أسرع وأخذ سدادة الرصاص المختومة وسد بها فم القمقم ونادى العفريت، وقال له: تمن علي أي موتة تموتها لأرميك في هذا البحر وأبني لي هنا بيتاً وكل من أتى هنا أمنعه أن يصطاد وأقول له هنا عفريت وكل من أطلعه يبين له أنواع الموت يخبره بينها.
فلما سمع العفريت كلام الصياد أراد الخروج فلم يقدر ورأى نفسه محبوساً ورأى عليه طابع خاتم سليمان وعلم أن الصياد سجنه وسجن أحقر العفاريت وأقذرها وأصغرها، ثم أن الصياد ذهب بالقمقم إلى جهة البحر، فقال له العفريت لا، لا فقال الصياد: لا بد لا بد فلطف المارد كلامه وخضع وقال ما تريد أن تصنع بي يا صياد، قال: ألقيك في البحر إن كنت أقمت فيه ألفاً وثمانمائة عام فأنا أجعلك تمكث إلى أن تقوم الساعة، أما قلت لك أبقيني يبقيك الله ولا تقتلني يقتلك الله فأبيت قولي وما أردت إلا غدري فألقاك الله في يدي فغدرت بك، فقال العفريت افتح لي حتى أحسن إليك فقال له الصياد تكذب يا ملعون، أنا مثلي ومثلك مثل وزير الملك يونان والحكيم رويان، فقال العفريت: وما شأن وزير الملك يونان والحكيم رويان وما قصتهما.

حكاية الملك يونان والحكيم رويان

قال الصياد: اعلم أيها العفريت، أنه كان في قديم الزمان وسالف العصر والأوان في مدينة الفرس وأرض رومان ملك يقال له الملك يونان وكان ذا مال وجنود وبأس وأعوان من سائر الأجناس، وكان في جسده برص قد عجزت فيه الأطباء والحكماء ولم ينفعه منه شرب أدوية ولا سفوف ولا دهان ولم يقدر أحد من الأطباء أن يداويه.
وكان قد دخل مدينة الملك يونان حكيم كبير طاعن في السن يقال له الحكيم رويان وكان عرفاً بالكتب اليونانية والفارسية والرومية والعربية والسريانية وعلم الطب والنجوم وعالماً بأصول حكمتها وقواعد أمورها من منفعتها ومضرتها. عالماً بخواص النباتات والحشائش والأعشاب المضرة والنافعة فقد عرف علم الفلاسفة وجاز جميع العلوم الطبية وغيرها، ثم إن الحكيم لما دخل المدينة وأقام بها أيام قلائل سمع خبر الملك وما جرى له في بدنه من البرص الذي ابتلاه الله به وقد عجزت عن مداواته الأطباء وأهل العلوم.
فلما بلغ ذلك الحكيم بات مشغولاً، فلما أصبح الصباح لبس أفخر ثيابه ودخل على الملك يونان وقبل الأرض ودعا له بدوام العز والنعم وأحسن ما به تكلم وأعلمه بنفسه فقال: أيها الملك: بلغني ما اعتراك من هذا الذي في جسدك وأن كثيراً من الأطباء لم يعرفوا الحيلة في زواله وها أنا أداويك أيها الملك ولا أسقيك دواء ولا أدهنك بدهن.

 

فلما سمع الملك يونان كلامه تعجب وقال له: كيف تفعل، فو الله لو برأتني أغنيك لولد الولد وأنعم عليك، ما تتمناه فهو لك وتكون نديمي وحبيبي. ثم أنه خلع عليه وأحسن إليه وقال له أبرئني من هذا المرض بلا دواء ولا دهان? قال نعم أبرئك بلا مشقة في جسدك. فتعجب الملك غاية العجب ثم قال له: أيها الحكيم الذي ذكرته لي يكون في أي الأوقات وفي أي الأيام، فأسرع يا ولدي؛ قال له سمعاً وطاعة، ثم نزل من عند الملك واكترى له بيتاً حط فيه كتبه وأدويته وعقاقيره ثم استخرج الأدوية والعقاقير وجعل منها صولجاناً وجوفه وعمل له قصبة وصنع له كرة بمعرفته.
فلما صنع الجميع وفرغ منها طلع إلى الملك في اليوم الثاني ودخل عليه وقبل الأرض بين يديه وأمره أن يركب إلى الميدان وأن يلعب بالكرة والصولجان وكان معه الأمراء والحجاب والوزراء وأرباب الدولة، فما استقر بين الجلوس في الميدان حتى دخل عليه الحكيم رويان وناوله الصولجان وقال له: خذ هذا الصولجان واقبض عليه مثل هذه القبضة وامش في الميدان واضرب به الكرة بقوتك حتى يعرق كفك وجسدك فينفذ الدواء من كفك فيسري في سائر جسدك فإذا عرقت وأثر الدواء فيك فارجع إلى قصرك وادخل الحمام واغتسل ونم فقد برئت والسلام.
فعند ذلك أخذ الملك يونان ذلك الصولجان من الحكيم ومسكه بيده وركب الجواد وركب الكرة بين يديه وساق خلفها حتى لحقها وضربها بقوة وهو قابض بكفه على قصبة الصولجان، وما زال يضرب به الكرة حتى عرق كفه وسائر بدنه وسرى له الدواء من القبضة.
وعرف الحكيم رويان أن الدواء سرى في جسده فأمره بالرجوع إلى قصره وأن يدخل الحمام من ساعته، فرجع الملك يونان من وقته وأمر أن يخلو له الحمام فأخلوه له، وتسارعت الفراشون وتسابقت المماليك وأعدوا للملك قماشه ودخل الحمام واغتسل غسيلاً جيداً ولبس ثيابه داخل الحمام ثم خرج منه وركب إلى قصره ونام فيه.
هذا ما كان من أمر الملك يونان، وأما ما كان من أمر الحكيم رويان فإنه رجع إلى داره وبات، فلما أصبح الصباح طلع إلى الملك واستأذن عليه فأذن له في الدخول فدخل وقبل الأرض بين يديه وأشار إلى الملك بهذه الأبيات:

زهت الفـصـاحة إذا ادعـيت لـهـا أبـاً

وإذا دعـت يومـاً ســـواك لـــهـــا أبـــى
يا صـــاحـــب الـــوجـــه الـــذي أنــــــواره

تمحوا من الخطب الـكـريه غـياهـبـا
ما زال وجـهـك مـشـــرقـــاً مـــتـــهـــلـــلاً

فلا تـرى وجـه الـــزمـــان مـــقـــطـــبـــا
أولـيتـنـي مـن فـضـلـك الـمـنـن الــتـــي

فعلت بنا فعل الـسـحـاب مـع الـربـا
وصرفت جل الملا في طلب العلا

حتـى بـلـغـت مــن الـــزمـــان مـــآربـــا

فلما فرغ من شعره نهض الملك قائماً على قدميه وعانقه وأجلسه بجانبه وخلع عليه الخلع السنية.
ولما خرج الملك من الحمام نظر إلى جسده فلم يجد فيه شيئاً من البرص وصار جسده نقياً مثل الفضة البيضاء ففرح بذلك غاية الفرح واتسع صدره وانشرح، فلما أصبح الصباح دخل الديوان وجلس على سرير ملكه ودخلت عليه الحجاب وأكابر الدولة ودخل عليه الحكيم رويان، فلما رآه قام إليه مسرعاً وأجلسه بجانبه وإذا بموائد الطعام قد مدت فأكل صحبته وما زال عنده ينادمه طول نهاره.
فلما أقبل الليل أعطى الحكيم ألفي دينار غير الخلع والهدايا وأركبه جواده وانصرف إلى داره والملك يونان يتعجب من صنعه ويقول: هذا داواني من ظاهر جسدي ولم يدهنني بدهان، فو الله ما هذه إلا حكمة بالغة، فيجب علي لهذا الرجل الإنعام والإكرام وأن أتخذه جليساً وأنيساً مدى الزمان. وبات الملك يونان مسروراً فرحاً بصحة جسمه وخلاصه من مرضه.
فلما أصبح الملك وجلس على كرسيه ووقفت أرباب دولته وجلست الأمراء والوزراء على يمينه ويساره ثم طلب الحكيم رويان فدخل عليه وقبل الأرض بين يديه فقام الملك وأجلسه بجانبه وأكل معه وحياه وخلع عليه وأعطاه، ولم يزل يتحدث معه إلى أن أقبل الليل فرسم له بخمس خلع وألف دينار، ثم انصرف الحكيم إلى داره وهو شاكر للملك.

يتبع…

 

Ce que le succès doit à l’échec

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Une documentation universelle sur le succès et ses histoires est tellement abondante qu’elle donnerait le vertige à quiconque tenterait d’en faire la recension exhaustive. Mais qu’en est-il de l’échec? Le chiffre, en toute vraisemblance, risque d’être moins impressionnant. Beaucoup moins. Et pour cause. Rares sont les livres qui ont été consacrés en partie ou en totalité à la question de l’échec. Si la majorité des gens sont amenés plus facilement à parler de leurs exploits dans la vie personnelle – éducation des enfants, amour, bien-être, biens matériels, etc.- ou professionnelle – diplômes, carrière, projet, etc., ils sont généralement moins friands à documenter leurs échecs. Il s’agit d’une attitude quasi spontanée. Personne ou presque ne souhaite contribuer naïvement à sa baisse de popularité auprès des siens. Car le succès semble être une affaire d’égo avant d’être le résultat de nos efforts. Ce n’est pas pour rien qu’il est dit: La réussite a beaucoup de parents; l’échec, lui, est orphelin. 

 

Et pourtant. 

Je me suis penché sur cette question de l’échec pour tenter d’en comprendre le mécanisme. 

En fouillant dans la vie des grandes personnalités publiques à travers l’histoire, et quel fût mon étonnement de constater que le plus grand nombre d’entre elles – pour ne pas dire toutes sans exception- sont passés d’abord par une série d’échecs dans pratiquement tous les domaines de leurs vies respectives: relations interpersonnelles, familiales, professionnelles, etc!

Mieux encore: la plupart de ces personnalités qui ont marqué l’histoire et qui ont influencé des milliers de gens sont devenues ce qu’elles sont aujourd’hui d’abord et avant tout GRÂCE À leurs échecs.

Dans l’un des rares livres consacrés à la question de l’échec, je me souviens d’avoir lu quelque chose du genre: 

Si vous n’êtes pas tombé au moins trois fois, c’est que vous n’êtes pas vraiment en train d’essayer. 

     Cela veut tout dire. Il n’est de réussite possible et permanente sans un échec répétitif. Avez-vous des doutes? Demandez-le à un enfant il vous le prouvera. Cela lui prendra combien de chutes avant de pouvoir marcher seul sans le soutien d’un parent?

Le 22 octobre 1879, un bricoleur de génie invente l’éclairage électrique.Ce bricoleur autodidacte et surtout déterminé est au nom de Thomas Edison. Le célèbre inventeur a documenté tous ses échecs avant de pouvoir, enfin, réussir son coup de maître en inventant ce que nous lui devons aujourd’hui: l’ampoule électrique. Combien d’échecs avait-il essuyé avant sa réussite magistrale? Pas moins de 6000! Était-ce assez pour que l’ingénieux inventeur jette l’éponge et abandonner ses expériences? Absolument pas. Mieux encore, voici comment il interprétait ce qui représentait à ses yeux le véritable sens de ces multiples essais-erreurs:

Je n’ai pas échoué des milliers de fois. J’ai juste trouvé des milliers de manières de ne pas inventer l’ampoule à incandescence.  

Les adultes oublient souvent ce principe de base. Il est temps de se le rappeler: la réussite doit beaucoup à l’échec. Alors la prochaine fois que vous sentez le goût amer de l’échec – quelle que soit la nature de cet échec – pensez plutôt à ce que mon défunt père m’a appris dès mon très jeune âge (avant de savoir plus tard que Niestsche pensait de même) : Ce qui ne te tue, te renforce. 

En d’autres mots, l’échec ne tue pas; il renforce.  

Bon succès! 

 

M.c.

Le périple du vieil homme

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Las de l’amer goût des lamentations

Puisqu’ici toute joie d’antan s’étiole

Le vieil homme prend enfin son envol

Vers une nouvelle destination

     **********

Flanqué de son minuscule bagage

D’un livre et d’un chapelet sans attrait 

Sur sa vie monotone il tire un trait

Ignorant tout du pénible voyage 

      **********

De terre en terre il caresse les racines

De mer en mer il effleure les vagues

Ô tristesse qui s’éclipse au toucher des algues

Telle est la magie du retour aux origines!

     ************

Fier de sa découverte, le vieil homme

Avec sa main qui par l’émotion tremble

Inscrit sur son calepin des mots nobles 

Résumant ainsi ce qu’est la joie en somme:

« Ô toi que moult tristesses tracassent!

À tout malheur un remède efficace

Le bonheur appartient à qui partage

Tel est le secret de mon long voyage ».

 

M.C. 

Montréal, le 14 décembre 2016.

Je m’appelle Babou -2-

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Désormais, il n’est plus un secret pour personne: l’enfant Babou doit son surnom davantage aux premiers bafouillages de l’écriture qu’à je ne sais quel balbutiement de la lecture. Ceci est un fait. Avec le recul de l’âge cela devient une évidence même. Je n’ai jamais aimé lire – en tout cas pas avec la même verve ni encore moins avec la même conscience d’aujourd’hui. Si cela est dû aux joyeuses circonstances que je mentionnais dans la 1ère partie de mon texte, d’autres événements aussi bien ludiques que non conventionnels sont venus non point me rapprocher de la lecture mais m’en éloigner aussi longtemps que durât cet indescriptible amour de la liberté que tout enfant de mon âge aurait défendu jusqu’au dernier de ses moyens.  En voici un exemple.

 Je me souviens d’un incident que je ne cesse de raconter à tous ceux qui n’arrivent tout de même pas à croire à ma version des choses malgré mon aveu franc et répétitif. J’avais 7 ans quand mon père et moi sommes partis à Lyon. J’ignore quelle mouche piquait mon père pour qu’il décide obstinément de m’emmener avec lui au printemps, c’est-à-dire au beau milieu de l’année scolaire! Puisque la raison je ne la saurais jamais –  mon héros éternel étant passé de vie à trépas – il n’en demeure pas moins vrai que la courte durée de ce voyage – 15 jours – était suffisante pour chambouler le reste de toute l’année scolaire. Et pour cause.

De retour à Casablanca après un séjour passé à Lyon sous le signe de la désinvolture et de l’insouciance, je retrouve à mon accueil une réalité beaucoup moins cajoleuse que celle du Rhône. Cette dure réalité a un nom: L’ÉCOLE. Et pas n’importe quelle école. Une institution privée dirigée comme une véritable armée par un directeur bourru malgré son apparence de petit-bourgeois blond aux mains de fer dans des gants de velours. Ces mains étaient bel et bien en fer; il ne s’agit point d’une métaphore. Je le sais. A en juger par l’étourdissante claque sur la joue qu’il m’a assénée quand les gardiens de l’école – des sbires colosses aux crânes massifs et aux gabarits pachydermiques – lui ont annoncé qu’un élève de la 2ème année ne veut plus retourner en classe après un soi-disant voyage en Europe où il se la coulait douce au beau milieu de l’année scolaire et dont, hélas! il venait de revenir. C’était sa gifle qui me réveilla de ma lente et douce somnolence. Je quittai son bureau non point en pleurs, mais en courant illico vers ma classe. Ma terrible classe où j’allais passer les mois subséquents dans une insupportable lourdeur de l’atmosphère. 

En somme, la gifle du bourreau blond me réveilla de ma somnolence certes, mais elle attisa  ma haine de tout le système scolaire de l’époque. Une haine qui a été marquée au fer dans ma mémoire depuis mes premiers souvenirs de l’école primaire…jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs. 

A suivre.

 

 

 

Je m’appelle BABOU

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« من سلسلة « ذكريات وصفحات

Il n’est pas rare où l’on me demande d’où me vient cette apparente envie de lire. Il n’est pas aisé pour moi de répondre ouvertement à une telle question pour la simple raison qu’il est pratiquement impossible d’y répondre adéquatement sans avoir de ma part une grande dose de franchise. Une franchise qui pourrait s’apparenter à une fausse modestie, cette sœur jumelle de la flagornerie. Bien entendu, il n’en est rien dans mon cas: la franchise dont je dois faire preuve en tentant de répondre à la question de mon histoire avec la lecture n’est ni de la fausse modestie ni encore moins de la flagornerie. Voici pourquoi. 
Tout d’abord, je n’ai pas d’histoire avec la lecture. Ou si vous voulez, je n’ai jamais été un adepte de la lecture. Bien au contraire. Contrairement à la plupart des amoureux de la lecture qui sont devenus aujourd’hui des adultes, mon enfance n’a pas été pondérée ni même encadrée par des séjours prolongés dans une quelconque bibliothèque où l’on découvre, généralement, le premier plaisir du livre. Du mieux que je me souvienne, j’ai été un adepte de l’école buissonnière, privilégiant les bagarres de rues et les escapades intrépides au lieu de m’engouffrer dans une pénible lecture bouffant ma fraîche énergie que je gaspillais volontiers dans l’agitation du petit corps. Aucune place n’était réservée au cerveau. Comme j’étais le fils aîné qui jouissait, selon la culture populaire à laquelle adhéraient mon père, le commerçant, et ma mère, l’aimante, il fallait que je m’amuse. Et un enfant qui gâche ses journées dans la lecture, on s’entend, ne s’amuse guère.
MAIS!
Aussi contradictoire que cela puisse paraître, il n’en demeure pas moins vrai que certains événements, à l’époque anodins et sans lien apparent entre eux, s’avèrent, avec le recul de la mémoire et l’avancement de l’âge, d’une importance majeure quand vient le moment de parler de mon rapport avec la lecture.
Le premier événement remonte à l’âge de 3 ans. Malgré mon très jeune âge, ma mémoire en garde encore frais le souvenir. C’était le jour où je commençais à griffonner sur la porte de notre maison (en bois massif) des mots que j’apprenais à l’école pré-maternelle du mythique quartier de Derb Sultan. 

Ces mots sont, en arabe,

با، بو

dont la transcription phonétique est: Ba Bou.


N’importe quel Marocain connaît la signification de ces deux mots, dont la charge émotive est tellement forte qu’il est presque impossible de les effacer de la mémoire individuelle et collective. Ba Bou (en y ajoutant Bi) sont les trois mots dont certains instituteurs, à des fins mnémotechniques, nous martelaient le cerveau en nous faisant apprendre l’alphabet arabe (ici composés en mots faciles à mémoriser, donc foncièrement intelligibles). Et c’est en remarquant mes efforts à les réappliquer sur la porte en bois de notre maison, que les autres enfants du quartier, bien entendu plus âgés que moi, n’ont pas tardé à me coller l’impensable surnom: BABOU.


Ça y est! Dorénavant, le prénom de siMohamed, trop courant pour être démarqué de la foule, cède la place au surnom, poétique et tapageur, BABOU

Il n’y avait rien à faire, c’était la pratique courante de l’époque: nous donner un surnom qui nous identifiera – dans bien des cas – pour le restant de notre vie. Indélébile, ce surnom tout comme la trace qu’il laisse dans notre mémoire…et dans mon cas, dans la perception des autres envers moi. 

 

Il faut dire que ce surnom n’était pas un malheur, mais plutôt un cadeau inespéré de la part des enfants de mon quartier – dont la plupart possédaient des surnoms tout aussi loufoques et répugnants que l’on dirait inspirés par le conte d’Ali Baba et les 40 voleurs – quand ce n’est pas par les édentés Pirates des Caraïbes.
BABOU était pour moi plus qu’un surnom d’enfance; c’était une marque de commerce. Rien de moins! Depuis ce jour-là, l’acte de l’écriture m’a été collé au front, à tel point que je savais que je devais prendre soin non pas seulement de mes faux épées en papier avec lesquels je devais me battre pour assurer ma survie et le respect des enfants dans le quartier, mais aussi de mes neurones.

 

Donc mon histoire avec la lecture a d’abord été précédée d’une petite histoire avec l’écriture.

 

Mais ce n’est pas tout. 

 

A suivre…

Lettre au père

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Il m’arrive d’imaginer la carte de la terre déployée et de te voir étendu transversalement sur toute sa surface. Et j’ai l’impression que seules peuvent me convenir pour vivre les contrées que tu ne recouvres pas ou celles qui ne sont pas à ta portée. Étant donné la représentation que j’ai de ta grandeur, ces contrées ne sont ni nombreuses ni très consolantes.

La représentation mentale d’un père immense n’a jamais été aussi bien exprimée par un homme ou une femme de lettre.  Le célèbre écrivain tchèque Franz Kafka nous livre ici l’une des plus intenses et des plus profondes déclarations d’un fils envers la grandeur de son père.

L’art du cuir au Maroc

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Si le célèbre dicton Une image vaut mille mots avait un corps, l’image ci-dessous en serait l’âme.

Et pour cause.

Elle raconte l’histoire mythique d’une pratique millénaire dans un pays aux mille et un trésors engloutis jalousement en son sein: il s’agit de la légendaire fabrication artisanale du cuir au Maroc.

Au milieu des ruelles étroitement juxtaposées, pullulent à Fès et à Marrakech, entre autres, des tanneries de fortune, où la peau en provenance de différentes origines bestiales (mouton, chèvre, vache…) est manuellement tannée, séchée, teinte, embaumée par des artisans dévoués corps et âme au cuir, cet objet de luxe moult fois convoité et qui, depuis la nuit des temps, continue de nourrir les fantasmes les plus glamours ainsi que les envies les plus glauques.

C’est dire que le tannage du cuir est une invention marocaine. D’ailleurs par maroquinerie, on désigne la confection de sacs, de portefeuilles, de ceintures et de tout autre objet décoratif à base de cuir. Historiquement parlant, la maroquinerie doit incontestablement son origine au mot Maroc, lieu d’invention du travail très perfectionné de la peau du cuir. Déjà en 1180, on assiste à la prolifération des tanneries à Fès, alors sous le règne des Almowahidines (Almohades) qui ont fait d’elle la capitale mondiale du savoir des Oulémas et le berceau international du savoir-faire des artisans.  Et ce n’est pas le seul mot qui a inspiré les métiers liés au traitement du cuir. La technique du cuir fut transmise par les marocains à l’Europe à travers l’Andalousie musulmane. On parle de cuir cordouan, de la ville de Cordoue (qortoba) d’où dérive le mot que l’on utilise couramment aujourd’hui: cordonnier.

tanneriemaroc

C’est ainsi que nous comprenons les motifs qui auraient amené le créateur de parfums de luxe, Serge Lutens, à concevoir la sublime fragrance Cuir mauresque, dont il a été inspiré lors d’une visite à la ville impériale de Marrakech. Une fragrance qui se veut, selon les mots de son créateur, un hommage à l’âge d’or des Arabes en Andalousie, au moment où le cuir était synonyme de richesse et d’opulence frôlant même la sacralité des objets saints. 

« Quand les Maures étaient à Cordoue, c’est ainsi que l’on parfumait les cuirs : sur de l’écorce d’acacia, les peaux étaient tannées !», lit-on en guise de signature qui accompagne le Cuir mauresque.    

Dans un idyllique mélange sensoriel stimulant, à la fois olfactif, visuel et tactile, une myriade de peaux tannées font de ces milieux artisanales la source intarissable de créativité presque inégalée, donnant vie à des morceaux de cuir qui se rassemblent, certes, mais qui ne se ressemblent absolument pas. Chaque morceau est authentique. Chaque couleur est unique.

Un mélange enivrant d’odeurs et de couleurs nous fait voyager à travers les temps immémoriaux, ce qui fait du cuir la matière noble par excellence combattant le temps et résistant à l’usure. En paraphrasant le créateur du Cuir mauresque, je serais tenté de conclure par ces mots:La nuit descend sur une mémoire encore brûlante laissant place aux saveurs odoriférantes, ambrées, confites, crées par l’alchimiste: ce talentueux maître tanneur marocain.

Mes hommages à tous ces amoureux du cuir, ces artisans de l’authentique, les tanneurs de mon pays.

 

 

Les 3 niveaux de la communication verbale

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Toute communication verbale (linguistique) est essentiellement basée sur trois (3) niveaux hiérarchiques. C’est ce qu’il est convenu d’appeler en pragmatique, les trois (3) fonctions du langage: 1- fonction linguistique; 2- fonction sémantique; 3- fonction pragmatique.

En termes simples, voici un exemple qui illustre l’une des situations de communication où les 3 niveaux de la communication verbale sont impliqués:

Taha, la chambre de ta sœur Fatima est plus propre.

Une telle phrase prononcée par une maman et adressée à son garçon, Taha, est tout à fait banale. On la retrouve dans presque toutes les situations de communication au sein d’une famille peu importe sa culture et son origine. Quelles sont donc les 3 niveaux de communication impliqués? En d’autres mots, quelles sont les 3 fonctions qu’assume une telle déclaration faite par une maman envers son fils?

  1. niveau linguistique: Taha, la chambre de ta sœur Fatima est plus propre a tout d’abord une fonction de base, élémentaire, toutefois essentielle à toute communication intelligible. Elle est prononcée en français, selon ce que nous connaissons des règles de base de la syntaxe et de la grammaire de cette langue. En d’autres termes, si la structure de la phrase subissait un chamboulement dans l’ordre des mots et de la syntaxe, elle perdrait toute sa signification élémentaire:  Chambre la Fatima est ta propre sœur, par exemple, serait une phrase totalement absurde – du moins pour le commun des mortels connaissant les bases rudimentaires de la langue française. Un poète surréaliste trouverait dans cette absurdité l’expression subtile d’une quelconque mysticité du langage; mais ici nous nous adressons au « commun des mortels », donc le poète et sa mysticité sont exclus d’office.

Peu importe la langue dans laquelle la phrase a été prononcée, du moment qu’elle respecte la structure élémentaire des règles de base de la syntaxe et de la grammaire, elle assume une fonction linguistique. Ceci est le 1er niveau de la communication verbale.

 

 2.  niveau sémantique:  Taha, un nom arabe commun, signifie qu’il s’agit d’un garçon. La fonction conative, c’est-à dire, celle qui consiste à interpeller une personne est ici mise en jeu : Hey, toi, Taha, c’est à toi que je m’adresse! Ce qui exclue ipso facto toute autre personne présente au moment de la communication entre la maman et son fils (au cas où Taha aurait d’autres frères et sœurs à part Fatima et qui seraient aussi présents à cet instant précis).  À ce stade du niveau sémantique nous apprenons tout d’abord que Taha a une sœur Fatima.

La chambre de ta sœur Fatima est plus propre nous apprend par la suite que chacun des deux enfants a une chambre propre à lui. Cet indice (détail) pourrait aussi nous révéler d’autres informations sur le niveau social et économique de la famille en question: une famille de la classe moyenne? peut-être. Une famille qui vit toute entassée dans un taudis? Certainement pas.

La propreté est également un signifié important dans la situation de communication à laquelle nous avons affaire. Nous avons ici une maman attentive à la salubrité du lieu et tient à le rappeler à son fils, Taha, en évoquant l’exemple de sa sœur, Fatima. Le sens de la phrase serait en toute vraisemblance: La chambre de Fatima est plus propre (que la chambre de Taha). Le superlatif (plus propre) sert ordinairement à comparer au moins deux réalités en mettant le sujet au-dessus de tout autre objet de la même catégorie (ici, la chambre de Fatima présentée comme SUPÉRIEURE à celle de Taha en termes de propreté). Même s’il n’a pas été dit clairement dans la phrase en question, nous ne manquons pas de comprendre que le sens caché (souhaité, pour autant) est celui-ci: Taha, ta sœur est plus propre que toi.    

Cela dit, il n’en demeure pas moins vrai qu’une question reste suspendue: quelle est la finalité d’une telle déclaration de la maman? que cherche-t-elle à transmettre comme message, puisqu’aucune communication n’échappe à cette règle: toute communication cherche à véhiculer un message? C’est le 3ème niveau de la communication qui nous livre les éléments de réponse.

3. niveau pragmatique: Taha, nous l’avons appris à notre dépens, est un garçon qui, selon les propos (cachés) de sa propre maman, n’arrive pas au même niveau de propreté que sa sœur Fatima. Pour que la maman s’adresse à lui d’une telle façon (au lieu de lui faire savoir tout simplement que sa chambre est plus sale), elle cherche certainement à ce que son fils fasse bonne impression en matière de propreté. Il n’est pas non plus exclu qu’elle souhaite que Taha PASSE À L’ACTION immédiatement, en faisant preuve de plus d’enthousiasme quand vient le moment de ranger et de nettoyer sa chambre. En clair, la maman veut que Taha agisse en utilisant une stratégie langagière basée sur le défi et la mise en comparaison: SUIS le modèle de ta sœur et RENDS ta chambre aussi propre! Voilà le message que nous livre la maman. Elle ne le dit pas; il ne se trouve pas dans la phrase…et pourtant, il est la FINALITÉ de la communication verbale qui nous concerne. C’est ce qu’on appelle, la fonction pragmatique du langage.

En résumé, toute communication verbale assume essentiellement 3 fonctions de base:

1- linguistique, quand elle est prononcée de façon intelligible selon les règles élémentaires de la langue (ou du dialecte) en question. Si elle ne répond pas à ce critère rudimentaire, elle est rejetée par celui qui la reçoit.

2- sémantique, lorsqu’on se demande la signification de telle ou telle phrase. On l’interprète selon ce qu’elle est censée livrer comme message direct (sens premier) ou caché (latent). Afin d’éviter toute confusion donnant lieu à une mauvaise interprétation, il est recommandé de poser la question à l’interlocuteur pour être sûr d’avoir compris ce qu’il cherche à faire comprendre).

3- pragmatique, c’est la finalité de toute communication. Agir sur celui qui est censé être impliqué, interpellé. Faute de quoi, elle risque de perdre non seulement de son efficacité mais surtout de son utilité: à quoi bon alors?

 D’autres exemples du genre? Tous les messages publicitaires ont pour finalité la fonction pragmatique du message: voir le consommateur à l’ACTION, c’est-à-dire ACHETER le produit en question.

La connaissance d’une telle hiérarchisation de la langue parlée vous permettra de mieux ordonner les informations que votre interlocuteur essaie de vous transmettre. Elle a aussi l’avantage de comprendre davantage le sens (immanent ou caché) de son message. Enfin, vous aurez plus de chance de vous prémunir des possibles manipulations que votre interlocuteur tentera de mettre subrepticement en place afin de vous amener à agir (dans le sens qu’il souhaite).

Bonne lecture.

 

 

 

Ces malades qui nous gouvernent

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D’entrée de jeu, sans détour rhétorique ni fla-fla sémantique, j’atteste ceci: la plupart des dirigeants qui nous gouvernent dans notre monde arabe sont atteints de ce terrible syndrome de l’ego démesuré dont les conséquences sur nos populations sont – comme nous sommes en train de le constater, hélas! – encore plus dévastatrices. Cela me rappelle un excellent livre que j’avais lu quand j’avais 16 ans: Ces malades qui nous gouvernent, écrit par deux brillants esprits, Pierre Accoche et Pierre Rentchnick. Dans leur fameux livre, ils relataient des histoires peu connues du grand public concernant l’état de santé (mentale et physique) des grands dirigeants du monde, en essayant avec brio, de mesurer son influence sur le déroulement des événements de l’histoire de leurs peuples respectifs – et de l’Histoire tout court.

En interrogeant l’éminent professeur Jean Bernard, voici ce que les auteurs du livre nous révèlent d’inquiétant sur ce sujet:

 

Lorsque j’ai soigné des hommes politiques de haut rang, j’ai souvent été surpris de la crédulité que manifestaient ces dirigeants vis-à-vis des médecines parallèles…. Il faut tenir compte de la mentalité très particulière de ces malades qui nous gouvernent et qui refusent d’une part, de considérer leur état de santé comme incompatible avec la direction d’un pays ou d’une armée, et d’autre part, d’admettre que les conséquences de leur maladie peuvent être graves pour leurs concitoyens…

 

Bien que les résultats du livre aient été publiés il y a plusieurs décennies, ces révélations ne sont, aujourd’hui, qu’encore plus vraies – pour ne pas dire…plus désastreuses. S’agissant des dirigeants malades du Monde arabe, pour combien de temps encore devrions-nous payer les frais de leur sinistre psychose?

L’art de réaliser son rêve

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Dans le premier article consacré au roman Le lecteur de cadavres, j’ai promis de partager avec vous quelques extraits du livre susceptibles de nous inspirer quand vient le moment, à une période cruciale de notre vie, de faire le choix: céder ou persévérer dans le chemin qui conduit à la réussite et à l’épanouissement personnel. Chose promise, chose due.

En guise de prélude, j’aimerais évoquer un célèbre hadith de notre Prophète (le modèle suprême de persévérance et de tolérance), selon lequel, « Deux n’apprendront jamais: le timide et l’arrogant ». C’est exactement dans cet esprit d’apprentissage et des véritables obstacles que cela semble souvent occasionner, que s’inscrivent les quelques passages du roman auquel nous avons affaire ici.

Ces quelques passages du Lecteur de cadavres arrivent dans le roman au moment où Cí Song, le personnage principal – jeune paysan, inconnu, fugitif, affamé, sans abri ni famille- devrait convaincre les membres de la prestigieuse académie de droit où sont formés les meilleurs juges du pays. La tâche n’est pas mince. Loin s’en faut. Comme je l’ai mentionné dans l’article précédant, les juges de l’époque, de part leur mépris total de la médecine et des médecins, n’étaient pas obligés de connaître les rudiments de la médecine en général, encore moins de la médecine légale pour occuper leur poste à la magistrature. Cí Song viendra à un point nommé changer la donne…et les habitudes vieilles et désuètes, ancrées dans les mœurs sans nécessairement avoir envie de céder le chemin aux nouvelles pratiques scientifiques, que lui et son maître prennent le risque de leur proposer. Face au dénigrement total de sa personne et aux préjugés enracinés à l’encontre de la chirurgie, que devrait-il faire afin de se tailler une place de choix parmi les décideurs du pouvoir? Abandonner, en baissant les mains? S’il le fait, il n’existera plus. Voici comment il a choisi de réagir face au défi colossal qu’exige l’épineux parcours de celui qui veut apprendre.

Ni timide, ni arrogant. Sommes-nous prêts à agir de même?

Lorsque la présentation fut terminée, Ming céda l’estrade à Cí. C’était le tour des professeurs. Cí chercha parmi leurs visages une expression aimable, mais il se trouva face à une rangée de statues. Les premiers professeurs l’interrogèrent sur sa connaissance des classiques, un second groupe sur les lois et quelques autres sur la poésie. Ensuite, quand vient le tour des objections, un professeur maigre aux sourcils exagérément fournis prit la parole.

– sans aucun doute […], il est parfois difficile de distinguer entre l’éclat de l’or et le brillant du laiton…Cependant, et comme tu devrais le savoir, la résolution des crimes et l’application ultérieure de la justice exigent un examen qui dépasse les simples conjectures sur le qui ou le comment. La vérité ne resplendit que lorsqu’on comprend les motifs qui poussent à œuvrer, lorsqu’on comprend les inquiétudes, les situations, les causes…Quelque chose qui ne se trouve ni dans les blessures ni des les entrailles. Et pour cela il faut des personnes cultivées dans l’art, la peinture et dans les lettres.

Muet, Cí contemplait le professeur qui venait d’exprimer ses objections. Il admettait sa part de raison, mais divergeait sur son total mépris de la médecine. Si les juges se montraient incapables de distinguer une mort naturelle d’un assassinat, comment diable excerceraient-ils la justice? Il y réfléchit avant de répondre.

– Honorable professeur, je ne me présente pas ici pour gagner une bataille, le complimenta-t-il. Je ne prétends pas faire prévaloir le peu que je sais, ni abaisser le mérite de tout ce que savent les maîtres et élèves qui habitent cette académie. Je veux seulement apprendre. La connaissance ignore les murailles, les limites ou les compartiments. Elle n’entend rien non plus aux préjugés. Si vous m’acceptez parmi vous, je vous assure que je travaillerai aussi dur que le meilleur, jusqu’à abandonner, s’il le faut, ces viscères qui vous importunent tant.

Un gros professeur mou avec une bouche de cul de poule leva le bras pour intervenir…

– A ce que je vois, hier tu as flétri l’honneur de cette académie en faisant irruption comme un sauvage, et cela me rappelle un citoyen dont ses voisins me disaient: « D’accord, c’est peut-être un voleur, mais un merveilleux flûtiste. » Et sais-tu ce que je leur ai répondu? « D’accord, c’est peut-être un merveilleux flûtiste, mais c’est un voleur. »[…]

Quelle part de vérité y a-t-il en toi, Cí, Celle du garçon qui désobéit aux ordres mais qui lit dans les cadavres, ou celle du garçon qui lit dans les cadavres, mais désobéit aux ordres? Plus encore: pourquoi devrions-nous t’accepter dans l’académie la plus respectable de  l’empire un vagabond comme toi?

Cí frémit. Il avait donné pour acquis que Ming, en sa qualité de directeur, aurait fait prévaloir son opinion, mais, étant donné les circonstances, il décida de modifier son discours.

– Vénérable maître (de nouveau il s’inclina), je vous prie d’excuser mon inacceptable comportement. Ce fut un acte honteux qui n’a obéi qu’à mon inexpérience, à l’impuissance et au désespoir. Je sais que cela ne m’excuse pas, et qu’en tout cas je devrai montrer par des faits que je mérite votre confiance.

(Il fit une nouvelle révérence et se tourna vers le reste de l’assemblée).

Les hommes commettent des erreurs. Même les plus sages. Et je ne suis qu’un jeune paysan. Un jeune paysan avide d’apprendre. Et n’est-ce pas ce que l’on pratique ici? Si je connaissais toutes les règles, si je respectais tous les préceptes, si je n’abritais pas en moi la nécessité de connaître, pourquoi aurais-je besoin d’apprendre? Et comment pourrais-je alors éviter ce qui me rend imparfait?

J’ai aujourd’hui devant moi une opportunité aussi grande que la vie, car qu’est la vie sans connaissance? Il n’y a rien de plus triste qu’un aveugle ou un sourd. Et moi, dans une certaine mesure, je le suis. Permettez-moi de voir et d’entendre, je vous assure que vous ne le regretterez pas.

Quelle prestation! Si seulement nous devions agir avec la même perspicacité, le même souffle, la même conviction, la même reconnaissance des erreurs…et surtout, avec le même respect que nous doivent ceux qui savent beaucoup plus que nous…Nous serions tous de véritables leaders capables de changer le monde autour de nous.

Et quand venait le moment de lui demander: pourquoi voudrais-tu intégrer notre académie?, Cí Song ne trouva qu’une seule réponse (qui devrait être la nôtre) :

– Parce que c’est mon rêve.
Et vous, quel est votre rêve? Que faites-vous pour le réaliser?

 

A suivre…

« Le lecteur de cadavres », les origines de la médecine légale

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Je suis sur le point de terminer une corvée, une magnifique corvée qui a débuté vers la fin de l’année: la lecture du roman historique « Le lecteur de cadavres ».

Plus de 600 pages, une fresque romanesque richement documentée, une immersion éblouissante dans la Chine du XIIIe siècle avec toutes ses contradictions: ses bassesses, ses tartufferies, ses crimes, ses rites, ses « fleurs » – nom donné à l’époque aux vendeuses de charme; mais aussi ses érudits, ses lois, son raffinement, ses complots meurtriers. Ce sont les principaux ingrédients que nous propose l’auteur espagnol Antonio Garrido dans ce fabuleux roman historique de la Chine du Moyen-âge. Le roman met en scène la vie – tumultueuse – de Ci Song, un paysan qui a réellement existé, et qui a été condamné dès son très jeune âge à fuir son village natal pour un ou des crimes qu’il n’avait jamais commis. Bien au contraire. Des crimes qu’il est le seul à pouvoir résoudre grâce à son don inné d’abord, peaufiné par la suite, pour l’observation et l’analyse des causes et conséquences d’un crime…presque n’importe quel crime. Ces talents surnaturels lui valent le titre de « Lecteur de cadavres »; un titre qui s’avérera à la fois prétentieusement mérité et dangereusement porté.

C’est en plongeant dans la Chine du XIIIe siècle que nous comprenons un peu mieux les raisons du réel danger que court celui qui porte un tel titre. C’est qu’à l’époque, la médecine n’était en aucun cas considérée comme une science – mais plutôt un charlatanisme – qui ne pourrait jouir du respect de la communauté savante de l’époque (qui ne jure que par les Arts et les Lettres). D’autant plus, en Chine de l’époque il est strictement interdit de procéder à une chirurgie sur un corps vivant – ce qui serait considéré comme un crime. Encore moins sur un cadavre – ce qui serait totalement jugé comme un crime blasphématoire conduisant son auteur tout droit à sa mort. De telles considérations nous paraissent aujourd’hui hilarantes, pour ne pas dire stupides. Or, c’est ce que préconisent à l’époque les préceptes fondamentaux du confucianisme, l’une des plus grandes écoles  philosophiques, morales et politiques en Chine dont l’enseignement est développé à partir de l’œuvre philosophique attribuée à Kongfuzi  (551-479 av. J.-C.), connu en Occident sous le nom latinisé de Confucius.

Cela dit, l’intervention de Ci Song sur les cadavres doit se pratiquer dans la plus haute discrétion. Pire. Sous les ordres personnelles de l’Empereur. S’il arrive à identifier les causes du décès, c’est l’accès à la gloire. S’il échoue…c’est la mort.

Et c’est un peu cela le contexte socio-historique qui voit naître Ci Song, « Le lecteur de cadavres », considéré comme le premier médecin légiste de l’histoire.

Dans le prochain texte, je mettrai en ligne quelques passages du livre qui inspirent un immense enseignement en matière de persévérance, que j’aimerais partager avec mes chers lecteurs afin d’en tirer le meilleur des exemples à suivre quand vient le moment de faire le choix: céder ou persévérer dans le chemin qui conduit à la réussite et à l’épanouissement personnel.

 

A suivre…

Autour d’une tasse de thé avec les sages (3)

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Je me souviens de mes premiers cours de communication politique dans lesquels nous devions analyser le traitement médiatique des plus grands événements qui ont marqué l’actualité. Nous nous efforcions de décoder les messages cachés que les médias – pour des raisons tactiques – n’avaient pas intérêt à ce que le grand public les déchiffre. Très souvent, grâce à des techniques sophistiquées de communication stratégique (Agenda Setting, Gate Keeper, Effet paravent, etc.), ce sont les grands médias, dotés d’un immense pouvoir quant au choix et au filtrage de l’information qui devrait retenir l’attention du moment, qui livrent avec l’événement le sens que ce dernier devrait prendre au sein de l’opinion publique. De véritables créateurs de nouvelles, les médias sont aussi de puissants créateurs de significations.  Mettre à la Une un événement pour qu’il retienne l’attention du moment – au détriment d’autres événements qu’ils décident de négliger- veut aussi dire décider de la signification de tel ou tel événement. C’est pendant mes premiers cours de communication politique que je réalisais, à ma grande déception, que les médias, contrairement à l’idée naïve que j’avais – et que plusieurs d’autres ont encore – ne se limitent pas à « décrire objectivement » la réalité telle quelle, mais, dans bien dans cas, la filtrent, la maquillent, l’embellissent ou l’enlaidissent…Pire: ils l’inventent. Selon les besoins du moment. Les exemples qui me viennent à l’esprit au moment de rédiger ce billet sont nombreux, mais je vais me contenter d’en citer un: celui des Tablibans en Afghanistan. L’exemple des Talibans a depuis les années 1999, retenu l’attention de la planète entière: surgis de nulle part, ces hommes décrits comme des ennemis de la civilisation et de la modernité, le cauchemard vivant des femmes, aux antipodes de la démocratisation – et de l’occidentalisation – des nations anéanties par les guerres et les injustices sociales, ces élèves des madrassa coraniques (d’où leur nom taliban) par quelle mauvaise fortune se trouvaient-ils, du jour au lendemain, propulsés en avant-scène de la politique internationale causant ainsi l’un des facteurs majeurs de déstabilisation sociale et politique non seulement de l’Afghanistan qui se remettait à peine de ses blessures profondes causées par les déchirantes guerres successives contre l’ex URSS, avant de plonger dans des guerres fratricides non moins sanglantes, mais aussi de toutes les régions du monde où le mot « guerre anti-terroriste » pouvait servir de « raison morale » de frapper? De frapper fort?! Afin de répondre à une telle question, la plupart des médias véhiculaient l’explication d’apparence quasi logique – comme allant de soi – selon laquelle, les Talibans sont une organisation terroriste qu’il faudrait indiscutablement éradiquer afin de permettre au peuple afghan de goûter, enfin, au nectar de la liberté (occidentale). Ce n’est peut-être pas par hasard que les armées américaines et canadiennes qui étaient déployées en Afghanistan diffusaient sur les ondes de la radio locale, des chansons de la star québécoise, Céline Dion!

Mais était-ce vraiment la vraie raison de s’attaquer au Taliban?

Ce que les médias ne nous disaient pas – et ne nous disent toujours pas – à propos des véritables raisons de la guerre menée par les Américains et leurs alliés contre les Talibans, n’a tout simplement rien à voir avec je ne sais quel sens moral de libérer le peuple afghan de je ne sais quelle barbarie de ces élèves des madrassa coraniques. Le véritable enjeux se situe…ailleurs. C’est l’OPIUM. Il ne faut pas quitter de l’esprit que l’Afghanistan est le premier producteur mondial de l ‘opium, cette substance quasi indispensable pour la fabrication de  médicaments, certes, mais aussi ET SURTOUT de drogue.

Drogue maudite, l’opium a depuis l’antiquité été à l’origine de plusieurs guerres.

Les répercussions du commerce de l’opium ont eu un retentissement considérable dans l’histoire du monde. L’on peut par exemple citer les deux Guerres de l’Opium au milieu du XIXème siècle qui ont soumis la Chine aux traités inégaux des puissances européennes et surtout l’Empire Britannique qui prit ainsi possession de Hong-Kong jusqu’à 1997. La France en interdit la consommation en 1908 et légifère sur les drogues en 1916. (Peut-on lire dans la rubrique Santé du Figaro)

Juste avant d’entendre parler des Talibans, le contrôle absolu de l’opium était confié à nulle autre que la fameuse bourse américaine, The Wall Street. Elle en gérait la production, le traitement et, bien évidemment, l’exportation et la commercialisation. Le revenu engendré était hallucinant. Or, lorsque les Talibans ont pris le contrôle de la production de l’opium – il fallait bien que quelqu’un se réveille un jour et réclamer son dû – The Wall Street voyait ses bénéfices nets reculer de pratiquement 98%! Une catastrophe financière pour l’organisme qui ne jure que par les sous. Que fallait-il faire? Créer un événement. C’était la fausse guerre anti-terroriste. C’était les Taliban. La suite nous la connaissons tous.

Cet exemple et bien d’autres illustrent à quel point le grand public est très souvent mis en index lorsqu’il s’agit de comprendre le déroulement des événements majeurs qui ont une répercussion imminente sur le cours de l’histoire. Très souvent, les grands médias usent – et abusent – de leur pouvoir d’accès privilégié à l’information, afin de servir – hélas! – non pas la vérité tel qu’ils prétendent, mais plutôt les grands intérêts des puissances politiques, économiques et militaires dominantes.

Enfin, dans le même ordre d’idées, et pour rester fidèle au rendez-vous, nous allons prendre une tasse de thé en compagnie de Dan Gardner, un grand journaliste et essayiste canadien, ancien conseiller du Premier ministre en affaires judiciaires, qui signe un brillant essai sur les politiques de la peur dont abusent les médias et les décideurs afin de servir des intérêts sordides souvent non avoués. 

Pages 227-228 de son essai, Risque. La science et les politiques de la peur. Aux éditions Logiques.

Le terrorisme est certainement un scénario de grande importance aujourd’hui, comme il l’est depuis un certain temps, mais la situation était différente il y a une dizaine d’années[…]Les attaques commises le 11 septembre 2001 […] ont mis au premier plan l’histoire du terrorisme islamiste, qui demeure omniprésente aujourd’hui. C’est ce qui explique que, lorsqu’un kamikaze s’est fait exploser à l’extérieur du stade bondé de l’Université d’Oklahoma, le 1er octobre 2005, les médias ont à peine mentionné l’événement. Le kamikaze en question, Joel Henry Hinrichs III, n’était pas musulman. C’était un jeune blanc perturbé, amateur d’explosifs, qui avait apparemment eu l’intention initiale de faire exploser une bombe identique à celle qu’avait fait détonner Timothy McVeigh [un autre extrémiste américain antigouvernemental, auteur d’un sanglant attentat à la bombe perpétré à Oklahoma City en 1995]. Il a donc été considéré comme un événement local mineur et a été rapidement oublié.

Le même phénomène s’est de nouveau produit en avril 2007, après l’arrestation à Collonsville (Alabama) de six hommes blancs membres de la « Milice libre de l’Alabama ». La police a alors saisi une mitraillette, un fusil, un fusil à canon scié, deux silencieux, 2500 cartouches et divers explosifs artisanaux, dont 130 grenades et 70 dispositifs explosifs improvisés semblables à ceux qu’utilisent les insurgés iraquiens […] Lors de l’enquête sur sa mise en liberté, un policier fédéral a révélé que la milice avait planifié une attaque à la mitraillette contre des résidants hispaniques d’une petite ville voisine. Les médias n’ont manifesté aucun intérêt à ce sujet et l’histoire a pratiquement été passée sous silence. Mais l’arrestation, une semaine plus tard, de six musulmans accusés de complot en vue d’une attaque contre Fort Dix a été traitée par les médias comme un événement majeur à l’échelle internationale, même ces hommes n’étaient pas plus liés à des réseaux terroristes que ne l’était la « Milice libre de l’Alabama » et même si leurs armes n’étaient en rien comparables à l’arsenal des membres de ladite milice.

Autour d’une tasse de thé avec les sages (2)

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Aujourd’hui, on prend notre tasse de thé en compagnie de l’un des penseurs marocains les plus prolifiques – à en juger par l’oeuvre colossale qu’il nous lègue. Il s’agit du professeur et futurologue Mehdi El Mandjra, mort en 2014 à Rabat dans l’obscurité totale.  Ovationné (surtout) à l’étranger pour la grande qualité de ses analyses sur les véritables enjeux des dialogues interculturels entre l’Orient et l’Occident, il fut considéré par plusieurs comme étant le père de la notion des « guerres des civilisations », principale caractéristique qui sous-tend les nouveaux conflits entre les différentes nations à l’échelle planétaire. Une problématique quasi fétiche de l’auteur puisqu’il lui avait consacré une pléthore d’études et d’articles scientifiques publiés dans une vingtaine de langues, dont certains sont regroupés dans son livre La Première guerre civilisationnelle (en parlant de la première guerre du Golf en 1990). Précédant ainsi d’un an la publication par Samuel Huntington de son désormais célèbre article où il repend le concept de M. Elmandjra sur le « Clash des civilisations ».

De son vivant, il a été un ardent défenseur de la cause palestinienne et du droit des peuples à la préservation de leur mémoire collective. Dans l’un de ses livres, La valeur des valeurs, il écrit: « La mémoire : une valeur qui donne au temps son harmonie entre un passé qui se renouvelle, un présent éphémère et un avenir éternellement ouvert ». Pour lui, On ne  tourne pas les pages, on les relit régulièrement… » On peut détruire les infrastructures matérielles mais on ne détruit pas la mémoire d’un peuple comme le savent ceux qui aujourd’hui, en Israël, procèdent à des éliminations ethniques…

Afin de mieux comprendre l’ampleur – et la gravité – des plus grands conflits actuels que connaît notre époque contemporaine, il faudrait, selon Elmandjra, faire un tour du côté de la notion de « culture ». À ses yeux,    « Le commerce des idées et le monde de la créativité ne se négocient pas à la manière des accords du libre échange et ne se prêtent pas aux règles qui régissent les produits agricoles ou industriels. On n’occupe pas le champ culturel comme on occupe un champ de bataille. Tout ce que l’on réussit, c’est exacerber d’un côté l’ethnocentrisme et l’arrogance culturelle caractérisant l’attitude d’un grand nombre de pays occidentaux, et accentuer d’un autre côté la résistance de la majorité des peuples aux agressions culturelles ».

Quiconque connaît l’oeuvre de Elmandjra sait à quel point il avait, de son vivant, affectionné le modèle culturel et économique japonais. Pour lui, l’exemple du Japan démontre que « toute modernisation n’est pas forcément une occidentalisation ». On comprend pourquoi il passait une grande partie de sa vie au sein de comités scientifiques japonais puisque le Japan l’avait décoré en 1986 Ordre du Soleil Levant, la plus haute distinction décernée au Japan. Pacifiste convaincu, il a eu également droit, en 1995, à la Médaille de la paix de l’Académie d’Albert Einstein.

Dans La valeur des valeurs, ils écrit:

« Dans une émission consacrée à la prospective, il y a déjà plus de vingt ans, j’avais insisté sur le fait que l’Occident souffrait de trois obsessions : la démographie, l’Islam et le Japon (Dossiers sur l’Ecran- TF1, 24- 06- 1980). Aujourd’hui, la peur de l’immigration a remplacé celle de la démographie, la peur de la Chine s’est substituée à celle du Japon alors que la peur de l’Islam s’est amplifiée sous la forme d’une islamophobie à visage découvert où l’on associe ouvertement Islam et terrorisme en ayant recours au terrorisme sémantique et au matraquage médiatique. On oublie que dans le monde musulman, le mot paix (essalam) est prononcé en moyenne un milliard de fois toutes les heures, soit près de 17 millions toutes les minutes ». [Puisque le mot (essalam) doit être répété dans les cinq prières quotidiennes dans le rite musulman].

Autour d’une tasse de thé avec les sages (1)

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Aujourd’hui, une nouvelle vague de violences meurtrières touche les quatre coins du monde au nom de je ne sais quelles identités sanglantes : des innocents terrorisés; des vieillards épouvantés; des enfants abandonnés; des mères violées; des pères assassinés; des diplômés humiliés; des jeunes évadés; des terres brûlées; des cimetières surchargés. Rien ne va plus. À qui la faute? A qui devrait-on porter le blâme? Qui paiera le prix?  L’heure est au recueillement. Une introspection est nécessaire, certes; une auto-critique, aussi. Quoique, comme disait mon voisin, un vieux Québécois de la classe moyenne: Quand les passions sont déchaînées, inutile de me demander de faire preuve de sagesse; tout se mélange dans ma p’tite tête.

Comme je n’ai pas d’autres sages à qui je pourrais demander sinon une explication, du moins une clarification de cette opiniâtreté incendiaire , je me dirige vers les livres en nourrissant mon espoir de pouvoir y trouver un brin de réponse à mes multiples interrogations. Y aurait-il meilleur compagnon dans nos incertitudes qu’un livre, « ce grand ami de l’homme », selon l’expression d’Al-Jahid?  

Pour ce faire, je vous invite à des séances paisibles de lectures éclectiques autour d’une tasse de thé en compagnie de grands auteurs qui ont déjà réfléchi sur les maux de notre monde contemporain. Je vous propose une sélection « spontanée » de quelques extraits de livres qui, à mon avis, pourraient nous éclairer dans toute cette obscurité qui empêche les rayons de soleil de nous réchauffer. Je l’alimenterai au fur et à mesure que mes notes de lectures le permettent.

J’aimerais entamer cette série de citations par un extrait direct, franc, subversif, tiré d’un livre de Amin Maalouf, intitulé Les désorientés. Je le dédie exclusivement à nos jeunes diplômés marocains qui se font humilier chaque jour par le gouvernement en leur refusant presque tout, y compris leur droit à la dignité:

Tout homme a le droit de partir, c’est son pays qui doit le persuader de rester – quoi qu’en disent les politiques grandiloquents. « Ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande-toi ce que tu peux faire pour ton pays ». Facile à dire quand tu es milliardaire, et que tu viens d’être élu, à 43 ans, président des Etats-Unis d’Amérique! Mais lorsque, dans ton pays, tu ne peux ni travailler, ni te soigner, ni te loger, ni t’instruire, ni voter librement, ni exprimer ton opinion, ni même circuler dans les rues à ta guise, que vaut l’adage de John F. Kennedy? Pas grand-chose! C’est d’abord à ton pays de tenir, envers toi, un certain nombre d’engagements. Que tu y sois considéré comme un citoyen à part entière, que tu n’y subisses ni oppression, ni discrimination, ni privations indues. Ton pays et ses dirigeants ont l’obligation de t’assurer cela; sinon, tu ne leur dois rien. Ni attachement au sol, ni salut au drapeau. Le pays où tu peux vivre la tête haute, tu lui donnes tout, tu lui sacrifies tout, même ta propre vie; celui où tu dois vivre la tête basse, tu ne lui donnes rien. Qu’il s’agisse de ton pays d’accueil ou de ton pays d’origine. La magnanimité appelle la magnanimité, l’indifférence appelle l’indifférence, et le mépris appelle le mépris. Telle est la charte des êtres libres et, pour ma part, je n’en reconnais aucune autre.

Comment gérer une crise: conseils d’un astronaute

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En lisant ce matin le magazine scientifique SCI-TECH diffusé par la chaîne Euronews, notamment dans sa rubrique « L’académie des astronautes », je me suis inspiré de l’entrevue accordée au Magazine par l’astronaute britannique Tim Peak, le premier astronaute britannique à effectuer un voyage vers la station spatiale internationale ISS, qui aura lieu le 15 décembre prochain.

À la question: « Qu’arriverait-il si les choses n’allaient pas comme prévu?», j’ai tout de suite pensé que cette question aurait un lien direct avec une autre du même  genre: « Comment gérez-vous une crise? » Car, à mon avis, c’est aussi cela une crise: un imprévu, une rupture, bref, une perturbation dans l’état  « normal » des choses. Voici la réponse de l’astronaute:

L’une des choses les plus dures pour un astronaute, confie-t-il, c’est d’apprendre à être efficace et à savoir s’adapter. Si quelque chose tourne mal à bord de la Station, il y a beaucoup de gens qui ont énormément réfléchi et passé du temps sur la manière dont on doit réagir à différents scénarios,” ajoute-t-il.

Voilà donc une première attitude – à la fois spontanée et réfléchie: savoir s’adapter à l’imprévu sans hésiter à demander l’avis des gens expérimentés. L’objectif immédiat consite à être efficace et résoudre le problème le plus rapidement possible.

En lisant la réponse de l’astronaute, j’avais envie de lui demander ceci : Bien, Mister Peak, on va suivre votre précieux conseil. Mais, juste une dernière question banale, à la manière de l’incohérent Detective Colombo: Et si la crise s’aggravait? Et si on avait épuisé toutes nos énergies sans que l’avis des gens d’expérience ne nous soit d’aucun secours? Que devrions-nous faire à ce moment-là?

Le malin Mister Peak semble bien formé à ce type de questions…aussi. Voici ce qu’était sa réponse:

Si par exemple, un débris heurte la Station et fait un trou dans ses parois, on doit identifier le module touché le plus rapidement possible et l’isoler pour éviter que toute la Station ne se dépressurise, explique l’astronaute avant de conclure : Si on n’y arrive pas, quand la situation commence à devenir dangereuse, on évacue la Station, on se réfugie dans notre vaisseau Soyouz, on le désamarre et on retourne sur Terre.

Laisser tomber et retourner sur terre. Voilà ce qu’en termes de gestion de crise, on pourrait appeler: L’ultime recours.

S’il n’y a plus rien à faire, cessez de vous épuiser pour rien; quittez le problème et, les plus important, n’hésitez pas à repartir à zéro.

Partir sur de nouvelles bases, plus solides et mieux réfléchies, vous aidera au moins à sauver votre peau en temps de crise si vous réalisez que la crise est en train de dévorer votre esprit. Et puisque  vous avez fait tout ce qu’il était de votre pouvoir afin d’éviter le pire, mais sans succès, ne pensez pas que c’est un échec, mais plutôt…une demi-réussite. La prochaine fois, faites en sorte que ce soit une réussite pleine.

En résumé, quand on est amené à gérer une crise, voici les étapes que je retiens de ce qui précède :

  1. savoir s’adapter;
  2. être efficace (droit au but);
  3. demander conseil aux gens expérimentés;
  4. isoler le vrai problème du reste;
  5. éviter le pire et abandonner;
  6. apprendre de ses erreurs.

 

 

 

ولكن لا حياة لمن تنادي

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في الوقت الذي تتحد فيه قوى العالم الغربي من أجل البقاء في الصدارة على شتى الأصعدة (اقتصاديا، سياسيا، ثقافيا، عسكريا بل و حتى ايديولوجيا)، تزداد شعوبنا تفتتا و انحطاطا.

بينما يتسابق شباب الدول المتقدمة نحو الابتكار و إيجاد بدائل ناجعة في تطوير القدرات الشخصية و تحديث آليات انتاج المعرفة و نشرها عبر العالم، تفقد شعوبنا خيرة شبابها (ممن يعول عليهم) في كهوف التطرّف المظلمة و براكين النزاعات الدامية.

سألت نفسي عن السبب، فلم أجد. و كأنني أسمع صوت عمرو بن معد يكرب يهمس في أذني حكمته الأزلية:

لقد أسمعتَ لو ناديت حياً
ولكن لا حياة لمن تنادي
و لو نار نفخت بها أنارت
ولكن أنت تنفخ في رمادِ

Apagogie,ou le raisonnement par l’absurde

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Quand un psychopathe – pour des raisons haineuses, vicieuses ou autres – sème la terreur auprès des gens innocents pour la simple raison qu’ils lui sont totalement différents, on appelle cela: la barbarie.

Quand le même individu, pour les mêmes raisons, commettant les mêmes actes, subit son procès devant un tribunal compétent selon les règles de l’art telles que stipulées dans toutes les lois du monde civilisé, on appelle cela: la justice.

Maintenant, quand le monde (dit civilisé) terrorise un milliard et demi d’innocents, parsemés dans les quatre coins du monde – des côtes de la méditerranée jusqu’au fin fond du continent asiatique – rien que pour leur faire payer le prix du geste sanguinaire commis par le psychopathe d’en haut, on appellerait cela sans peur de se tromper: l’apagogie.

En termes plus clairs, il s’agit de ce que la science de la logique désigne par le raisonnement par l’absurde. Étonnant de constater, au-delà des mots sophistiqués, que la culture populaire a, elle aussi, son mot à dire sur ce sujet pédant. Au Maroc, on a une expression dialectale selon laquelle: Le minaret s’est effondré, le barbier est pendu. Quel lien de cause à effet, quel rapport pourrait-il bien exister entre l’effondrement d’un minaret et l’exécution par pendaison du pauvre barbier du quartier? Ne cherchez pas longtemps, il n’y en a pas. C’est aussi absurde que cela. C’est aussi cela, une apagogie. Reductio ad absurdum 

Comment agit sur nous le phénomène de la manipulation.

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Pensez-vous être libre – complètement libre – dans vos prises de décisions quotidiennes? Croyez-vous dur comme fer que, dans la plupart des cas, vous n’agissez sous aucune pression individuelle ou sociale sur vous? Lorsque vous passez devant un magasin, quelles sont vos principales motivations qui vous poussent à acheter – ou à ne pas acheter – tel ou tel produit que vous en ayez réellement besoin ou pas? Aviez-vous soupçonné le fait que la publicité aurait très probablement une mainmise sur votre système nerveux à telle enseigne que vous ne savez même pas pourquoi vous aviez dépensé autant d’argent pour l’achat d’un produit plutôt qu’un autre? Avant d’aller voter pour une candidate ou un candidat aux élections, êtes-vous suffisamment certain(e) que vous mettez devant vous l’ensemble des arguments pragmatiques, rationnels et irréfutables qui vous incitent à inscrire un nom plutôt qu’un autre? Vous aidez les autres parce que vous croyez être une personne altruiste par «défaut» et que vous agissez dans le sens que vous dicte votre stricte «nature humaine» faite de compassion et pleine de bonnes intentions et que vous n’aidez personne sous l’influence de quiconque ni de quoique ce soit?  Si vous vous êtes posé(e) de telles questions et bien d’autres du même genre à un certain moment de votre vie, c’est que vous aviez ouvert la porte au fonctionnement de la manipulation ou à ce que les psychologues sociaux appellent: les origines de l’influence sociale.

En s’appuyant sur les fabuleuses avancées scientifiques sur le fonctionnement du cerveau, principalement en matière de cognition et de prise de décision, cette branche de la psychologie sociale tente principalement de démontrer, à l’aide d’exemples pratiques, que nous agissons très souvent sous influence et que nous sommes loin d’être à l’abri de la manipulation dans presque tous les aspects de notre vie quotidienne. Les célèbres expériences – aujourd’hui devenues classiques dans le domaine de la psychologie sociale – menées par les chercheurs (à l’instar entre autres de Morton Deutsch et Harold Benjamin Gerard, eux-mêmes influencés par les travaux de Muzafer Sherif et Solomon Asch) tentent de démontrer l’importance de l’influence sociale dans nos prises de décision individuelle. Les chercheurs, à l’aide d’exemples concrets in situ et d’autres mises en situation dans les laboratoires d’observation, essaient d’exposer les différentes techniques de manipulation mises en place par ceux qui les créent afin d’obtenir d’autrui (un individu ou un groupe d’individus) une action toute particulière qui va dans le sens qui leur convient. Parfois – sinon souvent – au détriment du libre choix du sujet manipulé.

Quelles sont ces techniques? Comment les reconnait-on? Quel est leur degré d’efficacité? Comment pourrait-on s’en prémunir? Afin de répondre à de telles questions, entre autres, l’émission suisse Specimen, diffusée sur la chaine SFR, s’est penchée sur la question de la manipulation sociale. On y trouve des exemples pratiques ainsi que l’avis d’experts, notamment en psychologie sociale et en marketing, susceptibles de nous donner une idée plus nette des rouages de la manipulation des esprits, ce qui, en les sachant, pourrait nous permettre d’y voir un peu plus clair surtout lorsque vient le temps de les voir se faire appliquer sur soi par autrui.

Bonne émission!

Tous manipulés! 1/7

Tous manipulés! 2/7

Tous manipulés! 3/7

Tous manipulés! 4/7

Tous manipulés! 5/7

Tous manipulés! 6/7

Tous manipulés! 7/7

Il ne faut pas se moquer des sentiments des vieux, parce que parfois ils se réalisent.

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Je tire l’essentiel de cette petite histoire qui suit d’un livre intitulé Je ne suis pas ici pour faire un discours de l’écrivain colombien, Gabriel García Márquez (prix Nobel de littérature en 1982).

Voici comment la raconte – à peu près – l’auteur lors d’un discours prononcé le 3 mai 1970 à Caracas, au Venezuela, dans lequel il raconte « comment il s’est mis à écrire »:

Imaginez un petit village avec une vieille femme et ses deux enfants, un garçon de dix-sept ans et une fille de quatorze. Elle leur sert le petit déjeuner et on voit qu’elle est très préoccupée. Ses enfants lui demandent ce qu’elle a et elle répond: « Je ne sais pas, je me suis réveillée avec le pressentiment qu’il va se passer quelque chose de très grave au village. »

Ils se moquent d’elle, lui disent que ce sont des pressentiments de vieille, des choses qui arrivent. Le fils s’en va jouer au billard et alors qu’il est sur le point de faire un carambolage très simple, son adversaire lui dit: « Je parie un peso que tu vas le rater. » Tout le monde rit, lui aussi, il joue et il manque son coup. Il donne à l’autre le peso et lui demande: « Mais que s’est-il passé? C’était un carambolage très facile. » Et il ajoute: « Il est vrai que ce matin ma mère m’avait dit qu’il allait arriver quelque chose de très grave au village. » Tout le monde rit, le gagnant rentre chez lui, ou se trouvent sa mère et une cousine. Tout heureux, il déclare: « J’ai gagné un peso à Dámaso le plus facilement du monde, parce que c’est un idiot. » «Et pourquoi c’est un idiot? » « Parce que sa mère s’est réveillée ce matin avec l’impression qu’il allait se passer quelque chose de très grave au village et ça l’a tellement perturbé qu’il n’a pas pu faire un carambolage tout bête. »

Alors sa mère lui dit: « Ne te moque pas des sentiments des vieux, parce que parfois ils se réalisent. » Sa cousine l’écoute et va acheter de la viande. Elle dit au boucher:  «Je voudrais cinq cents grammes de viande», et elle ajoute: «Non, un kilo parce qu’on dit qu’il va se passer quelque chose de très grave, et il vaut mieux prendre des précautions. » Le boucher lui vend la viande, et quand une autre femme entre pour acheter cinq cents grammes de viande, il lui dit: « Prenez-en un kilo parce qu’on dit qu’il va se passer quelque chose de très grave, qu’il faut prendre des précautions et faire des provisions. »

Alors la vieille lui répond: « J’ai plusieurs enfants; donnez-m’en plutôt deux kilos.» Elle emporte les deux kilos et, pour écourter l’histoire, je dirai qu’en demi-heure le boucher, qui n’a plus de viande, abat un bœuf, le vend tout entier, et la rumeur enfle. Arrive le moment    tout le village attend qu’il se passe quelque chose. Les activités cessent et bientôt, à deux heures de l’après-midi, il fait, comme toujours, une chaleur étouffante. Quelqu’un dit: « Vous vous rendez compte de la chaleur qu’il fait? »    « Mais il fait toujours chaud au village. » « Pourtant, dit quelqu’un, il n’a jamais fait aussi chaud à cette heure-ci. » Tout à coup, dans le village désert, sur la  place déserte, un petit oiseau vient se poser, et la nouvelle circule de bouche en bouche: « Il y a un petit oiseau sur la place. » Alors, épouvantés, les gens viennent voir le petit oiseau. 

« Mais il y a toujours des petits oiseaux sur la place. » « Oui, mais jamais à cette heure-ci. » À un moment, la tension devient si forte chez les habitants du village que tout le monde, au désespoir, songe à s’enfuir mais que personne n’a le courage de le faire. « Moi, oui, j’ai du courage, crie quelqu’un, je m’en vais. » Il prend ses meubles, ses enfants, ses animaux, les met dans une carriole et emprunte la rue principale où le malheureux village le regarde passer. Jusqu’au moment où les autres disent: « S’il a osé partir, nous aussi on s’en va », et ils se mettent à démanteler littéralement le village. Ils emportent les objets, les animaux, tout. Et l’un des derniers à abandonner la place dit: « Que le malheur ne s’abatte pas sur ce qui reste de notre maison », et il y met le feu, et d’autres mettent aussi le feu aux autres maisons. Tous fuient dans une effroyable panique, comme si c’était la guerre, l’exode et,  parmi eux, la femme qui eu le pressentiment s’écrie: « Je l’avais bien dit qu’il allait arriver quelque chose de très grave mais tout le monde m’a traitée de folle. » 

 

Much Ado about Nothing. مالي أسمع جعجعة و لا أرى طِحْناً؟

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Certains jobards, enflammés par le déroulement tragique des soulèvements populaires auxquels assistent nos pays arabes, dont le véritable effet n’a d’égal que l’immense chaos dans lequel sont plongés nos peuples démunis, me demandent ce que je pense de ce qu’il est vicieusement convenu d’appeler le « printemps arabe ». Ma réponse? Much Ado about Nothing, Shakespeare l’a si bien résumé. Quoique je préfère la sagesse de l’analphabète arabe qui professait il y a des milliers d’années avant Shakespeare: ة »مالي أسمع جَعْجَعَة و لا أرى طِحْناً؟!»ة

بني كلبون: Définition de Yasmina Khadra

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Dans l’introduction de son roman : Qu’attendent les singes, l’écrivain algérien d’expression française Yasmina Khadra ( de son vrai nom Mohammed Moulssehoul) donne une brève description de ce que les Algériens désignent par Béni Kelboun (une espèce à laquelle il consacre le thème de son œuvre):


Il y a ceux qui font d’une lueur une torche et d’un flambeau un soleil et qui louent une vie entière celui qui les honore un soir; et ceux qui crient au feu dès qu’ils voient un soupçon de lumière au bout de leur tunnel, tirant vers le bas toute main qui se tend vers eux.
En Algérie, on appelle cette dernière catégorie: les Béni Kelboun.

Génétiquement néfastes, les Béni Kelboun disposent de leur propre trinité:
Ils mentent par nature;
trichent par principe
et
nuisent par vocation.m

Cher Yasmina Khadra, cette race n’existe pas seulement en Algérie; elle pullule partout sur la terre. Pire. Elle ne semble pas être une espèce en voie de disparition. Bien au contraire. 


Fatras.

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FATRAS

O toi! qui, sans toit, as froid
J’admire en toi ce courage
On te tord le cou et dans la rage
Tu gardes ton sang froid

Enfant de la Syrie
Pardonne-moi
Si je ris
Et toi, plein d’émoi
Ignores si tu seras là
Cette fin du mois
T’as faim, normal, tu te bas
La faim justifie les moyens
Que veux-tu? C’est aussi ça
Vivre dans un monde moyen

Je te déçois, mère en Palestine
Je te vois pâle de vivre en clandestine
Pourtant tu lèves haut ton front
Que fripent des rides
Et moi, pauvre moi
Je me déride
Ne t’offrant que des mains vides

Saladin! Reviens
Témoin de sales radins
Des brûleurs de livres
Tu nous délivres
De ces faiseurs d’orphelins
Ces voleurs d’or, ces félins

Sous-homme

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En lisant Ébauches de vertige du philosophe Roumain Cioran, je tombe sur ça:

 Entretien avec un sous-homme. Trois heures qui auraient pu tourner au supplice, si je ne m’étais répété sans cesse que je ne perdais pas mon temps, que j’avais quand même la chance de contempler un spécimen de ce que sera l’humanité dans quelques générations…

J’avais envie de dire à Cioran : Aujourd’hui ce spécimen s’est reproduit.

Joyeux anniversaire. Poème

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Joyeux anniversaire

Joyeux anniversaire!, mon ami me félicite
Cela te fait quoi de grandir?
– Un délai supplémentaire!, tu veux dire
Chaque printemps mon horloge se précipite

– Voyons!, tu es à la fleur de ton âge
Tu te fais des idées de cafard
– Je suis le fils prodige d’un temps avare
Ne connais-tu point ce qu’en dit l’adage?

O mon ami! je t’estime, nullement je te toise
Sache que chaque printemps qui me croise
M’endurcit le cœur, me ramollit le cerveau
M’éloigne du berceau, me rapproche du tombeau

Mohamed Chahid

Montréal. 3 avril 2015

Mon intervention à l’Institut Royal de la culture amazighe

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Les TIC au service de l’enseignement de l’Amazighe (Le but de mon invitation par l’Institut Royal est d’animer des ateliers et de participer au colloque sur les TIC en enseignement de la langue et de la culture amazighes).

Les deux dernières décennies ont connu un développement fulgurant des technologies de l’information et de la communication (TIC). S’il est un domaine où leur présence se fait sentir, c’est bel et bien en éducation. L’enseignement de la langue amazighe n’est pas en reste. Soucieux de l’impact majeur des TIC en matière d’apprentissage des langues émergentes, le Centre de la Recherche Didactique et des Programmes Pédagogiques (CRDPP) affilié à l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) a organisé un colloque sous le thème Nouvelles Technologies Éducatives pour l’Enseignement apprentissage de l’amazighe les 19 et 20 décembre dernier à Rabat.

Cette initiative s’inscrit dans la mission du CRDPP qui consiste en la « production qualitative de documents didactiques et pédagogiques variés » reliés à l’apprentissage ainsi qu’à la promotion de l’amazighe. On le sait maintenant, l’enseignement de l’amazighe dans le système éducatif marocain a déjà été entamé depuis la rentrée scolaire 2003-2004.

Ce fut en grande partie grâce aux efforts de l’IRCAM (créé en 2002) dont la mission consiste non seulement à renforcer la présence de la culture amazighe mais aussi de « poursuivre son intégration dans le système éducatif » et de « proposer les politiques à même de renforcer la place de l’amazighe dans l’espace social et culturel, dans les médias nationaux et dans les affaires locales ».

Aujourd’hui, les chercheurs de l’IRCAM veulent offrir plus! L’objectif du colloque est d’inviter les principaux acteurs à conjuguer leurs efforts pour tirer le maximum de profits des TIC et mettre ainsi ces dernières au service de l’apprentissage de l’amazighe. En tout, une vingtaine de chercheurs issus des milieux de l’éducation, de la culture, de la politique et des communications se sont penchés sur la problématique d’intégration des TIC en enseignement de l’amazighe : le potentiel du télé-apprentissage comme outil de rapprochement pour les régions éloignées, la formation des enseignants, le développement de l’infrastructure, l’allocation de budgets et la mise sur pied de modèles d’intégration appropriés sont quelques-uns des sujets débattus au cours du colloque.

Ma contribution était pour le moins réjouissante puisqu’elle m’a permis de présenter un des modèles pragmatiques d’intégration des TIC en enseignement, mais également d’animer des ateliers sur le potentiel du télé-apprentissage.

En effet, lors de ma communication, j’ai d’abord exposé le résultat de mes recherches sur l’usage des technologies au Carrefour de l’information de l’Université de Sherbrooke. À travers ce modèle, les collègues ont pu constater l’importance des études sur les usages pour la réussite de chaque projet d’intégration des TIC en enseignement.

L’approche postule que l’utilisateur soit au centre du succès ou de l’échec des initiatives entreprises à ce chapitre. Dans le cas de l’amazighe, l’attention a particulièrement été mise sur la formation des enseignants ainsi que sur le développement de la pensée critique des apprenants face à l’utilisation des technologies dans le curriculum.

Les discussions ont été fructueuses lors des ateliers : les participants ont esquissé les grandes orientations qu’il faudra entreprendre pour mener avec succès l’intégration des TIC dans l’enseignement de l’amazighe.

Parmi les recommandations retenues, on trouve l’implication des différents acteurs politiques, sociaux, culturels et éducationnels; la convergence des multiples supports (informatiques, audiovisuels et imprimés) dans l’enseignement; la normalisation de l’alphabet (tifinagh); l’encouragement des initiatives des différents acteurs de la société civile, etc.

En définitive, le colloque était l’occasion de rassembler les chercheurs autour de la question amazighe dans un climat de concertation, de réflexion et de partage. Une expérience passionnante qui annonce, pour l’Amazighe, un avenir culturel et éducationnel des plus prometteurs.

Internet et réseaux sociaux : intelligence collective ou bazar virtuel? 1/3

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À lire également : Internet et réseaux sociaux : intelligence collective ou bazar virtuel? 2/3

Internet et réseaux sociaux : intelligence collective ou bazar virtuel? 3/3

Réseaux sociaux et crises dans le monde arabe

Le marketing social

Avant-propos

Mon intérêt pour l’analyse des médias électroniques et de la communication interactive remonte au début des années 2000. D’abord en tant qu’auxiliaire de recherche et ensuite en tant qu’enseignant du cours obligatoire Enjeux sociaux du multimédia, dispensé dans un département de communication d’une université canadienne. La formule du cours était innovante : une combinaison de cours magistraux et de débats sur les questions qui touchent plusieurs aspects du net; à savoir, entre autres, la cyber-démocratie, l’usage des technologies en enseignement, la net-économie, le cyber-journalisme. Mais aussi une bonne partie des questions abordées dans le cadre du cours touchait l’aspect inquiétant d’Internet : pornographie juvénile, cyber-terrorisme, disparition de la vie privée en sont quelques exemples. À l’époque, Internet était encore jeune et, en dehors des cercles universitaires restreints, l’usage des réseaux sociaux n’était pas encore généralisé. Avec l’avènement de ce qu’il est convenu d’appeler le web 2.0, nous assistons à une expansion des usages sociaux du net. Force est donc de constater que de multiples usages d’Internet sont apparus, donnant lieu à de nouvelles réappropriations des technologies de l’information et de communication (TIC) par le grand public.

En effet, la plupart de ces expériences d’intégration des TIC dans les mœurs du grand nombre semblent reposer sur une conception largement positive de  l’émergence de ces outils de partage et d’apprentissage ainsi que de leur impact aussi bien dans la vie politique et économique que sociale et culturelle. À lire la documentation produite par les médias sur cet aspect, il ressort de manière explicite que l’ensemble de la communauté virtuelle partage cette vision positive non équivoque.

Or, contrairement à ce que laisse entendre la documentation produite autour des réseaux, le domaine de la réflexion sur le développement et l’intégration des TIC est l’objet de nombreuses polémiques. Il n’existe pas de consensus dans ce domaine. Bien au contraire, les positions sont souvent très polarisées entre une vision positive et une vision alarmiste de l’impact des TIC. Il s’agit d’un domaine de réflexion où sévissent d’âpres débats.

Pour certains, les TIC sont vues comme un instrument de promotion et de développement économique garantissant un avenir meilleur, tandis que pour d’autres, elles constituent un nouveau danger qui menace le lien social. Afin de mettre en évidence les grandes articulations du débat qui anime les chercheurs au sujet des TIC, nous nous proposons ici d’en rapporter brièvement les principales orientations.

Dans le présent article (en trois parties), mon but est de présenter le résumé des principales visions des intellectuels ayant abordé cette question. Sans qu’elle soit exhaustive, la liste des idées traitées ici donne un bref aperçu de la problématique et vous propose d’aller plus loin dans vos propres réflexions sur le sujet. Mais afin de mieux comprendre le débat, je juge opportun de l’inscrire dans le contexte d’émergence des TIC en général et d’Internet grand public en particulier.

Le contexte d’émergence d’Internet grand public

Durant les deux dernières décennies, les TIC ont connu un développement fulgurant. Ces dernières sont issues d’une triple filiation : elles se situent au carrefour d’un ensemble de techniques touchant l’audiovisuel, les télécommunications et l’informatique. C’est la convergence de ces trois domaines qui a conduit à l’explosion de l’information et sa circulation à travers le monde. En outre, au milieu des années 1990, la percée d’Internet auprès du grand public a donné lieu à une gigantesque et continuelle mise en réseau d’ordinateurs à travers le monde.  Ce qui permet désormais à des millions d’utilisateurs de produire, manipuler et communiquer des ressources énormes d’informations conservées dans différents endroits de la planète.

Les TIC sont ainsi devenues, pour plusieurs, synonyme de modernité, car elles constituent, selon eux, les agents clés des changements fondamentaux qui caractériseraient l’avènement d’une nouvelle société : la société de l’information.

Aujourd’hui, les TIC jouissent de manière générale d’un préjugé le plus souvent favorable. Leur introduction dans les différents secteurs de la vie sociale apparaît, pour un bon nombre d’observateurs, comme un gage de plus grande efficacité et une condition gagnante pour répondre aux défis de l’avenir.

Ce véritable engouement pour les TIC s’est traduit par la mise sur pied d’un nombre impressionnant d’expériences qui visent à les intégrer dans les différentes sphères de la vie sociale, économique, politique et culturelle. Et s’il est un secteur où l’intérêt pour les TIC et leur implantation est particulièrement présent, c’est assurément celui de l’enseignement. En effet, de l’école primaire à l’université, en passant par l’école secondaire et le collège, l’intérêt pour l’intégration des TIC s’est rapidement étendu sur l’ensemble des cycles de l’enseignement avec l’appui soutenu des gouvernements. Dans plusieurs pays, des budgets très importants ont en effet été consentis pour l’acquisition de nouveaux matériels informatiques ainsi que pour le branchement des établissements scolaires au réseau Internet. L’intégration des TIC en éducation a même donné naissance à un tout nouveau domaine : le télé-enseignement ou e-learning.

Or, si les universités ont dès le départ joué un rôle de premier plan dans la réflexion et l’expérimentation des TIC, c’est parce qu’à l’époque, Internet était encore jeune et, en dehors des cercles universitaires restreints, l’usage des réseaux sociaux n’était pas encore généralisé. Avec l’avènement de ce qu’il est convenu d’appeler le web 2.0, nous assistons à une expansion des usages sociaux du net, notamment l’engouement des internautes pour les réseaux tels YouTube, DailyMotion, MySpace, Twitter et, en tête de liste, Facebook.  Le succès de tels réseaux est retentissant. À en juger par le nombre de connexions quotidiennes enregistrées sur leurs sites respectifs ainsi que par l’étendu de leurs activités sur le web (partage de données, réseautage, recettes publicitaires vertigineuses, etc.). Il faut noter également qu’en ce début de 2011, le rôle des réseaux sociaux dans l’organisation des séries des révolutions arabes (lire mon article à ce sujet) a, en quelque sorte, accéléré le processus de réappropriation d’Internet par le plus grand nombre.

Cela dit, dans la 2ème partie, je tenterai de rapporter les visions positives des chercheurs qui pensent que le rôle d’Internet et des réseaux est crucial dans l’établissement d’une certaine « intelligence collective ».

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A suivre.

Les médias français face à la crise du monde arabe : question de déontologie

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George-Orwell-Quotes-Thinking-670x391

George-Orwell-Quotes-Thinking-670×391

Dans son édition du mardi, 1er Février 2011, le magazine maghrébin d’information stratégique et géopolitique Maghreb Intelligence, publie en exclusivité un billet sur une affaire de déontologie qui implique le Journal français Le Monde et les services secrets algériens. Selon le magazine, l’affaire aurait éclaté le 23 janvier 2011 quand Tahar Benjalloun, écrivain franco-marocain publie un billet sur la révolution tunisienne intitulé Un printemps en hiver et dans lequel il salue le réveil de la population tunisienne en prévoyant l’effet de contagion sur les pays de la région susceptibles d’être le théâtre prochain d’une révolution imminente. Tahar Benajalloun cite, entre autres, le cas de l’Algérie. Les Algériens ne semblent pas gober l’allusion de l’auteur et ils s’activent pour trouver une « plume » qui ferait plutôt basculer la Révolution du côté marocain. Ce qui illustre un inquiétant manquement aux critères de base en matière de déontologie journalistique. Voici d’abord l’article de Tahar Benajlloun publié dans Le Monde et ensuite le billet intégral du Maghreb Intelligence qui en relate les faits et les effets.

Un printemps en hiver, Tahar Benjalloun

Article paru dans l’édition du 23.01.11 du Journal Le Monde

Quand une dictature se rouille de l’intérieur, il suffit d’une étincelle pour qu’elle s’effrite. On dit qu’un maillon faible a cédé, et de ce fait il est plus fort que toute la chaîne. Ainsi le régime d’un ancien flic et d’une ancienne coiffeuse est tombé sur le fil des évidences, un fil tenu par un peuple qui ne pouvait plus supporter les humiliations, le mépris, le vol et la misère. Un peuple qui, dès 1988, avait manifesté sa colère et avait été réprimé sauvagement.

Voir un chef d’Etat, gras et épais, cheveux teints et regard satisfait, fuir comme un voleur, mendier un lieu d’asile, essuyer quelques refus, apprendre que cet homme qui a semé la terreur chez un peuple bon et patient est dans la détresse d’un Bokassa ou d’un Duvalier, tout cela prouve qu’il ne méritait pas d’avoir été un chef d’Etat et que, tout au plus, il aurait pu poursuivre sa carrière de fonctionnaire médiocre dans une ambassade lointaine. Le Tribunal pénal international devrait se dépêcher de l’inculper et espérer l’arrêter et le juger. Sinon, c’est trop facile : on réprime, on torture, on vole puis on part en exil doré à Djedda.

A présent, ce que feront les Tunisiens de ce printemps en plein hiver est une affaire qui les regarde. Cependant l’exemple tunisien fascine et inquiète. Il suscite l’admiration et des interrogations. Des régimes arabes tremblent en silence ; des dirigeants se passent et se repassent le film des événements : « Et si ça arrivait chez moi ? » Des insomnies sont à prévoir et des comptes à l’étranger à bien fournir (ils viennent d’apprendre qu’il faut éviter les banques françaises).

Il est des sociétés dans le monde arabe où tous les ingrédients sont réunis pour que tout explose. Trois Etats entrent dans cette configuration.

La Libye d’abord, parce qu’on ne sait rien de ce qui s’y passe. Un homme, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat (1969), cultive son culte de manière si grotesque qu’il échappe à toutes les prévisions. Le pays vit sous un linceul de silence et de résignation. Rien ne filtre. Pour la Tunisie, c’est un voisin dangereux et pervers. Il faudra s’en méfier. Quand le « raïs » se déplace à l’étranger, il impose à ses hôtes son folklore et son arrogance. Il a la maladie du pétrole. D’où, après l’illégitimité, l’impunité. Et certains Occidentaux se mettent presque à genoux dans l’espoir de lui faire signer de gros contrats. En vain.

L’Algérie. Un pays et un peuple magnifiques. Des potentialités exceptionnelles. Une jeunesse nombreuse et vive. Des richesses immenses en gaz et en pétrole. Mais un système militaire qui tient le pays depuis l’indépendance et qui ne lâche rien. Quand l’armée installe un civil à la présidence de la République, il est là pour exécuter ses ordres. Sinon, son élimination est possible, comme ce fut le cas de Mohamed Boudiaf, qui avait cru pouvoir gouverner selon ses propres principes et valeurs. Il fut assassiné le 29 juin 1992.

L’écrivain algérien Rachid Mimouni (1945-1995) avait publié un roman, La Malédiction (Stock, 1993). Il parlait de son pays. On peut hélas ! inclure une grande partie du monde arabe dans cette malédiction qui dure depuis si longtemps. Des régimes issus de coups d’Etat, des présidents qui se font « élire » à des scores frisant les 99 %, un mépris profond pour le citoyen, les richesses du pays accaparées par des individus qui tirent les ficelles dans l’ombre – ainsi la manne pétrolière et gazière de l’Algérie ne profite pas au peuple, qui reste pauvre et sans espoir de changement.

L’autre pays, c’est l’Egypte. Là, la pauvreté, la corruption et le culte de la personnalité ont fini par installer la rouille dans tous les rouages de l’Etat. Au moment où Mohamed Bouazizi s’immolait par le feu à Sidi Bouzid (cet acte sacrificiel ne fait pas partie des traditions du monde musulman, c’est dire combien le désespoir est immense !), la police égyptienne faisait du Kafka sans le savoir.

Il s’appelait Sayyid Bilal, il avait 31 ans, musulman pratiquant. Il vivait à Alexandrie tranquillement avec sa femme, qui était enceinte. Le mercredi 5 janvier, il reçut un coup de téléphone du ministère de l’intérieur : « Venez nous voir ce soir à 10 heures ; apportez une couverture avec vous, vous en aurez peut-être besoin. » A l’heure dite, il se présenta, ne sachant pas la raison de cette curieuse « invitation », mais, en bon citoyen, il ne posa pas trop de questions.

Vingt-quatre heures plus tard, le même agent de police appelle sa famille et leur dit : « Venez chercher le corps de Bilal : il est mort. » Stupeur. Le corps porte de nombreuses traces de torture. Les parents reconnaissent à peine leur fils, ils ont juste le temps de prendre des photos. La famille porte plainte. On lui ordonne de la retirer sous peine de se retrouver tous dans les locaux de cette police si délicate. En outre, ordre est donné pour que le corps soit enterré le jeudi soir et non le lendemain, jour de la grande prière. La presse relate cette affaire. La police veut que ce cas soit porté à la connaissance du plus grand nombre. Le message est clair : voici ce qui vous attend si vous choisissez le camp de l’opposition. Le fait d’avoir choisi un citoyen sans histoires est une façon vicieuse de marquer le message.

On dirait que Dieu a maudit ces pays, il les aurait abandonnés à des guignols bruts et cruels jusqu’au jour où le feu de la justice surgit de la rue, comme un printemps en plein hiver. Ce printemps sera complet le jour où le monde arabe sera débarrassé de ces momies aux cheveux gominés qui sèment la détresse et le malheur parmi leur peuple.
Tahar Ben Jelloun est membre de l’académie Goncourt depuis 2008. Il a reçu le prix Goncourt pour La Nuit sacrée (Points Seuil) en 1987. Derniers livres parus : Jean Genet, menteur sublime (Gallimard) et Beckett et Genet, un thé à Tanger (Gallimard).

Les connexions algéroises du quotidien français « Le Monde »

Billet paru dans le magazine Maghreb Intelligence dans son édition du 1er février 2011

« Cela leur est resté en travers de la gorge », explique un ancien ambassadeur français au Maghreb. Le « Cela » renvoie à la tribune intitulée « Un printemps en hiver » que l’écrivain franco-marocain- lauréat du prix Goncourt- Tahar Benjelloun a publié le 23 janvier

dans le quotidien « le Monde », et dans laquelle il rendait hommage à la révolution tunisienne qui promettait de se propager en Egypte, en Libye et en Algérie où de violents affrontements avaient eu lieu fin décembre 2010.
Ce billet – contribution normale, selon le diplomate, de la part d’un intellectuel engagé dans le débat public – avait fortement mécontenté certaines sphères du pouvoir algérien. L’ambassadeur algérien Missoum Sbih a ainsi multiplié les contacts, cherchant à riposter. D’après une source bien informée à Paris, depuis la chute du président Zine El Abidine Ben Ali, Alger multiplie les interventions et fait bouger ses réseaux afin que le royaume du Maroc soit plus souvent cité que la république algérienne dans les médias français quand il s’agit de faire des comparaisons avec la situation de la Tunisie et de l’Egypte. Les réseaux algériens ont pu ainsi distiller quelques informations dans France 24 ou encore RFI. Cela dit, il fallait gommer l’effet Tahar Benjelloun et marquer un grand coup à travers un quotidien « crédible ». Les « amis » de Missoum Sbih ont ainsi commencé par approcher le quotidien « Le Figaro » qui serait resté sourd à leurs doléances. Ils ont alors jeté leur dévolu sur « Le Monde », avec lequel certaines passerelles existent depuis les années 70, les algériens ayant toujours entretenu, selon le diplomate français, de solides relations au sein de la rédaction du quotidien du soir, depuis le temps où il était dirigé par Paul Balta, un proche du colonel Boumedienne. Il fallait alors trouver une « plume », ou plus simplement, un porte-plume. Les regards de l’ambassade se sont tout d’abord dirigés vers de gros calibres comme le professeur Lhouari Addi pour leur demander de rédiger un papier. Peine perdue, car le professeur de sciences politiques est connu pour ses positions à l’encontre du gouvernement algérien. Dans la précipitation, et sous la « pression amicale » de l’ambassade algérienne, « Le Monde » a ouvert ses pages à un certain Karim Boudjema, chirurgien renommé pour ses greffes du foie, mais dont l’impact intellectuel et politique reste circonscrit à la Bretagne, où il eu une expérience politique malheureuse sous la bannière de l’UMP, lorsqu’il tenta de succéder à Edmond Hervé en tant que maire de Rennes en 2008.Battu à plate couture, l’homme avait même démissionné de tous ses mandats électifs. Peu importe, il fallait parer au plus pressé, la fenêtre du Monde risquant de fermer à tout moment en raison de l’actualité égyptienne et peut-être algérienne. La Tribune signée par Karim Boudjema -qui a su garder de solides amitiés à Alger, et notamment au « club des pins » – est une charge frontale contre le Maroc, alors que, notent les observateurs, c’est précisément en Algérie que le risque d’embrasement est le plus à craindre. Une erreur déontologique qui s’ajoute à celle commise il y a deux mois par « Le Monde », refusant alors de publier les câbles de WikiLeaks sur la corruption du régime d’Omar Bongo et son financement présumé de la classe politique française…

Le constructivisme social : notes critiques sur la thèse de Berger et Luckmann

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À lire également : Sur la notion d’usage en communication

Le mythe dans les médias

Présentation

La thèse de Berger et Luckmann postule que la réalité est un « construit social ». Pour étayer leurs propos, ils tentent de déceler les mécanismes (dispositifs et structures) mis en place par les différentes sociétés afin de construire leurs réalités respectives. La question de base étant : « comment la réalité sociale est-elle construite ? » Pour ce faire, Berger et Luckmann avancent que les processus d’objectivation, d’institutionnalisation et de légitimation, fournissent à l’individu les bases rudimentaires de la construction sociale de sa propre réalité.

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L’objectivation : est l’attribution progressive du statut de réalité à ce qui n’est d’abord qu’une notion abstraite, et sa transformation en un objet quasi concret et matériel. Le langage y joue un rôle fondamental : les objectivations nous guident dans la façon de nommer et définir ensemble les différents aspects de notre réalité de tous les jours, dans la façon de les interpréter, statuer sur eux et, le cas échéant, prendre une position à leur égard et les défendre. Elles peuvent agir en tant que signifiants, comme elles peuvent se transformer en un instrument de pouvoir et, par conséquent, de contrôle.

L’institutionnalisation : en partant du postulat selon lequel toute activité humaine est sujette à l’habituation, les auteurs avancent que le processus d’institutionnalisation consiste à « typifier » et à contrôler la conduite humaine (verticalement). Pour y parvenir, les institutions établissent des modèles prédéfinis en canalisant les actions dans une direction bien définie « au détriment de beaucoup d’autres directions qui seraient théoriquement possibles ». L’institutionnalisation permettra donc de répondre à un souci de partage, en livrant des « stocks de connaissance » transmis d’une génération à une autre (horizontalement).

La légitimation : en reprenant l’approche de Weber, Berger et Luckmann donnent un sens plus large à la notion de légitimation. Selon eux, le processus de légitimation se définit comme étant une objectivation de signification de « second ordre ». A cet égard, sa fonction sert à fournir des significations subjectives à partir des significations objectives de « premier ordre ». L’objectif d’une telle légitimation consiste à rendre à la fois objectivement « accessibles » et subjectivement « plausibles », les significations (objectivations) déjà existantes et institutionnalisées. Berger et Luckmann distinguent quatre niveaux de légitimation :

Le premier niveau est préthéorique : il s’agit du processus de légitimation naissante qui se traduit lors de la transmission de l’expérience par le biais du langage (par exemple : la transmission d’un vocabulaire de la parenté légitime ipso facto la structure de parenté). Ce stade de légitimation représente le fondement d’une connaissance évidente car il répond efficacement aux questions du type « Pourquoi? », que l’être humain se pose dès son enfance.

Le deuxième niveau est un ensemble de dispositifs théoriques rudimentaires : il s’agit des schémas d’explication regroupant une série de significations objectives (par exemple : proverbes, poèmes, maximes…).

Le troisième niveau est purement théorique : celui où l’on retrouve les acteurs (légitimateurs) chargés de légitimer des comportements sociaux en fournissant « des cadres de référence assez étendus aux secteurs respectifs de conduite institutionnalisée.» (Par exemple : membres de la famille, spécialistes, intellectuels…).

Le quatrième niveau est celui de l’univers symbolique où sont intégrées toutes les activités humaines (mythes, utopies, histoires, vie, mort…). Il est conçu comme la « matrice de toutes les significations socialement objectivées et subjectivement réelles. »

Critique

Les forces de la théorie. La perspective ethnométhodologiste proposée par les auteurs se place dans une longue filiation théorique, celle de la phénoménologie de Husserl et Heidegger. Leur œuvre carrefour fait une synthèse savante des principaux courants de pensée en sociologie de la connaissance. On y trouve discutées avec brio les idées de Aron, Durkheim, Garfinkel, Habermas, Marx, Pareto, sans oublier bien évidemment celles de Schütz et Mead…pour ne citer que ceux-là. Par ailleurs, ce qui constitue le point culminant de cette théorie est l’abandon de la distinction classique – et en particulier développée dans les approches fonctionnalistes – entre le sujet et l’objet. Cette hypothèse amène à donner un nouveau statut à ce qu’il est convenu d’appeler la « réalité objective », définie par des composantes objectives et (inter)subjectives. De ce fait, il serait convenable de considérer qu’il n’existe pas a priori une réalité objective, – bien que Berger et Luckmann ne nient pas son importance – mais que toute réalité est appropriée par l’individu ou le groupe, reconstruite dans son système cognitif, intégrée dans son système de valeur dépendant de son histoire et du contexte social et idéologique qui l’environne. Et c’est cette réalité appropriée et structurée qui constitue pour l’individu ou le groupe la réalité même.

Ses limites. Par contre, depuis la publication du livre de Berger et Luckmann en 1966, l’expression « construction sociale » ne cesse de connaître un usage à la fois diversifié et abusif. D’où son ambiguïté. Au dire des auteurs de la version française du livre, si Berger et Luckmann ne sont certes pas responsables de l’usage abusif que connaîtra par la suite cette expression, il n’en reste pas moins « qu’ayant fait de la conscience subjective le fondement ultime de leur compréhension de la vie sociale, l’ambiguïté fondatrice contenue dans la formulation d’origine a, sinon encouragé, au moins facilité certains emprunts indus. » D’où l’expansion d’un courant de pensée radical qui n’échappe pas au piège du déterminisme constructiviste, et dont les tenants passent au crible presque tous les aspects de la vie quotidienne, dans un étourdissant processus de destruction/reconstruction parfois sans limite. Force est de constater que, ironiquement, ce qui a constitué au départ la force de la théorie de Berger et Luckmann, en deviendra par la suite, la source de sa faiblesse.

Référence

Berger, Peter et Luckmann, Thomas. 2006. « La société comme réalité objective », in La construction sociale de la réalité. Traduit de l’américain par Pierre TAMINIAUX, revu par Danilo MARTUCELLI. Paris : Armand Colin.

La communication de crise

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Communication-de-crise-3-Agence-YourastarNulle société n’est à l’abri de la crise. Il suffit d’ouvrir son poste de télévision ou de feuilleter son journal pour se rendre compte que les crises alimentent l’actualité. Et ce presque quotidiennement. Qu’elle soit régionale, nationale ou internationale; qu’elle concerne une communauté particulière ou une entreprise multinationale, les crises méritent d’être étudiées, analysées afin d’en tirer un meilleur apprentissage dans l’avenir. Négligez cet aspect et vous verrez votre crise virer à la catastrophe. Car pour éviter les crises, rien n’est aussi moins sûr. Mais les gérer efficacement une fois arrivées, c’est non seulement possible mais c’est d’abord nécessaire. Combien de crises ayant été gérées efficacement ont pu être réduites au simple fait divers. Inversement, bien des faits divers ont viré au degré de crise voire de la catastrophe en grande partie parce que les acteurs impliqués ont négligé ou sous-estimé l’aspect communicationnel de la chose. Vous voulez un exemple? Pensez à la crise en Tunisie, qui a donné lieu à une immense immobilisation arabe et internationale contre les régimes totalitaires en place depuis des décennies. Elle a commencé par un simple fait divers. On connait tous la suite. Idem pour la Libye. L’Égypte. Le Yemen… C’est qu’en temps de crise, il faut savoir communiquer. Efficacement. Stratégiquement. Une formation des porte-paroles est donc nécessaire. Mais avant cela, jetons un bref coup d’œil théorique sur le concept de crise et sur son intérêt pour les sciences de la communication.    

Dans le domaine des sciences de la communication, l’analyse des crises occupe une place de choix chez les spécialistes. En effet, les crises ont fait l’objet de plusieurs études qui s’inscrivent principalement dans le cadre du paradigme organisationnel, en lien avec la communication organisationnelle ou d’entreprise. Ces dernières s’articulent principalement autour de trois axes : l’organisation (Lagadec, 1981-1994), (Lerbinger, 1997);  l’étude de cas (Tixier, 1991), (Fournier, 1993); les relations avec les médias (Revéret et Moreau, 1997). La plupart de ces auteurs s’entendent pour dire que les médias jouent un rôle catalyseur par rapport à la crise. Qu’elle soit économique, écologique, politique ou sociale, la crise semble attirer les médias plus que tout autre incident de la vie quotidienne.

I. Définition du concept

Le dictionnaire et l’usage font ressortir la polysémie du concept de crise. Nous en proposons ici quelques champs de signification. La première définition du concept est proposée par Aristote (Gabay, 2001 : 29). Du grec Krisis,

la crise se développe fondamentalement dans une temporalité qui règle les décisions prises par un sujet. Elle possède un avant et un après, des causes et des conséquences. Elle constitue le moment critique où il faut faire des choix, prendre des décisions avec discernement. Le terme désigne indifféremment le phénomène et ses résultats, la nécessité de décision et les conséquences de cette décision, le moment critique comme acmé, et la période qui l’entoure.

La définition d’Aristote inscrit la crise dans une dynamique caractérisée par un état de perturbation, lequel marque une rupture entre deux moments : un avant et un après.

Ogrizek et Guillery (1997 :7) abondent dans le même sens. Pour eux, « la crise est un bouleversement, une épreuve, une rupture, une opportunité. » Dans une définition plus détaillée, Lagadec (1994) présente la crise en tant que

situation où de multiples organisations, aux prises avec des problèmes critiques, soumises à de fortes pressions externes, d’âpres tensions internes, se trouvent projetées brutalement et pour une longue durée sur le devant de la scène : projetées aussi les unes contre les autres…le tout dans une société de communication de masse, c’est-à-dire en ‘’direct’’, avec l’assurance de faire la ‘’une’’ des informations radiodiffusées, télévisées, écrites, sur une longue période.

Le concept de crise peut donc se décliner de plusieurs façons, dans ce sens qu’il connote la crise en plusieurs dimensions : « objective ou subjective, rationnelle mesurable ou irrationnelle et affective, en fonction de la culture dans laquelle jaillit la crise » (Gabay, 2001 : 31). C’est pourquoi nous constatons que l’usage du concept prend de plus en plus de l’extension, notamment dans les médias; ce qui fait ressortir le caractère ambigu de la crise.

II. Extension de la crise (…)
Communiquez avec moi pour la suite.

Les trois visages de l’orientalisme

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À lire également : Le leadership du Prophète de l’Islam vu par l’Occident

L’idée de publier les lignes qui suivent est en réponse à ceci :

De la liberté, les gens du Proche-Orient ne savent rien;  de propriété, ils n’en ont pas; la force, c’est leur Dieu. Quand il y a de longues périodes sans voir de conquérants qui apportent la justice, ils sont des soldats sans chef, des citoyens sans législateurs et une famille sans père. Pour le libérer, l’Occident devrait conquérir l’Orient. Il s’agit des nations sans territoire, patrie, droits, loi et sécurité.

L’auteur de ces propos n’est ni un homme de la rue pour le taxer d’ignorant, ni un politicien de l’administration Bush pour l’accuser de propagandiste. L’auteur de ces propos est, retenez-vous bien, Chateaubriand, le célèbre homme de lettres français.

Dans son introduction du livre L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Edward Saïd défend l’idée selon laquelle l’Orient, tel qu’il est représenté dans l’imaginaire collectif occidental, est une fabrication de celui-ci.

Saïd nomme trois acceptions de l’orientalisme. Une acception scientifique (universitaire) : études dont le champ de recherche porte sur l’Orient. Histoire, géographie, sociologie, ethnologie…Dans les milieux universitaires américains on lui préfère Études orientales ou encore Area studies.

Une acception générale (imaginaire) : un style de pensée fondé sur la distinction ontologique et épistémologique entre l’Orient et l’Occident…est un style occidental de domination, de restructuration et d’autorité sur l’Orient.

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Troisième acception du terme revêt un sens hégémonique : il s’agit d’une tendancieuse combinaison du duo Savoir/Pouvoir en vue de la Domination. Thèses de Gramsci sur le concept d’hégémonie : la culture comme sous-fondement de l’impérialisme.

Gramsci distingue entre société civile et société politique. La société civile : associations volontaires non coercitives : écoles, familles, syndicats. La société politique : institutions étatiques : armée, police, bureaucratie centrale dont le rôle en politique est la domination directe. La culture relève de la société civile où l’influence des idées se fait par consensus et non par la domination.

(P.23) Or, bien des exemples démontrent que la culture sert la politique (Napoléon a lu les textes orientalistes avant son invasion de l’Égypte) Chomsky a étudié la connexion instrumentale entre la guerre du Vietnam et le concept d’érudition objective tel qu’il a été utilisé pour couvrir des recherches militaires subventionnées par l’État.

En étudiant la question de l’orientalisme (telle qu’elle a été formulée en Europe, principalement en Grande Bretagne et en France dès la fin du 18ème siècle), l’auteur dresse le portrait des rapports entre l’orientalisme, la culture et l’impérialisme. Ainsi, la panoplie d’études approfondies sur l’Orient ont jeté les bases d’un rapport de force entre l’Orient et l’Occident; un rapport qui s’est rapidement soldé par l’assimilation de l’un et la domination de l’autre. De ce fait, les études orientalistes ont très tôt servi à la construction occidentale d’une idéologie dominatrice s’agissant de l’Orient. En essayant de définir la nature d’un tel rapport de force, Saïd postule que « l’Orient n’est pas un fait de nature inerte. C’est le reflet de l’Occident. » (P.17). En allant plus loin, il avance a fortiori que « la culture européenne s’est renforcée en se démarquant d’un Orient qu’elle prenait comme une forme d’elle-même inférieure et refoulée. » (P.16).

Roland Barthes, dans Mythologies parle de la représentation de l’Autre oriental en ces termes :

(P.165) « Face à l’étranger, l’Ordre ne connaît que deux conduites qui sont toutes deux de mutilation : ou le reconnaître comme guignol ou le désamorcer comme pur reflet de l’Occident. De toute façon, l’essentiel est de lui ôter son histoire. »

Quelques réserves

1- Il serait tort de conclure que l’Orient était essentiellement une idée, une construction de l’esprit ne correspondant à aucune réalité. Mais plutôt une véritable constellation d’idées qui est le phénomène essentiel s’agissant de l’Orient, et non pas sa pure et simple existence.(P.18)

2- La relation entre l’Orient et l’Occident est une relation de pouvoir et de domination. L’Orient n’a pas été orientalisé seulement (P.18) parce qu’on a découvert qu’il était oriental selon les stéréotype de l’occidental moyen du 19ème siècle, mais parce qu’il pouvait être rendu oriental. L’exemple de Flaubert avec la courtisane Kuchuk Hanem.

3- Il ne faut pas croire que la structure de l’orientalisme est une série de mensonges. Il s’agit d’un discours solide qui est le résultat d’un long et sérieux investissement(doctrines et pratiques) qui a duré plusieurs générations- depuis Ernest Renan(1840) jusqu’à nos jours. (19).

Dans l’imaginaire collectif occidental, il suffit d’évoquer le mot Orient pour y associer un univers teinté d’exotisme; c’est dire que depuis des siècles, l’Orient fascine, intrigue, dérange, inquiète et irrite.

L’orientalisme, selon Saïd est une partie intégrante de l’Europe.

(P.40) L’ère postmoderne caractérisée par la prolifération des médias électroniques (télévision, cinéma…) a favorisé le renforcement des stéréotypes liés à l’Orient. Ce qui a amené à la politisation de la perception de l’Arabe et de l’Islam. Trois facteurs ont contribué à cela :

a)      L’histoire des préjugés populaires anti-arabes et anti-islamiques en Occident, qui se reflète immédiatement dans l’histoire de l’orientalisme

b)      La lutte entre les Arabes et le sionisme israélien

c)       L’absence presque totale de la moindre attitude culturelle qui permette soit de s’identifier aux Arabes et à l’Islam, soit d’en discuter sans passion.

La perspective du livre de Saïd a ceci d’intéressant car elle prend le cas personnel de l’auteur afin d’exposer  clairement les fondements de la construction de l’Orient par l’Occident. Le plus intéressant est qu’au-delà de la perspective historique – somme toute essentielle pour comprendre les origines de la pensée orientaliste –, l’auteur nous aide à mieux comprendre les critiques qui sont adressées à l’orientalisme, à en saisir les postulats fondamentaux, quitte à déceler, à travers ces critiques, l’attitude significative concernant le rôle de l’orientalisme dans le processus d’hégémonie occidental.

La représentation de l’Orient est en crise. « A cause de l’orientalisme, l’Orient n’a jamais été » P.15 Saïd. Face à cet impossible dialogue entre Orient et Occident entériné par les thèses de Fukuyama sur la fin de l’histoire et de Huntington sur le choc des civilisations, certains penseurs des rapports Nord/Sud proposent une nouvelle approche. Mehdi El Mandjra qui plaide en faveur d’un urgent dialogue des cultures publie bien avant Huntington. Dans ses  Identités meurtrières, Amine Maalouf.  Cynthia Fleury dans son livre Dialoguer avec l’Orient propose de « façon critique et généreuse »  un retour à l’humanisme de la Renaissance afin d’inventer un nouveau dialogue entre Orient et Occident.

Mais quelle est l’alternative? Le livre ne propose pas une alternative. L’auteur décrit un état des lieux qui renvoie aux rapports entre orientalisme, culture et impérialisme.

Le marketing social

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Le marketing social est une discipline qui a connu formellement ses débuts  en 1971, avec la publication de « marketing social: une approche prévue pour le changement social » dans le Journal of Marketing par des spécialistes du marketing, Philip Kotler et Gerald Zaltman [Kotler, Philip et Eduardo L. Roberto. Social Marketing, 1971.]

Dans un article publié dans l’encycolpédie numérique Wikipedia, on définit la notion de marketing social comme étant  »l’application des techniques et des outils du marketing commercial à des milieux relevant de problématiques sociales, environnementales ou culturelles ». En tant que discipline, le marketing social trouve très vite son champ d’application de prédilection : le développement des comportements sociaux. En effet, le marketing social peut être appliqué à promouvoir, par exemple, le mérite des bonnes habitudes telles pratiquer du sport, cesser de fumer, manger sain, donner du sang ou tout simplement relaxer. C’est ainsi que plusieurs gouvernements, associations, regroupements, etc. ont su s’inspirer du marketing social dans l’élaboration de leurs stratégies de marketing.

L’usage des techniques du marketing social trouve son paroxysme dans les campagnes de sensibilisation visant à promouvoir tel ou tel  »bon »comportement social. Au Québec et au Canada, par exemple, il suffit de penser à des campagnes telles La semaine québécoise pour un avenir sans tabac (http://www.cqts.qc.ca/sqast/ ou La semaine canadienne de l’environnement (http://www.ec.gc.ca/default.asp?Lang=Fr&n=D58BD83C-1)pour comprendre l’importance de l’application  du marketing social au sein du processus de développement durable.

Espérant donc améliorer la qualité de vie des individus, le marketing social cherche surtout à se démarquer du marketing tout court. Ce dernier étant associé au développement effréné de la société matérialiste dite de (sur)consommation. Réussira-t-il toujours à maintenir cette différence? C’est ce que l’avenir des pratiques sociales nous démontrera.

Bouddhistes pacifistes? Musulmans de Myanmar victimes de la terreur bouddhiste

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En couverture du magasine Time, « Le visage de la terreur bouddhiste ».

Pendant que les quelques scènes d’otages occidentaux décapités par une nébuleuse bande de voyous émergeant de nulle part et qui sèment la terreur partout, mobilisant ainsi la grogne de la planète entière criant à la barbarie… Pendant que les médias du monde entier transmettent quasi instantanément, à la seconde près les attentats perpétrés à Paris…Pendant ces temps-là, d’autres actes de « vraie barbarie » sont en train de se dérouler quelque part en Asie. Les victimes: les pauvres (au sens propre comme au figuré) habitants de confession musulmane qui représentent une communauté minoritaire, marginalisée et terrorisée au Myanmar. Leurs bourreaux: les majoritaires habitants bouddhistes. La cause: une haine viscérale gratuite au nom de je ne sais quelle confession.

Comme un mal ne vient jamais seul, il va sans dire que ce qui se passe au Moyen-Orient semble monopoliser les esprits du monde entier au point de nous faire tourner le dos aux énormes atrocités auxquelles s’exposent les Musulmans de cette région éloignée du globe. Le monde leur tourne le dos que ce soit consciemment sous l’hypnotisant « effet paravent » auquel j’ai déjà consacré un texte ici, ou inconsciemment par laxisme naturel que l’on réserve par « défaut » à tout acte de violence que l’on nous présente comme allant de soi.

Personne ou presque ne semble crier à la barbarie. Aucun état n’a engagé des armées, aucune organisation n’a débloqué des fonds. Aucune foule « écœurée » n’est mobilisée…bref personne ne fait presque rien. Pourquoi? Eh bien parce que, contrairement aux hypocrisies engendrées au Moyen-Orient par le pétrole – cette substance noire souillée, cet ersatz de dissolvant souillant, véritable source de tout notre malheur, et qui aurait pu être, comme partout ailleurs, le vrai trésor d’Ali Baba guetté par les mille et un voleurs, « gendarmes » des temps modernes, déguisés en de braves sauveteurs du genre humain, lesquels, comble d’une ironie macabre, sont armés jusqu’au dent et prêts à massacrer tout le monde pour la « paix » d’un seul…eh bien cette substance noirâtre qui finance les interventions pseudo-humanitaires là où l’humain ne compte plus, semble faire gravement défaut chez nos confrères au Myanmar. Les gendarmes, ayant un sens aiguisé des affaires, ont le flair donc, un simple calcul leur fait dire qu’une intervention pacifiste au Myanmar est une mauvaise affaire. C’est ainsi que le sang des Musulmans de Myanmar continue de couler à flot car, tout compte fait, il semble aux vautours de Wall Street qu’il n’est pas encore côté en bourse pour que les investisseurs s’y intéressent.

Civilisation macabre!

À part la visite du président de la Turquie et de son épouse effectuée il y a quelques mois, la communauté internationale (comme cette appellation sonne faux, sente mauvais!) s’en lave les mains. Bien sûr, ces mains sont tellement souillées qu’il faudrait trouver des mains plus propres ayant fait leurs ablutions au moins cinq fois par jour conformément au rite de l’islam propre; ce sont ces mains que méritent nos confrères de Myanmar.

Face à cette horrible guerre systématique contre un peuple démuni et sans aucun crime à part celui, semble-t-il, d’être Musulman, je ne trouve rien à ajouter mieux que cette citation de cet homme interrogé par le journaliste du New York Times qui dit vers la fin de l’article ci-dessous: “One day, the people will understand each other and understand what it is to be Muslim ».

Ce jour viendrait-il? Je préfère avoir votre optimisme, cher Monsieur, et dire comme vous: « ce jour viendra et les gens comprendront ce que signifie être Musulman ».

Voici un article du New York Times est consacré à la terreur.

Sectarian Violence in Myanmar Threatens the Livelihoods of Muslims.

By PHILIP HEIJMANS

SEPTEMBER 28, 2014

MANDALAY, Myanmar — It has been more than a month since Mandalay, Myanmar’s second-largest city, was rocked by deadly anti-Muslim riots. Broken windows and large dents in the facades of a dozen small Muslim-run businesses are the only visible reminders of when about 300 radical Buddhists rode into town wielding swords and bricks, killing two people.

Less visible are the economic scars. But Myanmar’s Muslim community says politically charged anti-Muslim speech and widespread sectarian violence are threatening their livelihoods.

“We were closed for a whole week, so there was no income,” said Mama Gyi, a 56-year-old Muslim who owns a bike rental and convenience store in Mandalay. “I usually make about $300 per month, but now there are not many tourists, so I can only rent out a couple of bikes per day. I am only making about 20 percent of what I was.”

Muslim traders and businessmen have been a major part of the country’s economy since colonial times and the rule of the British East India Company. Today, they make up about 5 percent of the population, with many earning their income from small, family-run businesses.

A mosque in a predominantly Muslim area downtown.

MATHIEU WILLCOCKS FOR THE NEW YORK TIMES

Aung, a Muslim who owns a medical supplies firm in Mandalay, said fears of more flare-ups had chased away customers and businesses alike.

“Some of the bigger companies had their businesses transferred to other districts,” said Aung, who asked to be identified by his first name only, for fear of retribution. “But still there is a risk, since we do not know who is out there, and we do not want to get spotted while outside of Mandalay. We have to be careful about maintaining our businesses.”

He said many shop owners moved with their families to Shan State, in the country’s northeast, while others moved to the outskirts of Mandalay.

Residents in Mandalay also said the police had blocked off streets where many Muslim shops were located after the rioting. The blockade is now gone, but a heavy police presence remains. Muslim business owners said they had lost anywhere from 40 to 80 percent of their income, which at $300 to $1,000 a month can be the difference between just getting by and poverty.

Larger companies have faced resistance as well. The Qatar-based telecommunications operator Ooredoo, which introduced services in Myanmar on Aug. 15, has been the subject of anti-Muslim protests and a smear campaign in social media because of the company’s roots in a Muslim country. In May, anti-Muslim nationalists led by Buddhist monks protested in Mandalay, calling for a full boycott of Ooredoo in Myanmar.

Although several monasteries started their own boycotts, there has been no widespread spurning of Ooredoo, which said it had signed up more than a million customers in its first month.

Sectarian violence, both against Muslims and the Rohingya minority, is growing worse in other parts of Myanmar, particularly in the states of Rakhine, on the country’s west coast, and Kachin, in the northeast.

“Sectarian violence is affecting the Muslim Rohingya business community on every scale from small businesses to the bigger companies. There has been no resolving the problem, and the situation is getting worse and worse as Muslims are suffering every day,” said Khin Maung Myint, a Muslim Rohingya and an executive member of the National Democratic Party for Development, a political party defending the rights of Muslims.

Since anti-Muslim violence started in 2012, he said, hundreds of thousands of the estimated 1.2 million to 1.5 million Rohingya have fled the country, with another 150,000 winding up in camps. As many as 80 percent of Muslim businesses in Rakhine State were affected by the violence, particularly in the state’s capital, Sittwe.

“Businesses owned by Muslims were looted by Rakhine extremists, and many are now closed, especially in Sittwe,” he said, adding that more than 300 Muslim-owned shops at Myo Ma market, the town’s largest, were quickly abandoned in 2012.

In Mandalay, where a curfew was imposed after the July riots, the locally owned Golden Myanmar Airlines said evening flights, which often departed around the curfew time of 9 p.m., were only 30 percent full before the curfew was lifted in August. That has begun to improve, but only slightly, airline officials said.

“Immediately after the riots, we had some full flights because people were all trying to leave town,” said Hlene Zar, the Golden Myanmar Airlines branch manager. “Then came the curfew, and we had a hard time getting customers for the evening flights, because people were too scared to break the curfew.”

Over the last three years, Myanmar has undergone an economic transformation. The government has awarded foreign companies landmark concessions of its untapped oil reserves and telecommunications spectrum, estimated to be worth billions of dollars.

As a result, foreign direct investment has risen to $4.1 billion in the latest fiscal year, up from $1.4 billion the year before, according to the Myanmar Directorate of Investment and Company Administration. The International Monetary Fund has said Myanmar’s economy is poised to grow 8.5 percent this year, a slight increase from 8.25 percent a year earlier.

Although there has been no noticeable drop in foreign investment so far, continued sectarian violence throughout the country could change that, at a pivotal point in the country’s development, experts say. Cyn-Young Park, an assistant chief economist at the Asian Development Bank, said religious tension was a “grave concern” for parts of the economy.

“In Myanmar, where there is large investment need, it affects foreign investor sentiment and can limit F.D.I.,” Mr. Park said, referring to foreign direct investment. “Tourism can generate substantial economic gains for Myanmar, but international visitors are largely confined to the central parts of the country even now, due to security reasons.”

Myanmar’s $926 million tourism sector is feeling the effects, but mainly in areas hit by violence, said Oliver Esser Soe Thet, the president of the Myanmar Chefs’ Association and a hotelier. He added that the problem was especially prominent in Rakhine State.

After as many as 6,000 tourists visited in 2011, the number traveling to the archaeologically significant town of Mrauk U, known for its historic Buddhist shrines, or stupas, has dwindled to hundreds, he said. When the riots started, the violence caused tourist numbers at Ngapali beach, considered one of most beautiful in the country, to fall to 14,000 — a drop of about 50 percent. The numbers have since rebounded and are on pace for about 20,000 this year.

Underscoring the impact of the violence, Yangon, the country’s main city, which has been largely unaffected by unrest, welcomed 817,000 tourists in 2013, a 46 percent increase from the year before.

The government believes that continued violence could threaten the country as a whole, said the deputy information minister and presidential spokesman U Ye Htut.

“Communal violence is a big challenge for Myanmar — not only for foreign investment — but also for the stability of the country and Myanmar society,” he said by email.

Muslims said they were uncertain whether the situation would improve soon.

Standing behind the display case in her father’s glasses store in Mandalay, a 43-year-old shopkeeper, who asked to be called by her nickname, Honey, for fear of retribution if the rioters returned, said that eventually things would have to get better.

“One day, the people will understand each other and understand what it is to be Muslim,” she said.

L’affaire Bikowsky et les attentats du 11 septembre: la thèse de l’implication de la CIA se confirme

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source: http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20141223.OBS8569/cia-on-connait-desormais-le-nom-de-la-reine-de-la-torture.html

Par Sarah Diffalah

Tout au long du rapport sur les pratiques de tortures de la CIA publié il y a quelques semaines, le rôle d’une agent en particulier, dont le nom a été gardé secret, a été disséqué dans les moindres détails. NBC News relate dans une longue enquête sa participation active au programme secret de torture initié par l’agence, sa responsabilité pour avoir dupé le Congrès sur l’efficacité des pratiques inhumaines utilisées dans les centres de détention de la CIA et considère cette femme comme « l’apologiste-clé » de la torture post-11-Septembre.

Surnommée par les médias la « Reine de la torture », elle a participé aux « interrogatoires renforcés », du chef auto-proclamé des attentats du World Trade Center, Khalid Cheick Mohammed. Elle a assisté au « waterbording » du suspect Abu Zubaydah. Elle a ordonné la détention d’une personne soupçonnée de terrorisme sans qu’aucun lien avec Al-Qaïda ne soit avéré. Elle a également été critiquée pour avoir refusé de donner le nom de deux pirates de l’air identifiés lors d’une entrée sur le territoire américain au FBI, avant que les avions ne s’encastrent dans les tours. L’un des plus gros échecs des services de renseignements.

Alfreda Frances Bikowsky

Cette femme a été identifiée, par plusieurs médias, comme celle qui a mené l’administration Obama à la cache d’Oussama Ben Laden. C’est d’ailleurs cette femme qui a inspiré le personnage de Maya, joué par l’actrice Jessica Chastain dans le film qui retrace l’opération commando au Pakistan dans le film « Zero Dark Thirty ».

Son nom a été dévoilé vendredi dernier par le site The Intercept : Alfreda Frances Bikowsky, déjà cité il y a quelques mois par le « Washington Post ». L’information, repérée également par le « Figaro », dans son édition de mardi 23 décembre, a suscité de nombreux débats outre-Atlantique.

Selon NBC News, qui a décidé de ne pas dévoiler son nom, une partie de la bataille ces derniers mois entre les démocrates du Sénat, la Maison Blanche et la CIA portait sur la protection ou non de l’identité de cette femme, par crainte de représailles. The Intercept, de son côté, écrit avoir décidé de révéler son identité après avoir jugé que son rôle avait été beaucoup trop important pour être caché.

Une des meilleures expertes d’Al-Qaïda

A 49 ans, elle est décrite par NBC News comme l’une des meilleurs expertes de la CIA sur Al-Qaïda. Les compétences de cette quadragénaire sont présentées comme inégalées à l’époque. Selon la biographie donnée par le média américain, Alfreda Frances Bikowsky a été recrutée comme analyste en charge de l’Union soviétique, avant de rejoindre l’unité chargée d’Al-Qaïda au milieu des années 1990, alors que le réseau terroriste n’était encore qu’à ses balbutiements.

Considérée comme la chef-adjoint de la station Alec, le nom de l’unité Ben Laden de la CIA, elle devient très vite une partisane acharnée de la torture. Loin d’avoir été sanctionnée, elle a été promue pour diriger l’unité du Djihad mondial.

Selon un ancien collègue, John Maguire, qui a passé 23 ans à Langley, Bikowsky est « une analyste extraordinairement compétente » :

Elle a une personnalité caustique, mais elle est terriblement intelligente et en sait plus sur Al-Qaïda que pratiquement n’importe qui d’autre à la CIA. Elle est difficile à gérer, mais apporte beaucoup… Elle n’avait pas peur de faire des erreurs. »

Toujours selon lui, la femme est « furieuse » des conclusions du rapport.

Son efficacité battue en brèche par le rapport de la CIA, certains estiment désormais que Alfreda Frances Bikowsky devrait maintenant répondre de ses actes devant la justice. Pour un ancien officier du renseignement, cité par NBC News, elle devrait être suspendue et même « mise en prison » pour n’avoir pas su empêcher les attentats du 11-Septembre et pour sa responsabilité dans la pratique de torture de la CIA.

 

Archives du blog. Les origines juives de Kadhafi: un exemple de l’effet paravent en communication

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À lire également : Les trois blessures narcissiques des dirigeants arabes

Le Chef Suprême de la Jamahiria serait d’origine juive et, après sa chute possible ou fantasmée, il pourrait trouver refuge en Israël s’il le désire. C’est du moins ce que prétend un article publié dans le magazine anglophone Israel Today. Selon l’auteur de l’article, la grand-mère de kadhafi était une juive convertie a l’Islam qui, fuyant son mari juif pour mauvais traitement, aurait épousé un chef de clan libyen musulman avec qui elle aurait eu une fille. Cette dernière serait la mère du Colonel Kadhafi. Le magazine se base sur deux témoignages de deux femmes juives qui se disent des proches du Président libyen.

Dans la foulée de ce qui se passe en ce moment dans cette région du monde, on se demande bien ce que les médias d’Israël tentent de prouver avec ces pseudo scoop à fort dosage sensationnaliste. Pour les Arabes de la région, qu’est-ce que ces drôles de révélations auraient ajouté à leur cause qui n’a que cure des origines sémites ou antisémites du Chef? Ce serait, ma foi, une vicieuse tentative de détournement d’attention de l’essentiel ou ce qu’on appelle en communication stratégique, faire l’effet paravent ou, si vous voulez, quand l’information occulte l’information.

L’effet paravent en communication, en quoi cela consiste?

En gros, cela consiste à mettre sur la scène médiatique un événement, une information, un fait divers afin que l’opinion publique s’y accroche et l’amplifie. Le but est de camoufler aux regards des critiques des incidents beaucoup plus importants mais, de par leur degré de sensibilité, on préfère mieux les passer inaperçus. L’histoire récente des médias nous en donne plusieurs exemples : il suffit de se rappeler la saga médiatique qu’avait suscitée en 1998 la pseudo affaire Clinton-Lewinsky partout dans le monde alors qu’en même temps les États-Unis frappaient massivement les principales bases du Gouvernement irakien afin de l’affaiblir et, par conséquent, faciliter ce qui allait devenir l’invasion de l’Irak par G. Bush fils. Et ce n’est pas tout. Déjà en 1991, alors que les médias du monde entier rediffusaient en quasi instantanéité les images de la chaine satellitaire américaine CNN du sensationnel Skud irakien frappant tous azimuts, Israël saisissait la peur scénarisée en direct par les images télévisées et frappait de manière encore plus brutale le peuple palestinien à Gaza et ailleurs. L’invasion de Panama par les Américains était également orchestrée en catimini pendant que le monde semblait être submergé par les images de la « révolution » roumaine vers la fin de 1989. Les exemples de ce genre se multiplient en stratégie médiatique et ce que nous vivons en ce moment dans le monde arabe risque de ne pas faire exception.

En définitive, n’est-il pas dit quelque part que ce serait bel et bien Israël et son presque impénétrable réseau de services secrets qui seraient en train de tirer les ficelles, en toute discrétion et dans les coulisses opaques du Mossad, de ce que nous pensons -du moins nous l’espérons même avec jobardise- être la chute précipitée et en cascades des indésirables chefs d’états arabes? À qui profiteraient réellement de tels changements dans ces régions de la planète? Et de quels changements s’agirait-il? Et, voilà la question primordiale, à   quel (s) prix cela serait-il possible? Qui paierait la facture une fois les passions (aujourd’hui déchaînées) se seront apaisées?

Et si vous avez besoin d’un exemple récent pour mieux répondre à ces questions, observez nettement ce qui se passe aujourd’hui en Irak après la chute de Saddam. Le peuple irakien profite-t-il réellement et équitablement des fruits de la révolution ou bien ce sont encore les forces étrangères qui délectent son nectar?

Tout l’espoir aujourd’hui est canalisé dans ces révolutions populaires que connaissent nos pays arabo-musulmans et on continue d’espérer que le fruit de leur révolte n’ira pas ailleurs. Car il est quasi amer de constater que la dynamique de toutes les révolutions populaires est souvent la même : la révolution est conçue par les esprits brillants, mise en application par les courageux et, hélas! son profit va aux lâches. Et, ce sont souvent ces derniers que l’on retrouve en avant-scène en train de se précipiter vers la gloire laissant derrière eux ceux qui ont été anéantis voire dévorés par la Révolte. Certes, puisque comme le disait le célèbre écrivain américain de science-fiction engagé Robert Anson Heinlein : « La différence entre un homme courageux et un lâche est essentiellement un problème de chronométrage. »

En tout cas pour ceux qui laissent l’essentiel et s’intéressent aux origines ethniques du Colonel, voici l’article original (en anglais) du magazine Israel Today :

israel today | Libya’s Gaddafi could find refuge in Israel – israel today.

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Le fabuleux Cirque du Soleil en 3D

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Scène du film Le cirque du soleil: Worlds Away

A ceux qui rêvent de voir Venise et mourir je répliquerais plutôt ceci: voir le Cirque du Soleil et…au lieu de mourir, commencer à vivre! Non pas que l’antique cité des amoureux soit sans aucune grâce à mes yeux, mais je dirais que c’est plutôt une affaire de goût. Et puisque des goûts on ne discute point, mon dicton serait en toute vraisemblance ceci: voir la Mecque et mourir. Mais en attendant, allons-y au cirque.  C’est du moins ma fraîche impression avec laquelle je sors ce soir. J’ai eu l’heureuse occasion de voir la toute nouvelle projection 3D du fabuleux Cirque du Soleil, la mythique troupe internationale d’origine canadienne. Produit par l’autre mythique Canadien, James Cameron – le réalisateur, entre autres, de Titanic et de Avatar, le film Le cirque du soleil: Worlds Away nous invite à un imaginaire voyage plein de fantaisie sur fond amoureux. Comme il est de coutume dans les mega productions du Cirque du Soleil, le film de ce soir nous livre un spectacle artistique, visuel, vestimentaire, sonore hors pair digne de la réputation de la troupe qui fait la loi et l’ordre en la matière. Contrairement aux mystérieux objets volants non identifiés (OVNI) dont tout le monde parle sans que personne ne puisse témoigner de leur existence, les sujets du cirque ne sont ni objets ni non identifiés. On les identifie clairement. Et ils sont bel et bien volants. Ce sont une myriade d’artistes suffisamment talentueux pour nous convaincre qu’ils n’entretiennent pas nécessairement comme nous le même rapport avec les lois de la gravité. En escaladant les murs comme de véritables hommes araignées ou en battant des ailes dans l’air comme des chauves-souris, en nage synchronique par des sirènes réincarnées ou en combat à haute voltige par des samurai réinventés, ces doux magiciens de l’amusement nous transportent avec eux dans les airs sur le rythme captivant du mouvement des corps et du son envoûtant de la musique. Tout est savamment orchestré dans une romantique harmonie à synchronie parfaite. Le temps du spectacle, on redéfinit nos puériles perceptions du temps (le temps tout simplement semble s’arrêter), de l’espace (tout ou presque se passe dans les airs), des éléments (de l’eau jaillit du feu; de la terre on se propulse dans l’air) et de la relation entre tout cela (aucun signe de conflit, tout est en parfaite harmonie). Le spectacle du Cirque réussit – ne serait-ce que le temps de la projection – à faire réaliser l’éternel rêve des humains: vivre en parfaite symbiose avec la nature. Et l’amour dans tout cela? C’est dans le fond à la fois la quête du Spectacle et sa finalité. Les deux protagonistes qui se sont séduits du premier regard furtif, se perdent subitement de vue suite à une chute accidentelle du jeune homme qui se livrait à un numéro dans l’air. La jeune femme s’en va à sa recherche. De chapiteau en chapiteau, elle nous invite à la suivre dans sa quête tout en admirant les plus belles performances artistiques jamais réalisées. La scène finale, lorsque les deux amoureux se rencontrent, marque le moment fort du Spectacle. D’une poésie physique et sensorielle majestueuse, les deux jeunes protagonistes nous offrent une chorégraphie – aérienne – délicieusement rythmée nous amenant ainsi à vivre un moment magique d’une rare osmose artistique. On en sort ébloui, rajeuni, peut-être même purifié. Une véritable thérapie par le cirque. Effet de la catharsis.

Voilà pourquoi je répliquais: voir le Cirque du Soleil – voir n’importe quel cirque – et…commencer à vivre!

Ma communication au Congrès de l’ACFAS : Les médias et la crise des accommodements raisonnables

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Je mets en ligne une copie de ma communication au Congrès mondial de l’Acfas (Association canadienne-française pour l’avancement des sciences). Voici la présentation en format PPT (Taille du fichier : 1.8Mo). Cliquez pour télécharger la présentation PPT

Sujet de la communication

Je propose de présenter les résultats d’une recherche dirigée traitant de la crise des accommodements raisonnables. L’étude est une analyse critique du discours de la presse écrite qui accompagne le débat sur les accommodements raisonnables et ses corrélats (immigration, identité, multiculturalisme, racisme, religion et symboles). Le corpus porte sur les articles des principaux quotidiens québécois francophones, notamment La Presse, Le Devoir et Le Journal de Montréal. La période à l’étude se situe entre le 1er janvier et le 1er avril 2007.

Pertinence du sujet

Le travail sur la représentation de la crise présente à notre avis un intérêt certain. Au Québec, le débat sur les accommodements raisonnables occupe une place importante dans l’évolution de la réflexion sur les enjeux du multiculturalisme et de l’intégration. Récemment, le débat a donné lieu à de violentes controverses au sein de la société québécoise. Nous estimons que celles-ci portent parfois directement sur l’objet de la représentation. Loin d’être considérée comme une crise éphémère, la problématique des accommodements se veut « le symptôme d’un problème plus fondamental concernant le modèle d’intégration socioculturelle institué au Québec depuis les années 1970. » L’étude nous permet de dégager une vision d’ensemble au sujet des multiples représentations sociales d’un sujet aussi sensible. Elle se situe au carrefour des études sur la communication interculturelle et la représentation de la crise sociale. Les résultats présentés contribueront à la réflexion dans ce domaine de recherche fascinant. 

Sur la notion d’usage en communication

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La notion d’usage se situe au carrefour des disciplines qui se partagent le champ de la communication (Chambat, 1994). Une lecture des principaux écrits portant sur la notion d’usage fait, cependant, ressortir la polysémie voire la confrontation des définitions de cette notion. Comme le souligne Pierre Chambat (1994) :

Alors que la question des usages occupe une place importante, voire centrale dans la sociologie des TIC, le contenu et le statut théorique de la notion sont loin de faire consensus. Il serait vain de prétendre en apporter ici une définition, car sa signification résulte d’opinions théoriques qui la dépassent : elle participe en effet de débats qui opposent, en sociologie, l’agent et l’acteur, les niveaux macro et micro, la technique et le social, l’empirisme et la théorie critique.

Toutefois, malgré la difficulté de cerner toutes les significations de la notion d’usage, certains chercheurs tentent d’en proposer des définitions. Nous rapportons celle proposée par Jouët (2002)

Jouët (2002, p. 27) définit l’usage en tant que « construit social ». À ce stade-ci, l’usage est analysé à partir d’une série d’entrées dont l’auteur propose le découpage suivant : « la généalogie des usages, le processus d’appropriation, l’élaboration du lien social et l’intégration des usages dans les rapports sociaux » (Jouët, 2002, p. 27). En effet, cette posture propose donc d’analyser l’objet d’étude en tant que « construit social », c’est-à-dire dans une dimension ne se réduisant pas aux « seules formes d’utilisation prescrites par la technique », mais qui  « s’étend aux multiples processus d’intermédiation qui se jouent pour lui donner sa qualité d’usage social. » (Jouët, 2002, p. 27). Dans sa définition, l’auteur insiste toutefois sur deux constats qui régissent le rapport entre le technique le social : d’abord, la dimension sociale de la technique, comme le postule la sociologie de l’innovation, est « originelle » dans ce sens qu’il n’existe pas « d’extériorité de la technique à la société ». De ce constat, « l’usage serait incorporé dans la conception même de l’objet technique ». Ensuite, ces « formes d’utilisation prescrites par la technique » auxquelles fait appel l’auteur, seraient  partie intégrante de l’usage même.

En somme, selon l’auteur, bien qu’elle soit sujette à d’innombrables interprétations, l’étude des usages demeure un courant théorique qui, depuis une vingtaine d’années, donne lieu « à un enrichissement des problématiques et à une connaissance interdisciplinaire de plus en plus fine des multiples processus qui façonnent la construction de l’usage social des machines à communiquer. » (Jouët, 2002, p. 27)

L’importance accordée la notion d’usage se manifeste principalement dans les dimensions suivantes :

D’abord, en adoptant une vision critique des TIC, la théorie des usages nous permet de saisir, dans leur ensemble, les différents processus d’appropriation de l’objet technique, allant des fondements conceptuels qui accompagnent son développement en arrivant aux véritables usages que les utilisateurs en font.

En outre, la théorie des usages nous invite à examiner de plus près ces véritables usages car, souvent on assiste à un décalage entre les utilisations attendues et les utilisations réelles. Un constat dont fait état bon nombre de recherches portant sur la sociologie des usages des TIC. (Charon, 1987; De Certeau, 1980, Piette, Pons, Giroux, Millerand, 1998.)

De ce fait, l’étude critique des usages permet d’avoir un recul face au déploiement des discours sur la technologie qui, « malheureusement, développent une vision cornélienne que racinienne des usages sociaux de la technique; vision que, trop souvent déjà, sont venus démentir les faits ». (Mercier, Plassard, Scardigli, 1984, p. 5). L’exemple du vidéo, entre autres, est à ce propos fort important. Initialement, cet outil était conçu pour être « un merveilleux instrument de création et de communication appelé à fonder une convivialité nouvelle ». Or, « les utilisations actuellement dominantes du magnétoscope ne semblent pas tellement créatives ou communicationnelles. » (Mercier, Plassard, Scardigli, 1984, p. 6).

Les exemples qui illustrent ce détournement d’utilisations des objets techniques sont multiples. Tous montrent que l’usage de la technologie ne dépend pas du seul facteur de la loi mécanique. Comme le soutiennent (Mercier, Plassard, Scardigli, 1984, p. 6), « il n’y pas que la technique qui résiste, les valeurs et les modes de vie quotidienne ont aussi leurs rigidités ».

Une nouvelle dimension illustre l’attention particulière que certains chercheurs accordent à l’étude critique des usages. Cette dimension est relative à l’importance de l’usage en tant que facteur clé qui détermine la survie d’un objet technique. En effet, bon nombre d’outils et de technologies ont dû rapidement disparaître quand on n’a pas réussi à les faire intégrer au sein des pratiques quotidiennes des usagers. À ce stade-ci, l’exemple du Minitel demeure significatif. En revanche, d’autres technologies ont pu s’installer au sein des pratiques quotidiennes des usagers jusqu’à devenir, dans un laps de temps, un phénomène de société. Le développement exponentiel des jeux vidéo, à la fin des années 1970, et celui d’Internet dans ce tournant du siècle s’avèrent deux exemples caractéristiques.

Pour aller plus loin :

Breton, Philippe. « Discours d’accompagnement », dans Les nouvelles technologies : quels usages, quels usagers?, Dossiers de l’Audiovisuel, no 103, Paris, INA, La documentation française, mai-juin 2002., pp. 5-9.

CARON, André H., GIROUX, Luc, DOUZOU, Sylvie (1985). «  Diffusion et adoption des nouvelles technologies : le micro-ordinateur domestique  », Canadien Journal of Communication, no 114, pp. 369-389.

CHAMBAT, Pierre (1992). «  Technologies à domicile  », Esprit, no 186, pp. 99-112.

FLICHY, Patrice (1995) a. «  L’action dans un cadre sociotechnique. Comment articuler technique et usage dans une même analyse?  », Les autoroutes de l’information, un produit de la convergence, sous la direction de J.-G. Lacroix et G. Tremblay, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, pp. 405-433.

Jouet, Josiane. « Retour critique sur la sociologie des usages », Réseaux no 100, vol. 18, Paris, France Télécom R&D, Hermès Sciences Publications, mai 2000. Repris dans Dossiers de l’Audiovisuel, no 103, Paris, INA, La documentation française, mai-juin 2002., pp. 25-27.

Jouet, Josiane, Les TIC : « facettes des discours auprès du grand public », Terminal, Paris, L’Harmattan, été 2001. Repris dans Dossiers de l’Audiovisuel, no 103, Paris, INA, La documentation française, mai-juin 2002., pp. 21-23.

MERCIER, Pierre-Alain et al. (1984). La société digitale, Paris, Seuil.

PIETTE, Jacques, Christian-Marie PONS, Luc GIROUX et Florence MILLERAND (2001). Les jeunes et Internet : Représentation, utilisation et appropriation, rapport final de l’enquête menée au Québec dans le cadre du projet de recherche international, ministère de la Culture et des Communications, Gouvernement du Québec.

Le mythe dans les médias

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Mythologies de Barthes, ancienne vs nouvelle parution

Dans un domaine visant la conjonction structurelle et fonctionnelle entre les discours : le discours des médias et le discours des cultures, l’anthropologie culturelle postule l’adéquation et l’efficience de ses méthodes pour comprendre les mécanismes intérieurs qui contrôlent les pratiques médiatiques. À l’intérieur de ce domaine, l’hypothèse la plus exploitée demeure celle de l’analogie entre le langage médiatique et le langage mythologique[1].

Cependant, une telle analogie doit tenir compte de l’ambiguïté et de la polyvalence du concept de mythe. D’ailleurs le dictionnaire et l’usage font tellement ressortir la polysémie du concept qu’il devient impératif de préciser dans quel sens il sera employé dans la présente réflexion, c’est-à-dire dans un contexte nécessairement médiatique[2].

Dans le sens qui convient à mon propos, le mythe serait identifié à une entité nébuleuse, élastique et en général applicable à toutes les formes culturelles nommées par extension mythes. C’est ce que Roland Barthes (1957 ) faisait en précurseur lorsqu’il définit le mythe comme parole. Et puisque le mythe est une parole, « tout peut être mythe qui est justiciable d’un discours » (1957 : 215). Cela dit, tout serait donc mythe? Barthes répond par l’affirmative. À ses yeux (1957 : 216), « chaque objet peut passer d’une existence fermée, muette, à un état oral, ouvert à l’appropriation de la société, car aucune loi, naturelle ou non, n’interdit de parler des choses. » (Je souligne)

Vu sous cet angle globalisant, le mythe entretiendra alors des rapports étroits avec le discours social afin de fabriquer, de construire ce que l’on a beau appeler les représentations sociales. Pour quelle fin? Pour des fins d’appropriation. L’exemple de l’arbre cité par Barthes semble rendre sciemment compte de ce constat. Ainsi dit-il (1957 : 216) :

Un arbre est un arbre. Oui, sans doute. Mais un arbre dit par Minou Drouet, ce n’est déjà plus tout à fait un arbre, c’est un arbre décoré, adapté  à une certaine consommation, investi de complaisances littéraires, de révoltes, d’images, bref d’un usage social qui s’ajoute à la matière première.

Ce qui signifie que les médias ne sont que l’une des nombreuses formes de communication culturelle, une sous-culture douée d’un langage et d’un code spécifiques et homogènes par rapport à l’ensemble culturel global. Et c’est à l’intérieur de leur dynamique de représentation sociale du quotidien qu’ils usent (et abusent?) de l’appareil mythologique au sens que Roland Barthes donne à cette notion.


[1] Rien de plus naturel si l’on pense qu’il n’y a pas de science humaine qui n’ait fait allusion aux mythes pour expliciter certains phénomènes ou pour structurer certaines conceptions du monde.

[2] En faisant l’économie de rapporter le sens traditionnel du terme.

Les caricatures de Charlie Hebdo : la sémiotique d’une provocation 1/2

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La provocation

Charlie Hebdo novembre2001

La couverture du numéro spécial de Charlie Hebdo

Le 2 novembre 2011, le magazine satirique français Charlie Hebdo consacre un numéro spécial, titré Charia Hebdo et dans lequel il présente un ensemble de caricatures qui réfèrent à la doctrine musulmane. Le but de la publication, disent les auteurs, est une forme de réaction contre les résultats des élections en Tunisie remportées par le Parti Ennahda. Mais aussi en réaction contre  le Conseil national de transition en Lybie qui annonce déjà la mise en place de la Charia musulmane comme source de gouvernement possible après la chute et la mort de Kadhafi. À peine sorti en kiosque, le numéro en question ne tarde pas à susciter la controverse au sein de la communauté musulmane. C’est parce que le Magazine ne s’en tenait pas à caricaturiser certaines pratiques musulmanes (polygamie, châtiments, rapports sexuels, etc.) Pire. Ce qui semble susciter la grogne, c’est que le Magazine décide pour la première fois de publier à la Une du numéro spécial une forme caricaturale de ce qu’il considère être le Prophète de l’Islam le représentant comme rédacteur en chef du Numéro et à qui on prête les mots suivants : 100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire!

Au lendemain de la publication, les locaux de Charlie Hebdo sont brûlés, sa page Facebook supprimée et son site web piraté. Les principaux dessinateurs du Magazine, notamment Luz et ses camarades, sont mis sous protection policière. Le quotidien français Libération qui décide d’héberger provisoirement le site de Charlie Hebdo fait lui aussi l’objet d’une attaque pirate. Les menaces contre les deux organes de presse pullulent sur internet.

Quand j’ai appris la nouvelle, je ne savais pas quelle lecture je devais en faire. Est-ce une lecture d’un Musulman qui semble attaqué dans ses propres valeurs auxquelles il réserve un respect sans appel? Est-ce une lecture d’un étranger qui réside en Occident et à qui on ne cesse de répéter les notions parfois creuses d’une possible communication interculturelle animée par le désir jobard de « vivre ensemble » en dehors des préjugés et des regards stéréotypés? Ou bien celle d’un sémiologue-communicologue, c’est-à-dire un spécialiste de la communication visuelle et des messages codés pour qui l’analyse des supports médiatiques n’a plus de grands secrets? À vrai dire, sans me défaire des deux premières lectures identitaires, je devais partir de ma posture intellectuelle, celle que me confère mon statut de sémiologue-communicologue, afin de pouvoir faire une lecture sémiotique de la controverse, tout en ajoutant, à ma manière, ma propre voix à celles qui ont crié à la provocation.

La sémiotique de la provocation

Chaque représentation iconique, qu’elle soit un tableau de peinture, une photographie de presse, une affiche publicitaire, une bande dessinée ou une caricature, assume au moins une des deux fonctions suivantes : une fonction de communication et une fonction d’expression.

Une image assume une fonction de communication quand elle est conçue par un destinateur/auteur afin d’agir sur le destinataire/lecteur en lui livrant un message clair. L’image devient ainsi un médium, c’est-à-dire un support visuel qui contient un message à forte charge référentielle susceptible de rejoindre un ou des destinataires connus et identifiés. Ordinairement, c’est cette fonction qu’assument (ou semblent assumer) les images publicitaires et les photographies de presse qui ont une charge communicative plus ou moins forte, selon l’importance du message qu’elles sont censées transmettre aux destinataires.

Une image assume une fonction d’expression quand elle est créée pour elle-même, ou encore quand elle ajoute la valeur esthétique à son contenu plastique, iconique ou référentiel. Elle devient à la fois le sujet et l’objet de son propre message. C’est le cas des tableaux d’art plastique, d’arts figuratifs ou non figuratifs, certaines caricatures aussi.

Or, ce qui semble être clair dans cette disctinction entre les images qui assument une fonction de communication et celles qui possèdent une fonction d’expression, peut devenir – dans bien des cas –  une source de contrainte pas si évident que cela semble l’être. Nous assistons dès lors à une double contrainte selon que l’on se situe du côté du destinateur ou de celui du destinataire. Cette double contrainte se manifeste dès que l’on pose le problème de l’intention du destinataire (conpcept-clé dans l’analyse sémiotique des messages) jumelé à un autre problème tout aussi important, celui de l’interprétation qu’en fait le destinateur. La combinaison de cette double contrainte peut rendre une image de communication (affiche publicitaire) une source de controverse parce qu’interprétée par le destinataire comme moyen d’expression, de propagande, de diffamation, etc. Ceci est dû en grande partie à l’intention de créer du destinataire mais aussi au caractère polysémique des messages iconiques. La polysémie des images est un concept qui ne fait plus débat. La preuve : en publicité, il suffit  de penser aux fameuses affiches créées par le photographe Toscani pour le compte de Benetton afin de se rendre compte de l’ampleur du phénomène causé par la jonction d’une double contrainte : de communication et d’expression.

Un autre exemple de cette double contrainte nous est présenté par les caricatures destinées à faire rire dans une société donnée et qui deviennent l’objet de sacrilège dans une autre. Les caricatures de Charlie Hebdo sont aussi un exemple édifiant qui illustre ce problème. Afin d’illustrer le propos, prenons l’exemple de la caricature qui fait la couverture de Charlie Hebdo.

(À suivre)

Cinq étapes pour atteindre vos objectifs et réaliser vos buts

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Qu’il s’agisse pour vous d’atteindre un but à court et à moyen terme ou de réaliser l’oeuvre de votre vie, vous aurez toujours besoin d’un plan précis et d’une méthode efficace. Ces derniers sont des outils indispensables à toute réalisation de projet peu importe sa taille et quelle que soit son importance.

La méthode en cinq étapes que je vous propose dans le présent article est inspirée du best-seller mondial Le moine qui vendit sa Ferrari, de son auteur Robin S. Sharma. Je l’avais choisie parmi mes lectures d’une dizaine de livres et d’articles spécialisés car elle me paraît simple, précise et surtout efficace. Vous allez pouvoir l’appliquer dans la réalisation de la plupart de vos projets – qu’il s’agisse, pour vous, de décrocher un meilleur emploi, d’améliorer votre productivité, de planifier un voyage ou tout simplement de faire des exercices et perdre quelques kilos en trop.

Étape 1 : Visualiser le résultat

Cette étape consiste à former une image mentale du résultat recherché. Par exemple, s’il s’agissait de perdre du poids, tentez de vous imaginer tous les matins, immédiatement après le réveil, en homme ou femme mince. Plus cette image mentale serait claire, plus le processus qui conduit à sa concrétisation serait efficace. On estime que cette projection ouvrirait la voie à la réalisation de ce désir.

Étape 2 : S’imposer une discipline et prendre publiquement des engagements

Exercer une pression sur soi-même n’est pas toujours une mauvaise chose. La raison principale pour laquelle les gens abandonnent leurs résolutions, c’est qu’ils ne s’imposent pas une discipline; ce qui les amène vite à retomber dans leurs vieilles habitudes.

Afin de mieux vous aider à persévérer, prenez publiquement un engagement. Par exemple, annoncez à votre entourage que vous allez perdre du poids, ou à votre supérieur que vous allez terminer la rédaction de votre rapport. La méthode est efficace : le simple fait de prendre les autres à témoin équivaut à une pression considérable pour honorer ses promesses. Voulez-vous savoir pourquoi? Tout simplement parce que personne n’aime perdre la face.

Étape 3 : Se fixer une échéance

Afin de réaliser un but, donnez-lui un délai précis. Ne vous fixez jamais un but sans lui donner une échéance. Cela vous aidera à coup sûr à éviter de vous égarer de l’objectif et, conséquemment, vous permettra d’atteindre aisément votre but dans les délais raisonnables que vous vous êtes prescrits.

Attention! Soyez réaliste. Apprenez à vous connaître. Les délais prescrits doivent tenir compte non seulement de la nature du projet à accomplir mais aussi de vos limites physiques, mentales, matérielles etc.

Étape 4 : Noter tous les détails

On ne vous le dira jamais assez : vous ne pouvez considérer un objectif comme tel que s’il est inscrit noir sur blanc. Procurez-vous un bloc-notes ou un calepin. Donnez-lui un titre. Donnez libre court à votre imagination. Soyez créatif. Intitulez-le Le livre de mes rêves, Le chemin, Le fabuleux destin de je ne sais qui…

Comme dans tout bon livre, répartissez le vôtre en chapitres : Personnel, Professionnel, Familial, Physique, Financier sont quelques suggestions. Après quoi, c’est de votre vie qu’il s’agit. Plus vous vous donnez les outils audacieux et créatifs pour réaliser vos désirs, davantage votre vie sera agréable et moins jonchée des mauvaises surprises.

Alerte : Vous avez rédigé tous les chapitres de vos rêves, c’est bien mais cela ne suffit pas. Maintenant, PRENEZ LE TEMPS D’Y JETER UN COUP D’OEIL PÉRIODIQUEMENT. Bien des gens notent noir sur blanc leurs objectifs voire des rendez-vous importants mais hélas! manquent à leur engagement pour la simple raison qu’ils ont omis ou négligé d’y revenir. Le fait de relire vos notes vous aidera à maintenir le cap sur votre feuille de route et de voir clairement dans quelle direction vous vous dirigez : nous ne pouvons pas atteindre une cible que nous ne voyons pas.

Étape 5 : Suivre la règle des 21

On considère que, pour qu’un nouveau comportement se cristallise et devienne une habitude, il faut répéter les mêmes gestes durant vingt et un jours d’affilée. C’est l’équivalent de trois semaines; ce qui s’avère une durée raisonnable pour commencer à installer dans votre quotidien de nouveaux comportements allant dans le même sens que ce que vous êtes en train d’accomplir. En effet, l’efficacité de cette étape consiste, entre autres, à substituer tranquillement les mauvaises habitudes longtemps acquises par de nouvelles bonnes habitudes.

En résumé

Représentez-vous une image mentale de ce que vous aimeriez accomplir; imposez-vous une discipline quotidienne; fixez-vous un délai précis et raisonnable; notez tous les détails dans un calepin et répétez les mêmes comportements durant vingt et un jours d’affilée et vous vous retrouverez dans le chemin qui conduit vers la réalisation de votre but quelqu’il soit. Rappelez-vous que vous ne DEVEZ rien. Libre à vous de vous servir des outils que vous jugez aptes à vous conduire vers la réalisation de vos propres buts dans la vie. Faites-le pour vous surtout par plaisir et par bonne volonté. Peu importe la méthode que vous préconisez, faites de votre mieux pour la mettre en oeuvre. Pour ce faire, vous aurez intérêt à l’adapter à votre réalité, à vos moyens, et surtout à la respecter en la prenant à coeur.

Accomplissez-vous!

Communication et politique, la relation incestueuse : cas de l’Affaire DSK

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La directrice éditoriale du journal Le Monde, Sylvie Kauffmann, a publié aujourd’hui une analyse du traitement médiatique de ce qu’il est convenu d’appeler l’Affaire DSK (l’arrestation de l’ex-patron du FMI et candidat aux prochaines élections présidentielles en France, Dominique Strauss-Khan, suite à des accusations d’agression sexuelle et de séquestration contre une employée d’hôtel à New York). 

Parue aujourd’hui dans l’édition en ligne du journal Le Monde, l’analyse proposée par l’éditorialiste fait ressortir ce qui, ma foi, me paraît être la nature « incestueuse » des relations qui existent dans certaines sphères politico-médiatiques, notamment en France. En particulier, cette relation a ceci d’incestueux qu’elle unit dans le même lit d’une part la politique (personnifiée par certains élus et hauts dirigeants) et la communication (que semblent représenter journalistes et spin doctors -ou si voulez ces « communicants » faiseurs d’image des gens d’influence). Or ce qu’il faut retenir d’un tel rapport c’est que si, en temps normal, le lien « douteux » qui lit dans bien des cas journalistes et politiques semble faire partie des « tabous » dont on préfère parler entre « initiés » dans les coulisses du pouvoir et loin des tribunes, bref dans l’ombre, la crise, elle, vient basculer les choses. Ce n’est qu’en temps de crise que, généralement, le public découvre la face cachée d’un tel rapport.Les conséquences d’une telle découverte auprès du public seraient proportionnelles à l’image que celui-ci croit avoir des journalistes et des dirigeants. Si bien que dans le cas qui nous occupe ici, la plupart des Français avançaient d’emblée la thèse du complot dont serait victime DSK; ce dernier semble être investi d’une image plutôt favorable aux yeux des Français. Une image qui tente de rompre strictement avec celle qu’auraient tenté de diffuser les médias américains. C’est ce qu’on appelle en psychologie sociale, une dissonance cognitive. 

Bien qu’il ne soit pas le seul cas de figure- l’histoire médiatique regorge d’exemples du genre- l’Affaire DSK semble avoir éveillé la conscience de certains journalistes soucieux du soupçon voire du déclin qui mine de plus en plus les mythes fondateurs du journalisme : crédibilité, impartialité, objectivité…

Kauffmann ira jusqu’à en tirer trois leçons. Les voici selon elle :

Article paru dans l’édition en ligne du 28.05.11 du journal Le Monde

Le déferlement de l’affaire DSK des deux côtés de l’Atlantique a fait voler en éclats quelques solides tabous et révélé au grand jour ce que le public perçoit comme des codes tacites en vigueur dans l’univers des élites politiques françaises, avec la bénédiction des médias. Il faut, bien sûr, impérativement distinguer le dossier judiciaire – les accusations pénales qui pèsent sur l’ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI) aux Etats-Unis, la présomption d’innocence, le traitement de la victime présumée – et les interrogations que l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn a suscitées, ici comme aux Etats-Unis, sur nos mœurs politiques, sociales et médiatiques. De ce deuxième volet, puisque le premier relève de la justice, trois leçons peuvent déjà être tirées.

Le retour du différend transatlantique Dans les médias américains, les Français sont à nouveau à la fête, peuple de « hot rabbits » dirigé par des politiciens prédateurs, qui prétend avoir fait la Révolution en 1789, mais ne supporte pas de voir ses élites traitées comme le commun des mortels. Au mieux, de manière générale, nous préférons fermer les yeux sur les comportements délictueux de notre classe dirigeante : c’est une question de culture.

En France, l’humiliation publique infligée, à l’échelle mondiale, par la justice américaine à l’accusé présumé innocent a profondément choqué et jette une lumière crue sur un système judiciaire perçu comme plus inégalitaire et moins respectueux des grands principes démocratiques que ne le proclament les Américains. Dans le système judiciaire américain comme dans le système de santé, l’argent fait la différence.

L’affaire Clinton-Lewinsky, le dossier Roman Polanski et l’épisode de la guerre d’Irak l’ont montré : quel que soit le motif, politique, culturel ou diplomatique, à la moindre crise le différend transatlantique ressurgit, et le fossé qui nous sépare en matière de valeurs réapparaît, béant.

Cette divergence entre Européens et Américains n’est jamais aussi virulente que lorsqu’elle concerne la France. Des deux côtés, on se vautre dans les clichés, le réflexe nationaliste joue à fond, masquant, malheureusement, ce qui pourrait être un vrai débat.

L’hypocrisie française C’est un fait difficilement contestable : en considérant le comportement privé de la classe politique comme hors sujet, même lorsqu’il jette une ombre évidente sur la personnalité de l’élu ou du ministre, la presse ne fait pas son travail. Déjà soupçonnés de collusion avec les élites, les journalistes font aujourd’hui figure d’accusés, coresponsables d’une omerta que découvre le grand public.

Il ne s’agit pas d’absoudre les médias. Les remous causés par l’affaire DSK ont au moins le mérite de provoquer des débats dans les rédactions, y compris celle du Monde. Mais les journalistes sont l’émanation d’une société, de même que la législation qui encadre leur travail en protégeant la vie privée est l’émanation des élus. Si la presse française n’a pas de tradition d’investigation à l’anglo-saxonne, si, contrairement à de nombreux pays européens, nous n’avons pas de quotidiens sensationnalistes tabloïds, si les médias sont généralement respectueux de l’autorité et de la séparation vie privée-vie publique, c’est aussi parce que cela reflète une culture largement partagée en France.

La presse française est plus volontiers une presse d’opinion qu’une presse d’investigation. L’expression « journalisme d’investigation » désigne davantage le travail mené auprès des enquêteurs, policiers, avocats ou magistrats, chargés des gros dossiers judiciaires, que l’enquête de terrain brute, profonde et fastidieuse. Fastidieuse, car la France est aussi un des pays démocratiques où l’Etat et les centres de pouvoir, notamment économiques, se protègent le mieux contre la transparence.

Nous avons une loi interdisant l’atteinte à la vie privée, mais nous n’avons pas de loi sur la liberté de l’information sur le modèle de celle qui, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, force l’administration à s’ouvrir. Lorsqu’il y a évolution en la matière, c’est sous l’effet de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Les fameux « communicants », officines de contrôle de l’image des hommes politiques et des PDG, ont acquis en France un pouvoir inégalé dans les pays occidentaux, court-circuitant les classiques directions de la communication. Ils ont créé des règles du jeu toujours plus restrictives et les journalistes s’y sont pliés.

L’affaire Woerth a montré les limites de l’investigation journalistique : la proximité de l’ancien ministre du budget et de sa femme avec la famille Bettencourt a ouvert un opportun débat sur les conflits d’intérêts. Là, la presse a fait son travail, mais la classe politique n’a pas pris le relais – et pour cause. Indignation dans l’opinion, création poussive d’une commission par l’Elysée. Et puis ? Plus rien. On ne peut à la fois exiger de la presse qu’elle pourfende l’opacité et trouver normal que des barrières sans cesse plus hautes soient opposées à son travail.

L’hypocrisie française, c’est aussi une façon de ridiculiser l’intégrisme américain sur les relations hommes-femmes, l’égalitarisme forcené, les procédures mises en place pour décourager le harcèlement sexuel, puis de se scandaliser que l’on ait passé sous silence les mauvaises habitudes de nos hommes de pouvoir. Pourquoi Tristane Banon n’a-t-elle pas porté plainte après sa violente rencontre avec DSK, en 2002 ? Parce qu’elle ne voulait pas être « la fille qui a eu un problème avec un homme politique « . Le message est clair : notre société réprouve ceux – et surtout celles – qui détruisent l’image des hommes de pouvoir.

L’exigence de la parité Soudain, les langues se délient. Journalistes et collaboratrices des hommes politiques racontent la « séduction » masculine au quotidien, et surtout ses dérives. Sans tomber dans le puritanisme, il existe un remède à ces dérives : la parité hommes-femmes.

Dans les métiers qui se sont féminisés, dans la presse, dans le milieu hospitalier, des comportements communément admis il y a trente ans, ceux de rédacteurs en chef à l’égard de jeunes recrues féminines, ceux de médecins à l’égard des infirmières, sont de moins en moins tolérés. Les hommes, tout simplement, osent moins lorsque les femmes sont plus nombreuses et – c’est crucial – au même niveau d’autorité qu’eux.

La politique a, jusqu’ici, réussi à échapper à la féminisation. Quelques figures de proue ne suffisent pas : Martine Aubry et Christine Lagarde à elles seules ne changeront pas des habitudes si confortablement installées. Si, en revanche, le nombre de députées était plus proche de 280 que de 113 sur 577, les couloirs de l’Assemblée nationale seraient plus policés. Et notre vie politique et médiatique certainement plus saine.

Par Sylvie kauffmann
kauffmann@lemonde.fr